Sandokan, le tigre de Bornéo : la critique du film (1964)

Aventures | 1h48min
Note de la rédaction :
5,5/10
5,5
Sandokan, le tigre de Bornéo, l'affiche

  • Réalisateur : Umberto Lenzi
  • Acteurs : Steve Reeves, Andrea Bosic, Geneviève Grad, Nazzareno Zamperla, Rik Battaglia
  • Date de sortie: 30 Déc 1964
  • Nationalité : Italien, Français, Espagnol
  • Titre original : Sandokan, la tigre di Mompracem
  • Année de production : 1963
  • Scénariste(s) : Fulvio Gicca, Umberto Lenzi, Víctor Andrés Catena d’après Emilio Salgari
  • Directeur de la photographie : Angelo Lotti, Aurelio G. Larraya, Giovanni Scarpellini
  • Compositeur : Giovanni Fusco
  • Société(s) de production : Comptoir Français du Film Production (CFFP), Filmes S.A., Ocean Films
  • Distributeur (1ère sortie) : Comptoir Français du Film Production (CFFP)
  • Éditeur(s) vidéo : Vidéobox (VHS, 1981) / Casa Vidéo (VHS) / Propulsion Home Vidéo (VHS) / VIP (VHS) / René Château Vidéo (VHS)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 763 906 entrées / 164 940 entrées
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur / Création graphique : Averardo Ciriello
  • Crédits : © 1963 StudioCanal
  • Franchise : 1er volet des aventures de Sandokan sur les quatre films tournés entre 1963 et 1964 (deux avec Steve Reeves et deux avec Ray Danton).
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Film d’aventures exotiques étonnamment anticolonialiste, Sandokan, le tigre de Bornéo s’avère sympathique malgré un rythme languissant et un Steve Reeves au jeu peu convaincant. Vieillot, mais charmant.

Synopsis : Sandokan, vaillant descendant de la famille royale de Muluder, terre féconde de Bornéo, veut venger son vieux père prisonnier des Anglais qui occupent et oppressent son royaume et ses sujets. Il proclame la guerre sainte, à Mompracem. A la tête d’une bande de pirates, aidé par le portugais Yanez de Gomer, il attaque la garnison anglaise et fait prisonnière Mary-Ann, la nièce du colonel Guillonk, espérant ainsi que les Anglais, en échange de la captive, libéreront son père…

Sandokan, ou le retour à l’écran d’un personnage culte

Critique : Depuis le triomphe obtenu par le diptyque de Fritz Lang Le tigre du Bengale / Le tombeau hindou (1959), le cinéma européen se lance à nouveau dans l’exploitation des beautés exotiques des colonies pour livrer des films d’aventures colorés à un public avide de découvrir des contrées alors toujours très lointaines. Les producteurs italiens comme Thomas Sagone et Solly V. Bianco décident donc d’adapter le catalogue assez fourni de l’écrivain Emilio Salgari, créateur du personnage culte de Sandokan.

Précisons que Sandokan a déjà été adapté au cinéma dans les années 40 avec Les pirates de Malaisie (Guazzoni, 1941), puis Les deux tigres (Simonelli, 1941), à chaque fois interprété par l’acteur Luigi Pavese. Il était toutefois temps de réactiver le personnage en en faisant le centre d’attention et en lui donnant les traits d’une star du grand écran. Les producteurs parviennent à embaucher le culturiste américain Steve Reeves qui cherche alors une reconversion. Effectivement, le péplum connaît déjà des signes d’essoufflement et la star sent bien qu’il va devoir s’affranchir du genre qui l’a porté en tête du box-office européen durant sept ou huit ans.

Une réalisation assez ample pour un discours anticolonialiste

Afin de donner vie à ces aventures exotiques, les producteurs engagent le réalisateur Umberto Lenzi, déjà spécialisé dans le genre depuis qu’il a signé des films comme Mary la rousse, femme pirate (1961), Le triomphe de Robin des bois (1962) ou encore Maciste contre Zorro (1963). L’homme est apprécié pour son sens de l’action et sa capacité à tourner vite, sans dépasser les maigres budgets qui lui sont octroyés. Avec Sandokan, le tigre de Bornéo (1963), Lenzi semble bénéficier d’une enveloppe un peu plus conséquente que sur ses précédentes réalisations. Ainsi, il profite de superbes décors naturels tournés sur l’île de Ceylan (actuel Sri Lanka), tandis que les intérieurs sont réalisés au studio De Paolis de Rome.

Certes, l’ensemble est d’un exotisme de pacotille qui peut faire sourire aujourd’hui, mais on peut toutefois apprécier un discours plutôt favorable à l’indépendance des peuples. Globalement anticolonialiste, Sandokan, le tigre de Bornéo s’attache à suivre la résistance d’autochtones contre la présence des Britanniques. Ces derniers sont montrés comme des êtres sans pitié et Umberto Lenzi se fend même d’un discours inattendu sur la relativité de la notion de civilisation. Lui qui évite généralement de prendre parti et dont l’œil peut être parfois condescendant envers les peuplades indigènes nous étonne donc en démontrant que les êtres civilisés ne sont pas nécessairement du côté des Européens.

Des chutes de rythme et une star inexpressive en tête d’affiche

Cette petite musique gentiment subversive fait beaucoup pour la sympathie éprouvée envers ce petit film d’aventures qui a tout de même pris un sacré coup de vieux. Les péripéties – nombreuses – apparaissent bien trop linéaires pour passionner. On a souvent le sentiment de pouvoir anticiper chaque séquence, puisque tout relève du cliché et du passage obligé. Si Lenzi est à l’aise dans l’action, il l’est beaucoup moins dès qu’il faut enchaîner des tunnels dialogués.

Il n’est pas aidé par son casting et la présence de la star Steve Reeves, toujours aussi peu expressif. Effectivement, si le culturiste était très crédible dans les séquences d’action, il s’avère souvent un piètre comédien. Lenzi lui-même a critiqué le jeu très limité de son acteur principal, révélant qu’il était notoirement incapable d’exprimer la moindre émotion face à la caméra. Il est assurément le point faible de cette bande sympathique, alors que Geneviève Grad et Andrea Bosic tentent d’animer leurs personnages pour compenser.

Sandokan, naissance d’une franchise

Grâce à quelques jolies séquences d’action – dont certaines furent reprises dans les films ultérieurs de Lenzi comme Les trois sergents de Fort Madras (1964) – Sandokan, le tigre de Bornéo demeure une œuvre agréable à suivre, mais entravée par une durée excessive et un script trop linéaire qui lambine à plusieurs reprises.

Cela n’a pas empêché le grand public de l’époque de venir profiter du spectacle puisque le long-métrage a tout de même attiré 763 906 spectateurs sur toute la France. Il s’agissait de chiffres en chute par rapport aux précédentes œuvres avec Steve Reeves en tête d’affiche, mais les producteurs furent suffisamment satisfaits pour mettre rapidement en chantier une suite intitulée Les pirates de Malaisie (1964), par la même équipe technique. Quant au personnage de Sandokan, il fut nettement mieux servi plus d’une décennie plus tard par l’acteur indien Kabir Bedi dans la série télévisée italienne éponyme tournée par Sergio Sollima.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 30 décembre 1964

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Sandokan, le tigre de Bornéo, l'affiche

© 1963 StudioCanal / Illustrateur affiche : © Averardo Ciriello. Tous droits réservés.

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Sandokan, le tigre de Bornéo, l'affiche

Bande-annonce de Sandokan, le tigre de Bornéo (VA)

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