Violences sur la ville (Houligans) : la critique du film (1980)

Drame | 1h35min
Note de la rédaction :
9/10
9
Violences sur la ville, affiche

  • Réalisateur : Jonathan Kaplan
  • Acteurs : Matt Dillon, Vincent Spano, Michael Eric Kramer, Pamela Ludwig
  • Date de sortie: 12 Mar 1980
  • Année de production : 1979
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Over the Edge
  • Titres alternatifs : Houligans (France, reprise 1984 & VHS), Over the Edge (Violences sur la villes, titre DVD France), Wut im Bauch (Allemagne), En el abismo (Espagne), Giovani guerrieri (Italie), A Um Passo do Abismo (Brésil)...
  • Scénaristes : Charles S. Haas (sous le nom de Charlie Haas), Tim Hunter
  • Directeur de la photographie : Andrew Davis
  • Monteur : Robert Barrère
  • Compositeur : Sol Kaplan
  • Producteurs : Eric Pleskow, Mike Medavoy, William Bernstein, Arthur Krim, Robert Benjamin, George Litto, Joe Kapp, Robert Bremson, Ted Ashley
  • Sociétés de production : Orion Pictures Warner Bros. Pictures
  • Distributeur : LMD Coline Distribution
  • Distributeur reprise : LMD Coline Distribution
  • Date de sortie reprise : LMD Distribution
  • Editeur vidéo : Fil à Film (VHS), TF1 Vidéo (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 20 janvier 2009 (DVD)
  • Box-office Paris-Périphérie : 45 934 entrées (1980) / 2 469 entrées (1984)
  • Box-office USA : 200 000$
  • Budget : 3 000 000$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans (1980), Interdit aux moins de 13 ans (1984), Interdit aux moins de 12 ans (aujourd'hui)
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs (16mm, 35mm) / Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : © 1979  Warner Bros. All rights reserved. © 1979  Orion Pictures.
Note des spectateurs :

Violences sur la ville s’érige en œuvre sociologique anxiogène et brillante. Matt Dillon y décrochait sa Fureur de vivre et s’apprêtait à devenir le visage de la rébellion du milieu des années 80. Houligans est une œuvre phare du cinéma américain de la fin des années 70.

Synopsis : New Granada est une toute nouvelle «communauté planifiée», à des kilomètres du bruit et de la criminalité de la grande ville et un endroit idéal pour élever une famille. Le seul problème est qu’ils ont oublié de construire quoi que ce soit pour les enfants. Lassés de leur esprit et coincés au milieu de nulle part, les adolescents de la ville, dirigés par Carl et Richie, font à peu près tout pour occuper le temps, passant rapidement de la drogue et du sexe à la petite délinquance. Une action téméraire d’un policier local trop zélé déclenche une confrontation entre les enfants frustrés et leurs parents désemparés qui entraînera des conséquences explosives et destructrices …

Over the Edge (Violences sur la ville), affiche américaine

Copyrights : Orion, Warner

Violences sur la ville, la quintessence d’un cinéma culte des années 70

Critique : Devenu rare en France, Violences sur la ville a connu une carrière compliquée sur notre territoire. Une carrière qui commence en 1980, un an après avoir été montré au Marché du film cannois, en mars 1980. Malgré son affiche un peu brute à la façon des productions naturalistes violentes d’une Amérique sous pression, ce film ado sur la montée de la délinquance juvénile se voit lourdement attribuer une interdiction aux moins de 18 ans. Un moindre mal quand on connaît les problèmes que Les guerriers de la nuit de Walter Hill traverse aux USA avec une classification X et une distribution problématique sur notre territoire, en août 1980, avec une lourde interdiction aux moins de 18 ans, également.

Over the edge, affiche américaine cannes 1979

Copyrights : Orion, Warner – Les archives Cinédweller

Le premier film de Matt Dillon : il crève l’écran à… 14 ans

A l’instar du film de gangs de Walter Hill, Violences sur la ville ressortira en France avec une interdiction moins sévère lors des années Mitterrand. On est alors en 1984 et le distributeur originel du film (LMD Coline Distribution) change littéralement le titre et l’affiche. Over the Edge (titre américain), devient alors Houligans et Matt Dillon, pourtant second rôle, en devient la star incontestable sur le visuel promotionnel qui essaie de diminuer la réalité de son âge. L’acteur débutant n’a que 14 ans dans ce film sulfureux, mais il émane de lui l’attitude puissamment virile de la petite frappe, celle qui fera de lui la quintessence du bad boy abîmé au milieu des années 80 dans le diptyque de Coppola, Outsiders et surtout Rusty James.

C’est évidemment grâce aux succès des deux réalisations de Coppola et de l’omniprésence médiatique de Matt Dillon que Houligans débarque tranquillement dans une dizaine de cinémas en intramuros parisienne pour une seule semaine d’exploitation à 2 469 spectateurs. Une rouste donc ; il faudra pour bien du monde attendre la parution en VHS, chez Fil à Films, au milieu de pléthores de vidéos avec la jeune vedette (Le kid de la plage,  Le challenger…), pour vraiment découvrir le programme.

Violences sur la ville, affiche

© 1979  Warner Bros. All rights reserved. © 1979  Orion Pictures. Tous droits réservés. Les archives Cinédweller

Une œuvre d’anticipation anxiogène et intense

Cette version indépendante d’un Class 84  qui serait confiné à l’extérieur de la classe, profondément ancrée dans le paysage désabusé des années 70 et de ses productions d’anticipation, convoque des ressemblances avec Le village des damnés (1962), un certain cinéma de John Carpenter (celui qui réalisera d’ailleurs le remake du Village des damnés), de Joseph Losey (l’ambiance de Les damnés) et même Terrence Malik dans la rusticité de son dilemme civilisation sauvagerie, évoquant parfois La balade sauvage.

Artwork Over the Edge chez Arrows Vidéo

Copyrights : Arrows Vidéo

Œuvre trouble, douloureuse, intrinsèquement étrange jusque dans ses décors d’une bourgade déclassée, où les architectures sociales futuristes font de la peur de demain une réalité contemporaine, Violences sur la ville (Houligans) oppose sourdement les enfants aux adultes, effaçant toute communication possible, au-delà du no-man’s land que devient un centre associatif où les mômes se retrouvent pour réprimer leur tendance à la suffocation.

En el abismo, artwork espagne d'Over the Edge

Jaquette espagnole – Copyrights : Tous droits réservés

Les révoltés de l’an 2000

Véritable Fureur de vivre des années 70 dans laquelle le déjà attractif Matt Dillon, à peine 14 ans, est une vedette née, Violences sur la ville gagne en tension, se nourrit d’une torpeur et d’une terreur sourde, avec une réalisation cumulant la finesse du cinéma indépendant et l’excellence de la série B d’exploitation que Jonathan Kaplan, futur réalisateur de Les accusés (film à Oscars avec Jodie Foster) connaît bien. La révolte juvénile, aussi réaliste soit-elle, dégage le même aspect méphistophélique dans son suspense que Les  révoltés de l’an 2000, chef-d’œuvre de Narciso Ibáñez-Serrador et témoigne de l’obsession des auteurs des années 70 pour les noirceurs de l’adolescence avec son lot d’enfants tueurs (Attention les enfants regardent de Serge Leroy, en 1978) et sauvage.

Douze ans après sa sortie en DVD chez TF1 Vidéo sous le titre de Over the Edge (Violences sur la ville), le fébrile et nerveux chef-d’œuvre de Jonathan Kaplan profite d’une copie HD qui honore les quarante ans de l’œuvre, disponible sur  LaCinetek, et annoncée en support physique en Europe, pour la première fois en blu-ray, chez Arrows. Le film culte, victime en son temps de la mauvaise presse autour des Guerriers de la nuit, et donc mal sorti en Amérique en 1979, n’a rien perdu de son pouvoir de déstabilisation, de fascination, sur un fond de bande originale rock (Hendrix, The Cars,Van Halen et son puissant You Really Got Me) qui enchaîne les morceaux pêchus et de nihilisme au cœur d’une jeunesse américaine amère. Le culte s’offre à vous. Ouvrez les yeux, de Kurt Cobain à Bruce LaBruce, en passant par Richard Linklater, de nombreux grands s’en sont inspirés. Il serait inimaginable pour un cinéphile contemporain de passer à côté…

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 12 mars 1980

Houligans, Affiche de la reprise 1984 de Violences sur la ville

Affiche de la reprise 1984 de Violences sur la ville – © Jean-Louis Lafon – Les archives Cinédweller

Le saviez-vous?

Houligans, cassette vidéo de Violences sur la Ville

Extrait de L’officiel Vidéo – Spécial Mai 1989

  • Violences sur la ville est le second film de la société Orion Pictures, qui allait produire et/ou distribuer la plupart des grands Woody Allen dans les années 80, Amadeus, Excalibur, Recherche Susan désespérément avec Madonna, Platoon... La firme fera faillite dans les années 1990.
  • Andrew Davis, réalisateur de Le fugitif, avec Harrison Ford, est le directeur de la photo qui apporte au métrage un caractère quasi documentaire.
  • Le scénariste Charles S. Haas s’est inspiré d’événements réels qui se sont déroulés en Californie au début des années 70. Haas était alors journaliste.
  • 1979 était une année marquée par l’avènement du gang flick : outre Les guerriers de la nuit classé X, on citera Les seigneurs de Philip Kaufman, avec Ken Wahl, Boulevard Nights de Michael Pressman, Walk Proud avec Robby Benson… Le début d’un genre qui allait faire fureur dans les années 80 jusqu’en Italie. Curieusement, le film n’a pas souffert d’une lourde interdiction aux USA où il fut taggé PG pour Parental Guidance Suggested, contrairement à la France où, sous la droite de Giscard, il fut sanctionné par une interdiction aux moins de 18 ans.
  • Le film est resté 15 jours dans le top 30 français, avec 60 000 entrées en 15 jours.
  • C’est George Litto (Obsession, Pulsions et Blow Out de Brian De Palma) qui a produit ce film.
  • Violences sur la ville a été distribué discrètement par Orion Pictures via Warner Bros aux USA et au Canada. Après des diffusions sur HBO, le film ressort aux USA à la fin de l’année 1981, à la demande grandissante de fans…

Violences sur la ville, box-office (Houligans)

Extrait du Film Français (août 1989)

  • Avant même le marché du film à Cannes, Over the Edge avait été vendu sur de très nombreux territoires -Belgique, Israël, Mexique, Japon, Suède, Danemark, Grèce, Suisse, le Moyen Orient… LMD en fit l’acquisition à Cannes.
  • Un roman a été publié pour accompagner la sortie du film.
  • S’il s’agit du premier film de Matt Dillon et du second de Vincent Spano.
  • Le clip de Nirvana, Smells Like Teen Spirit s’inspire du classique de Jonathan Kaplan et y démontre le même besoin d’anarchie d’une jeunesse américaine, celle des suburbs et des classes moyennes.
  • Le film aborde brillamment les thèmes de la jeunesse paumée aux USA, des armes à feu, des violences policières, de la sexualité des jeunes, sous couvert d’une réflexion anticapitaliste nihiliste.

Trailers & Vidéos

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Violences sur la ville, affiche

Bande-annonce de Violences sur la ville

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