Surfant sur le succès du Parrain, Le conseiller est un classique film de mafia, porté par des acteurs impeccables et une esthétique travaillée. A découvrir.
Synopsis : Thomas vient de quitter la Mafia pour retourner défendre Don Antonio Macaluso, le chef de la pègre de San Francisco. Son rival, Garofalo, est bien déterminé à usurper son poste et une bataille sanglante s’ensuit.
Le Parrain en ligne de mire
Critique : Alors que le film de mafia est déjà très populaire au début des années 70, le réalisateur Francis Ford Coppola frappe un grand coup en 1972 avec Le Parrain qui redéfinit tous les codes du genre, côtoyant ainsi la tragédie et l’opéra à travers une réalisation très inspirée. Le résultat casse la baraque au box-office mondial avec des recettes astronomiques et pas moins de 4 millions d’entrées en France. Ce triomphe a immédiatement suscité l’intérêt des producteurs italiens, toujours prêts à surfer sur la vague d’un succès américain, d’autant que le sujet de la mafia est initialement typiquement latin.
Aussitôt, les producteurs Edmondo et Maurizio Amati mettent en chantier Le conseiller (1973) qui entend profiter de la manne ouverte par Le parrain à travers une intrigue assez proche. Le cinéaste Alberto De Martino, essentiellement connu pour ses travaux dans le cinéma de genre populaire, est chargé de construire une histoire efficace, à l’aide d’une armée de scénaristes. Ils aboutissent à une intrigue très classique qui voit un ancien avocat véreux tenter de sortir de la mafia, avec l’aide du parrain local qui le considère comme son fils. Pourtant, son attitude enclenche une guerre des gangs sanglante qui va pousser les deux hommes à lutter ensemble pour leur survie.
Le conseiller jouit d’un budget confortable
On ne trouvera donc absolument rien de révolutionnaire dans Le conseiller puisque les auteurs se fondent sur un canevas déjà connu de tous. Pourtant, il n’est pas interdit de prendre du plaisir à suivre les pérégrinations de Martin Balsam et de son poulain Tomas Milian. Tout d’abord, les cinéphiles pourront constater la présence d’un budget plutôt confortable. Ainsi, toutes les scènes sont bien tournées sur place, soit à San Francisco, Albuquerque ou encore en Sicile. Le cinéaste semble d’ailleurs très fier de cette profusion de paysages différents et ne cesse de les mettre en valeur. Il peut notamment le faire grâce à la belle photographie d’Aristide Massaccesi qui se fera ensuite connaître sous le pseudonyme de Joe d’Amato. Celui-ci parvient à utiliser à merveille les éclairages naturels et à sublimer les paysages.
Ainsi, la grande scène de course poursuite en voiture dans les rues de San Francisco est plutôt efficacement menée, même si elle reste à mille encablures de celle de Bullitt (Peter Yates, 1968) qui lui sert de modèle. En tout cas, Alberto De Martino semble avoir à cœur d’offrir au spectateur ce qu’il est venu chercher, à savoir des fusillades, des meurtres et des règlements de compte sanglants qui ont mené le film à être judicieusement interdit aux moins de 12 ans.
Des acteurs au top de leur forme
Autre motif de satisfaction, Le conseiller bénéficie d’une interprétation de haute volée. Martin Balsam s’investit pleinement dans son rôle de parrain sur la sellette et la dernière scène tragique révèle la qualité de son jeu. Face à lui, on apprécie toujours la prestance de Tomas Milian, tandis que le grand Francisco Rabal écope du rôle du méchant. Enfin, les seconds rôles sont également tenus par des pointures comme le génial Carlo Tamberlani ou encore le charismatique Eduardo Fajardo.

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Si la longue partie américaine est plutôt correcte, mais pas ébouriffante, le dernier quart d’heure situé en Sicile relève fortement le niveau d’une œuvre jusque-là trop banale. Sur ses terres, le cinéaste semble retrouver l’âme latine et délivre des moments à la fois trépidants et poignants. Il se sert notamment du cadre d’une procession pour terminer son intrigue sur un point d’orgue. Là, Alberto De Martino semble largement s’inspirer du style de Coppola en livrant un final tragique qui ne peut laisser indifférent.
La musique de Riz Ortolani sublime les images de Joe d’Amato
Outre la superbe photographie d’Aristide Massaccesi, Le conseiller bénéficie aussi de la très belle partition musicale de Riz Ortolani dont le thème principal mélancolique contraste fortement avec les images violentes présentes à l’écran. Son art du contre-point est déjà pleinement maîtrisé et sera ensuite porté à sa quintessence dans Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980). Visiblement conscient de la qualité de la musique, Alberto De Martino l’utilise sans cesse pour le bien d’un film qui a donc du mal à se détacher de la production italienne de l’époque, mais qui n’en demeure pas moins fort agréable à suivre.
Distribué en France en plein cœur de la saison estivale par Warner Columbia, Le conseiller n’a attiré que 11 677 mafieux dans les salles parisiennes lors de sa semaine d’investiture. Le métrage arrive donc en 12ème position du box-office parisien et n’est que la 6ème meilleure entrée du top de la semaine, très loin derrière Les Mille et une nuits, de son compatriote Pier Paolo Pasolini, premier film à faire vaciller Emmanuelle (Just Jaeckin) de son piédestal. Le reste du classement est surtout marqué par des comédies dont Tout le monde il en a deux de Jean Rollin ou encore Péché véniel de Salvatore Samperi.
Les cinémas qui le diffusent sont la Maxéville, la Fauvette, Les Images, le Montparnasse 83, le Concorde Pathé, le Danton et le Cambronne, ainsi que 4 cinémas en banlieue.
En deuxième semaine, Le Conseiller perd 6 écrans, mais demeure digne avec 7 204 spectateurs supplémentaires, pour un total de 18 000 entrées.
La semaine suivante, avec des sorties comme Les joyeuses aventures de la Panthère Rose, Les démolisseurs de Hong-Kong, Le corps a ses raisons, Contes immoraux, La furie du Karaté, Exécutive Action, Mission Shanghai pour un karatéka, ou encore Les seins de glace avec Delon, les cinémas n’ont aucun état d’âme et se débarrassent du trublion.
Le conseiller, édité dans la collection Make My Day
Sur l’ensemble de la France, Le conseiller ne s’impose nullement et le film de mafia s’est contenté de 77 037 entrées sur notre territoire. De quoi expliquer son oubli par les éditeurs vidéo durant l’ère de la VHS, puis du DVD. Il a fallu attendre 2021 et la collection Make My Day menée par Jean-Baptiste Thoret chez Studiocanal pour que le long-métrage sorte enfin en DVD et blu-ray, en double programme avec Assaut sur la ville (Napoli Spara). La copie du film est d’ailleurs de très bonne tenue.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 14 août 1974
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Alberto De Martino, Dagmar Lassander, Tomás Milián, Francisco Rabal, Martin Balsam, Eduardo Fajardo, Georges Rigaud, John Anderson, Manuel Zarzo, Carlo Tamberlani, Perla Cristal