Violences sur la ville s’érige en œuvre sociologique anxiogène et brillante. Matt Dillon y décrochait sa Fureur de vivre et s’apprêtait à devenir le visage de la rébellion du milieu des années 80. Houligans est une œuvre phare du cinéma américain de la fin des années 70.
Synopsis : New Granada est une toute nouvelle «communauté planifiée», à des kilomètres du bruit et de la criminalité de la grande ville et un endroit idéal pour élever une famille. Le seul problème est qu’ils ont oublié de construire quoi que ce soit pour les enfants. Lassés de leur esprit et coincés au milieu de nulle part, les adolescents de la ville, dirigés par Carl et Richie, font à peu près tout pour occuper le temps, passant rapidement de la drogue et du sexe à la petite délinquance. Une action téméraire d’un policier local trop zélé déclenche une confrontation entre les enfants frustrés et leurs parents désemparés qui entraînera des conséquences explosives et destructrices …
Violences sur la ville, la quintessence d’un cinéma culte des années 70
Critique : Devenu rare en France, Violences sur la ville a connu une carrière compliquée sur notre territoire. Une carrière qui commence en 1980, un an après avoir été montré au Marché du film cannois, en mars 1980. Malgré son affiche un peu brute à la façon des productions naturalistes violentes d’une Amérique sous pression, ce film ado sur la montée de la délinquance juvénile se voit lourdement attribuer une interdiction aux moins de 18 ans. Un moindre mal quand on connaît les problèmes que Les guerriers de la nuit de Walter Hill traverse aux USA avec une classification X et une distribution problématique sur notre territoire, en août 1980, avec une lourde interdiction aux moins de 18 ans, également.

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Le premier film de Matt Dillon : il crève l’écran à… 14 ans
A l’instar du film de gangs de Walter Hill, Violences sur la ville ressortira en France avec une interdiction moins sévère lors des années Mitterrand. On est alors en 1984 et le distributeur originel du film (LMD Coline Distribution) change littéralement le titre et l’affiche. Over the Edge (titre américain), devient alors Houligans et Matt Dillon, pourtant second rôle, en devient la star incontestable sur le visuel promotionnel qui essaie de diminuer la réalité de son âge. L’acteur débutant n’a que 14 ans dans ce film sulfureux, mais il émane de lui l’attitude puissamment virile de la petite frappe, celle qui fera de lui la quintessence du bad boy abîmé au milieu des années 80 dans le diptyque de Coppola, Outsiders et surtout Rusty James.
C’est évidemment grâce aux succès des deux réalisations de Coppola et de l’omniprésence médiatique de Matt Dillon que Houligans débarque tranquillement dans une dizaine de cinémas en intramuros parisienne pour une seule semaine d’exploitation à 2 469 spectateurs. Une rouste donc ; il faudra pour bien du monde attendre la parution en VHS, chez Fil à Films, au milieu de pléthores de vidéos avec la jeune vedette (Le kid de la plage, Le challenger…), pour vraiment découvrir le programme.

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Une œuvre d’anticipation anxiogène et intense
Cette version indépendante d’un Class 84 qui serait confiné à l’extérieur de la classe, profondément ancrée dans le paysage désabusé des années 70 et de ses productions d’anticipation, convoque des ressemblances avec Le village des damnés (1962), un certain cinéma de John Carpenter (celui qui réalisera d’ailleurs le remake du Village des damnés), de Joseph Losey (l’ambiance de Les damnés) et même Terrence Malik dans la rusticité de son dilemme civilisation sauvagerie, évoquant parfois La balade sauvage.
Œuvre trouble, douloureuse, intrinsèquement étrange jusque dans ses décors d’une bourgade déclassée, où les architectures sociales futuristes font de la peur de demain une réalité contemporaine, Violences sur la ville (Houligans) oppose sourdement les enfants aux adultes, effaçant toute communication possible, au-delà du no-man’s land que devient un centre associatif où les mômes se retrouvent pour réprimer leur tendance à la suffocation.

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Les révoltés de l’an 2000
Véritable Fureur de vivre des années 70 dans laquelle le déjà attractif Matt Dillon, à peine 14 ans, est une vedette née, Violences sur la ville gagne en tension, se nourrit d’une torpeur et d’une terreur sourde, avec une réalisation cumulant la finesse du cinéma indépendant et l’excellence de la série B d’exploitation que Jonathan Kaplan, futur réalisateur de Les accusés (film à Oscars avec Jodie Foster) connaît bien. La révolte juvénile, aussi réaliste soit-elle, dégage le même aspect méphistophélique dans son suspense que Les révoltés de l’an 2000, chef-d’œuvre de Narciso Ibáñez-Serrador et témoigne de l’obsession des auteurs des années 70 pour les noirceurs de l’adolescence avec son lot d’enfants tueurs (Attention les enfants regardent de Serge Leroy, en 1978) et sauvage.
Douze ans après sa sortie en DVD chez TF1 Vidéo sous le titre de Over the Edge (Violences sur la ville), le fébrile et nerveux chef-d’œuvre de Jonathan Kaplan profite d’une copie HD qui honore les quarante ans de l’œuvre, disponible sur LaCinetek, et annoncée en support physique en Europe, pour la première fois en blu-ray, chez Arrows. Le film culte, victime en son temps de la mauvaise presse autour des Guerriers de la nuit, et donc mal sorti en Amérique en 1979, n’a rien perdu de son pouvoir de déstabilisation, de fascination, sur un fond de bande originale rock (Hendrix, The Cars,Van Halen et son puissant You Really Got Me) qui enchaîne les morceaux pêchus et de nihilisme au cœur d’une jeunesse américaine amère. Le culte s’offre à vous. Ouvrez les yeux, de Kurt Cobain à Bruce LaBruce, en passant par Richard Linklater, de nombreux grands s’en sont inspirés. Il serait inimaginable pour un cinéphile contemporain de passer à côté…
Les sorties de la semaine du 12 mars 1980

Affiche de la reprise 1984 de Violences sur la ville – © Jean-Louis Lafon – Les archives Cinédweller



