Le masque du démon : la critique du film (1961)

Épouvante-horreur, Fantastique, Gothique | 1h27min
Note de la rédaction :
9/10
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Le Masque du démon, affiche française originale

  • Réalisateur : Mario Bava
  • Acteurs : Andrea Checchi, Barbara Steele, John Richardson, Ivo Garrani, Arturo Dominici
  • Date de sortie: 29 Mar 1961
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : La maschera del demonio
  • Titres alternatifs : Black Sunday (USA) / Die Stunde, wenn Dracula kommt (Allemagne) / Revenge of the Vampire (UK) / Djävulsmasken (Suède) / La máscara del demonio (Espagne) / A máscara do demónio (Portugal) / Maska szatana (Pologne) / A Maldição do Demônio (Brésil)
  • Année de production : 1960
  • Scénariste(s) : Ennio De Concini, Mario Serandrei, Mario Bava, Marcello Coscia et Dino De Palma d'après le conte Vij de Nicolas Gogol
  • Directeur de la photographie : Mario Bava
  • Compositeurs : Roberto Nicolosi (version originale italienne), Les Baxter (version américaine)
  • Société(s) de production : Galatea Film, Jolly Film
  • Distributeur (1ère sortie) : Le Comptoir Français du Film
  • Distributeur (reprise) : Les Grands Films Classiques (GFC)
  • Date de reprise : 25 avril 1979
  • Éditeur(s) vidéo : Fil à Film (VHS) / Films sans Frontières (DVD, 2001) / Opening (DVD, 2008) / Sidonis Calysta (Mediabook, 2022)
  • Date de sortie vidéo : 10 décembre 2001 (DVD, Les Films Sans Frontières), 6 août 2008 (DVD, Opening), 24 mars 2022 (Mediabook)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 506 668 entrées / 169 487 entrées
  • Budget : 100 000 $ (971 300 $ au cours ajusté de 2022)
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 1.66 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Illustrateur / Création graphique : Dark Star, l'étoile graphique (jaquette Mediabook)
  • Crédits : Galatea Film, Jolly Film
Note des spectateurs :

Chef d’œuvre du fantastique gothique à l’italienne, Le masque du démon déploie ses charmes visuels au sein d’une intrigue classique pour mieux subvertir le genre de l’intérieur. Puissamment évocateur et toujours d’une belle efficacité soixante ans après sa sortie.  

Synopsis : Au 17ème siècle, la sorcière Asa et son amant Igor, accusés de vampirisme, sont mis au supplice mais promettent une vengeance éternelle à leurs tortionnaires. Deux siècles plus tard, la malédiction se réalise : les vampires reviennent à la vie et recommencent à semer la terreur et la mort…

Le masque du démon, la récompense de Mario Bava

Critique : En 1959, le chef opérateur Mario Bava est venu plusieurs fois en aide à la société Galatea Films tenue par le producteur Nello Santi. Il a ainsi repris des mains de Riccardo Freda le tournage de Caltiki, le monstre immortel (1959) alors que celui-ci avait claqué une fois de plus la porte du studio. Ce fut déjà le cas lors du tournage des Vampires (1957), première tentative de cinéma gothique à l’italienne. Afin de récompenser Mario Bava pour ses bons et loyaux services, Nello Santi lui offre de passer enfin à la réalisation de son vrai premier film en tant que cinéaste à part entière. Immédiatement, Mario Bava propose un film d’horreur basé sur la nouvelle Vij de Nicolas Gogol.

Si le traitement initial de Bava est très proche de la nouvelle, Nello Santi n’est pas satisfait et offre au scénariste Ennio De Concini une réécriture massive, en tenant compte de l’énorme succès rencontré par Le cauchemar de Dracula (Fisher, 1958), triomphe commercial de la Hammer. À la suite des multiples réécritures, le scénario du Masque du démon (1960) n’a finalement plus grand rapport avec la nouvelle de Gogol. Cela se ressent d’ailleurs dans l’hésitation constante du film quant à la mythologie qu’il est censé illustrer. Ainsi, le scénario évoque à la fois une malédiction diabolique, mais aussi une résurrection vampirique, ainsi que la venue d’êtres qui tiennent davantage de morts-vivants. Pourtant, ces hésitations constantes n’entament aucunement le potentiel horrifique du film et provoquent même une incertitude quant à l’évolution possible du script.

Le masque du démon, jaquette Mediabook

© 1960 Galatea Film – Jolly Film / © 2022 Sidonis Calysta. Conception graphique : Dark Star, l’étoile graphique. Tous droits réservés.

Un film d’horreur à l’esthétisme saisissant

Tourné en un peu plus de six semaines avec un budget assez conséquent pour un film de ce genre, Le masque du démon bénéficie effectivement d’un soin maniaque de la part d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens dès son premier film officiel. Déjà présent sur les plateaux de cinéma depuis une vingtaine d’années à des postes divers, Mario Bava est loin d’être un novice et il prend un malin plaisir à expérimenter des trucages à même la caméra afin de rendre son œuvre la plus efficace possible. Marqué par un esthétisme grandiose, Le masque du démon marque le spectateur par l’emploi d’un noir et blanc expressionniste de toute beauté. Chaque plan peut être isolé tel un tableau de maître, tandis que les éclairages valorisent à la fois les sublimes décors et la plastique de son actrice principale, l’iconique Barbara Steele.

Sublimé par des mouvements de caméra fluides, Le masque du démon multiplie les images fortes, au point qu’il ne pouvait pas faire autrement que de marquer son époque. Particulièrement audacieux sur le plan de la violence, Le masque du démon débute par une séquence pré-générique qui est restée dans les mémoires. La sorcière interprétée par Barbara Steele est effectivement torturée, marquée au fer rouge, puis affublée d’un masque en forme de vierge de Nuremberg. Le tout est d’un sadisme terrible, agrémenté d’une certaine sensualité lascive. De quoi durablement marquer les esprits de l’époque. L’apparition suivante de Barbara Steele, tenant en laisse deux grands chiens, au milieu d’un décor gothique, est assurément une autre image forte qui a d’ailleurs largement inspiré les cinéastes des décennies suivantes (on songe notamment à Jean Rollin dans Fascination).

Violence et sensualité exacerbée au programme

Marqué par une atmosphère puissamment anxiogène, Le masque du démon bénéficie en même temps d’une musique lyrique de Roberto Nicolosi qui donne une dimension romantique au long-métrage. Il est bien ici question d’amour, mais marqué par des sous-entendus pervers comme le sado-masochisme, la nécrophilie et même l’inceste. Autant de thèmes qui seront ensuite développés de manière encore plus explicite dans le magnifique Le corps et le fouet (1963). Très audacieux pour l’époque, le métrage met également en scène des moments chocs avec des cadavres en putréfaction, du sang (atténué par le noir et blanc) et des meurtres nombreux et variés. La révélation finale du corps de la sorcière tutoie même le cinéma gore, alors en gestation.

Battant la Hammer sur son propre terrain, Le masque du démon n’a pourtant pas rencontré le succès espéré dans son propre pays. Peu importe finalement puisque le film a été acheté par la firme américaine AIP pour une somme qui remboursait l’intégralité du budget. Assorti de nombreuses coupes, d’un montage différent et d’une musique alternative de Les Baxter, le métrage est sorti avec succès aux États-Unis sous le titre Black Sunday. Il a ainsi marqué des générations de cinéphiles américains dont un certain Tim Burton.

Un succès international qui a initié la vogue du gothique à l’italienne

En France, le métrage a écopé d’une interdiction aux moins de 13 ans, mais a reçu le soutien de la plupart des critiques de l’époque, ce qui est assez exceptionnel vu le genre abordé. Le film a connu un joli succès en salles, lui permettant d’être repris à plusieurs reprises. Au total, le chef d’œuvre horrifique a cumulé 506 668 entrées sur toute la France (en comprenant les entrées de la reprise de 1979).

Le masque du démon, projet de visuel pour le combo médiabook

Projet de visuel bon retenu du médiabook de Sidonis. © 1960 Galatea Film – Jolly Film / © 2022 Sidonis Calysta. Conception graphique : Dark Star, l’étoile graphique. Tous droits réservés.

Alors qu’il fut un échec commercial en Italie, son succès à l’international a permis de lancer la mode du fantastique gothique à l’italienne, auquel a continué à contribuer Mario Bava avec des œuvres comme Le corps et le fouet (1963), Les trois visages de la peur (1963) ou encore Opération peur (1966). Devenu l’objet d’un culte de la part des fantasticophiles, Le masque du démon est sorti à plusieurs reprises en DVD dans des éditions bon marché.

Il a fallu attendre 2022 pour que l’éditeur Sidonis Calysta nous offre un superbe Mediabook, comprenant 2 DVD et un blu-ray, ainsi qu’un livret de 48 pages rédigé par Marc Toullec. Le film est désormais disponible dans une copie restaurée absolument splendide, le tout agrémenté de bonus passionnants dont un long entretien (40min) avec Christophe Gans qui revient avec entrain sur une œuvre qu’il aime profondément. Il nous fait vraiment partager sa passion, tout en donnant des pistes de lecture particulièrement intéressantes. Une édition à prendre les yeux fermés.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 29 mars 1961

Acheter le Mediabook du film sur le site de l’éditeur

Le Masque du démon, affiche française originale

© 1960 Galatea Film – Jolly Film. Tous droits réservés.

Biographies +

Mario Bava, Andrea Checchi, Barbara Steele, John Richardson, Ivo Garrani, Arturo Dominici

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Le Masque du démon, affiche française originale

Bande-annonce de Le masque du démon (VF)

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