Dune (de David Lynch) : la critique du film (1985)

Science-fiction | 2h16min
Note de la rédaction :
6/10
6
Dune, jaquette VOD

  • Réalisateur : David Lynch
  • Acteurs : Brad Dourif, Jürgen Prochnow, Patrick Stewart, Kyle MacLachlan, Virginia Madsen, Max von Sydow, Silvana Mangano, José Ferrer, Sting, Dean Stockwell, Paul Smith, Freddie Jones, Kenneth McMillan, Francesca Annis, Richard Jordan, Sean Young, Everett McGill
  • Date de sortie: 06 Fév 1985
  • Année de production : 1984
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Dune
  • Titres alternatifs : Dune: Der Wüstenplanet (Allemagne)
  • Scénariste : David Lynch, d'après l'œuvre de Frank Herbert
  • Effets spéciaux visuels / créatures : Albert Whitlock / Carlo Rambaldi
  • Directeur de la photographie : Freddie Francis
  • Monteur : Anthony Gibbs
  • Compositeur : Brian Eno
  • Costumes : Bob Ringwood
  • Producteurs / Sociétés de production : Raffaella De Laurentiis, José López Rodero (Producteur associé), Dino De Laurentiis (producteur exécutif) / Dino De Laurentiis Company, Estudios Churubusco Azteca S.A.
  • Distributeur : AMLF (France) / Universal Pictures (USA)
  • Distributeur reprise : Omnia Productions
  • Date de sortie reprise : 31 juillet 1996
  • Editeur vidéo : Thorn Emi (VHS, première édition), Cannon Vidéo (VHS), Best of Warner (VHS), Gaumont-Columbia (VHS), Opening, MovinSide (DVD) ESC Editions
  • Date de sortie vidéo : 7 juin 2005 (DVD Ultimate Edition, inclus version longue), 10 avril 2008 (Opening, blu-ray), 2019 (DVD, Monvinside), 8 juillet 2020 (blu-ray, ESC)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 2 310 957 entrées / 617 442 entrées - Reprise : 27 425 entrées / 7 251 entrées
  • Box-office nord-américain : 30 925 690$ (34e annuel aux USA), 17e annuel en France
  • Budget : 40 000 000 $
  • Rentabilité :
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleur (35 mm, Technicolor) / Dolby Stereo
  • Festivals et récompenses : 1 nomination aux Oscars 1985 dans la catégorie du Meilleur son, The Stinkers Bad Movie Awards (Prix du pire film de l'année), Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films, USA (4 nominations, dont 1 Prix pour les costumes)
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1984 Raffaella De Laurentiis. © Universal Studios. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : Première adaptation de Dune au Cinéma
Note des spectateurs :
Dune, affiche promotionnelle pantalon 1

© 1984 AMLF – 1984 Raffaella De Laurentiis / Affiche : A.R.P./ L.P.C. Tous droits réservés.

A l’image de Blade Runner et Legend, que réalisa Ridley Scott, Dune de David Lynch appartient aux projets démesurés qui comblèrent les amateurs d’univers surdimensionnés, mais dont l’impact au box-office fut décevant en raison d’un éternel débat entre la vision d’un cinéaste, ici David Lynch, et celle de la production (la famille De Laurentiis, dans ce cas précis).

Synopsis : Année 10191. Paul Atreïdes et sa mère se rendent sur la planète Dune afin de trouver l’Epice, l’unique substance qui permet de vivre. Là, ils rencontrent le peuple des Fremen. Paul devient leur chef et leur apprend à se battre afin d’anéantir leurs ennemis, les Harkonnen…

Histoire d’un accident industriel qui marqua la décennie 80

Critique : Avec ses 40M$ de dollars au box-office américain, Dune a été un sérieux revers au box-office américain. Finissant l’année américaine en 34e position au box-office annuel, l’épopée de science-fiction réalisée par David Lynch était pourtant le film le plus ambitieux de cette année phare pour le divertissement américain (Indiana Jones et le temple maudit, SOS Fantômes, A la poursuite du diamant vert, Gremlins, Karaté Kid, Le flic de Berverly Hills).

Trop mâture pour le public qui venait de goûter aux vertiges de divertissement de la première trilogie de La guerre des étoiles, Dune impressionne visuellement la critique. Pourtant, aux USA, celle-ci sort les armes pour un assassinat dans les règles, en décembre 1984, tant la boursouflure du réalisateur d’ Elephant Man n’est pas capable de se heurter pleinement à l’univers de Frank Herbert, qui a collaboré au film. Expurger de plusieurs heures, avec de nombreuses séquences coupées, scénario six fois réécrit pour ne retenir qu’un montage de 2h15 un peu mou, c’est un acte de traîtrise aux yeux des fans du roman de la première moitié des années 60.

Dune, un film de studio passé par de grands noms

David Lynch n’est pas entièrement responsable de l’échec qu’on lui impute trop facilement. Le jeune cinéaste, anciennement produit par Mel Brooks chez qui il jouissait de plus de liberté, n’a pas eu la possibilité de signer l’œuvre qu’il souhaitait faire. Quand le nabab italien Dino De Laurentiis lui propose par dépit ce projet gigantesque – Ridley Scott vient de refuser de le tourner -, Lynch n’est pas familier avec cette trilogie, mais se l’approprie plutôt bien, proposant des scénarios riches qui se verront progressivement vidés en raison d’une durée non canonique. Quand on sait que David Lean avait été approché par le producteur Arthur P. Jacobs (La planète des singes) pour en adapter initialement le premier livre après le succès de Lawrence d’Arabie, on n’ose imaginer le nombre d’heures qu’il aurait fallu au cinéaste britannique pour mettre en scène cette bataille des planètes, sur fond de sous-texte religieux christiano-coranique, géopolitique (le Moyen-Orient et l’Occident) et de genre.

Dune, affiche promotionnelle pantalon 1

© 1984 AMLF – 1984 Raffaella De Laurentiis / Affiche : A.R.P./ L.P.C. Tous droits réservés.

Dune a bien failli devenir un délire de Jodorowsky. Le cinéaste d’El Topo avait rêvé ce projet. On imagine le délire à la Terry Gilliam qui aurait pu en être tiré. Un numéro culte de Métal Hurlant en 1984 et le documentaire cinéma de 2016, Jodorowsky’s Dune, dévoilent ce projet mythique où l’on croisait les noms de Pink Floyd, Mick Jagger, Dali, Dan O’Bannon, Alain Delon et autres excentriques de l’époque. Au cœur des années 70, un tel orgueil aurait pu frôler la démence et la démesure tout en risquant l’infirmité des grands films malades dont a hérité la version notoire de David Lynch.

Une œuvre opulente, visuellement époustouflante

Loin d’être un navet ou une œuvre médiocre dépourvue d’intérêt, Dune de David Lynch est le fruit d’un visionnaire, qui s’amuse dans des décors grandioses ; les effets spéciaux sont par ailleurs époustouflants, y compris les nombreux plans mettant en scène les vers géants dantesques, monstres infernaux qui demeurent toujours aussi remarquables quatre décennies plus tard. Leurs apparitions appartiennent au meilleur de la science-fiction.

L’argent est de chaque plan, dans une opulence que l’on n’imagine plus aujourd’hui. Le sensationnel et le beau habitent le film de Lynch qui est épique, flamboyant, singulièrement violent, parfois sanglant. Le film ose, jusque dans les perversions saupoudrées par le jeune Lynch, accusé d’avoir livré une œuvre homophobe en dépeignant le grand vilain du film, le baron Harkonnen, en homosexuel vicieux, recouvert de pustules qui évoquent les premiers malades du sida, homosexuels, qui mouraient dans les hôpitaux américains en 1983, la peau recouverte de lésion… L’association aux yeux des critiques est compréhensible dans le contexte. Le personnage obèse et décadent est subversif, mais néanmoins demeure un ballon d’excentricité grotesque qui joue en faveur de l’œuvre. C’est même l’une des nombreuses fulgurances du récit.

Une catastrophe dans son montage cinéma

Après une longue exposition des enjeux, Dune se prend pourtant les pieds dans le plat de l’adaptation massacrée par ses producteurs. Au bout d’une heure et demie, l’éponge est vite jetée quant aux enjeux scénaristiques, puisque tous les éléments narratifs relèvent de la bribe et rien ne fait sens. Tout est monté au détriment de l’émotion, de l’empathie, de la psychologie. Dune le magnifique devient totalement désincarné dans sa grandeur.

Pourtant la photo de Freddie Francis brille ; la musique de TOTO et le thème de Brian Eno sont des joyaux. Les acteurs ont même un certain charisme. Du débutant Kyle MacLachan, la vingtaine à peine passée, à l’excentrique Sting, qui surjoue la démence, mais incarne dans sa coupe de cheveux et son allure générale, une vision indélébile de la folie revue par les années 80, le plaisir de retrouver les comédiens, sûrement pas toujours bien employés, est réel. Au passage, à l’issue de la sortie du film, six mois plus tard, l’ex-leader de The Police sortira son premier album solo, The Dream of the Blue Turtles, et se consolera bien vite de l’échec de Dune qui lui profitera plus qu’aux autres. Sting, en partie grâce à ses apparitions au cinéma, deviendra totalement omniprésent durant l’année 1985.

Jodorowsky's Dune, projet d'affiche de Landi

© 2013 City Films LLC. / Illustrateur : Landi. Tous droits réservés.

Un échec sidérant aux USA

Moins bien placé que la suite de 2001 : L’odyssée de l’espace, 2010 de Peter Hyams, sortie une semaine plus tôt, au box-office américain, Dune entrera péniblement à la 2e place du box-office américain, derrière le phénomène du Flic de Beverly Hills. Sorti en même temps que d’autres échecs marquant (Cotton Club de Coppola), l’adaptation de 1984, et même face au Starman de John Carpenter, Dune demeure un objet de cinéma fascinant, dont le Blu-ray permet une appréhension grandiose. En France, en 2020, si ESC en a proposé une édition HD vide de bonus intéressants, Arrows, au Royaume-Uni, a célébré la sortie de l’adaptation de Villeneuve sur le grand écran, en éditant un collector grandiose.*

Pour les Français, qui dans l’ensemble on bien accueilli cette curiosité ayant rejoint Blade Runner et Legend, parmi les films de science-fiction et de fantasy qui trouvèrent davantage leur public en Europe qu’aux Etats-Unis, notre curiosité ne doit pas se heurter à la réputation calamiteuse du projet. Certes, Denis Villeneuve a réaffirmé la vision de Frank Herbert au cinéma, mais il serait dommage de ne pas redécouvrir la version de David Lynch à l’occasion de l’adaptation 2021 du premier roman de la saga.

Edition collector de Dune (1984) chez Arrows Vidéo en 2021

© Arrows Entertainment © 1984 Raffaella De Laurentiis / Affiche : A.R.P./ L.P.C. Tous droits réservés.

Box-office de Dune de David Lynch :

Après trois semaines dans le top 10 américain, Dune fait partie des plus gros échecs annuels aux USA, mettant un point d’arrêt au développement de la suite, Le Messie de Dune, que David Lynch avait commencé à écrire. Alors que la même semaine Cotton Club de Francis Ford Coppola connaît un démarrage désastreux, le film d’héroïc fantasy intergalactique ne reste que 3 semaines dans le top 10 américain, alors qu’il s’agissait de l’un des plus gros budgets de la décennie. Sorti le 7 décembre pour profiter des fêtes de Noël, il a une carrière décevante. Même 2010 : l’année du premier contact profitera d’un certain bouche-à-oreille chez les Américains. On se demandera d’ailleurs pourquoi les deux films de SF philosophiques sont sortis aussi près l’un de l’autre.

En France, Dune de David Lynch est le premier blockbuster américain de l’année 1985, après Cotton Club, dans un autre registre. La superproduction est proposée par AMLF (aujourd’hui Pathé, donc), pour les vacances de février le 6 février, dans 51 salles parisiennes. Face à lui, le téléfilm L’aventure des Ewoks – qui connaîtra une carrière désastre -, la comédie Tranches de vie, avec toutes les stars comiques de l’époque, et une reprise événement de 20 000 lieues sous les mers, s’octroient le plus de salles.

Dune au box-office Paris-périphérie Semaine 1

Extrait du magazine © Le Film Français, du 15 février 1985. Les archives de CinéDweller.

Dune réalisera presque un beau score provincial (plus de 2 millions d’entrées) quand Paris fait la fine bouche (moins de 620 000 spectateurs).

Avec 900 000 entrées en première semaine, en France, Dune réalise presque la moitié de sa fréquentation en une semaine. Les bides de Tranches de vie, Ça n’arrive qu’à mois avec Francis Perrin ou Urgence de Gilles Béhat, l’aident aussi. La promotion est belle, la curiosité également. C’est de très loin le meilleur démarrage du début de l’année sur la France et Paris où il attire 40 000 entrées pour son premier jour, et 272 228 en première semaine sur 51 salles, avec une séance quotidienne en moins.

En 2e semaine, Dune carbure encore : 174 139 entrées sur Paris (53 salles), 515 027 entrées sur toute la France. L’essoufflement survient surtout en 3e semaine quand l’épopée chute à 79 414 curieux sur Paris-périphérie et 280 225 entrées sur toute la France. Dune ne reste que 5 semaines dans le top 15 de la capitale, ce qui relève de l’exploit après un démarrage aussi impressionnant. La province le gardera 7 semaines dans le top 15.

Le film sorti sur plus de 50 sites sur Paris et sa périphérie est réduit à 6 cinémas sur cette zone en 6e semaine, avec le Marignan Pathé, le Rex, le Miramar et le Gaumont Berlitz, pour 6 649 entrées, et un total local de 599 628, à peine le double de sa semaine d’investiture. Il finit sa carrière locale au bout de 12 semaines, avec 617 000 franciliens.

Sorties de la semaine du mercredi 6 février 1985

Frédéric Mignard

Dune de David Lynch, affiche 1984

© 1984 Raffaella De Laurentiis / Affiche : A.R.P./ L.P.C. Tous droits réservés.

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