Les damnés : la critique du film (1964)

Science-Fiction, Drame | 1h35min
Note de la rédaction :
8/10
8
Les damnés, jaquette Mediabook

  • Réalisateur : Joseph Losey
  • Acteurs : Oliver Reed, Macdonald Carey, Viveca Lindfors, Shirley Anne Field, Alexander Knox
  • Date de sortie: 30 Sep 1964
  • Nationalité : Britannique
  • Titre original : The Damned (UK) / These are the Damned (USA)
  • Année de production : 1962
  • Scénaristes : Ben Barzman, Evan Jones adapté du roman de H. L. Lawrence
  • Directeur de la photographie : Arthur Grant
  • Compositeur : James Bernard
  • Distributeur : Columbia
  • Editeur vidéo : ESC Editions (Mediabook)
  • Sortie vidéo (Mediabook) : 4 février 2020
  • Budget : 500 000 $
  • Box-office Paris : 4 566 entrées (1ère semaine parisienne)
  • Format : 2.35 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Crédits visuels : © 1962 Columbia Pictures Industries Inc. / © 2020 Sony Pictures Home Entertainment - © 2020 ESC Editions / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :

Faux film de science-fiction, mais vrai cri d’alarme face au danger nucléaire, Les damnés est une œuvre étrange et insaisissable à placer parmi les grands films de Joseph Losey. A redécouvrir d’urgence.

Synopsis : Dans un petit port britannique de la côte sud, l’Américain Simon Wells est dévalisé par une bande de blousons noirs dirigés par King. La soeur de ce dernier, Joan, qui a servi d’appât, prend la défense de Wells et s’enfuit avec lui à bord de son petit yacht. Un peu plus tard, caché dans une maison sur la falaise, refuge de la sculpteur Freya, la maîtresse de Bernard, un agent du gouvernement, le couple est retrouvé par King et sa bande…

Une commande de la firme Hammer

Critique : Au début des années 60, le réalisateur Joseph Losey est déjà exilé en Angleterre à cause du maccarthysme qui l’a chassé de son pays natal, les Etats-Unis. Fervent communiste, le réalisateur est donc condamné à errer de studio en studio pour trouver un emploi. Il est parfois obligé d’accepter des commandes qu’il tente de rendre plus personnelles. C’est notamment le cas des Damnés (1962) qui est initialement le projet du célèbre studio Hammer.

Les damnés, Mediabook ESC Editions

© 1962 Columbia Pictures Industries Inc. / © 2020 Sony Pictures Home Entertainment – © 2020 ESC Editions / Conception graphique : Dark Star. Tous droits réservés.

Les exécutifs de la firme au marteau ont acquis les droits du roman The Children of Light de H.L. Lawrence qu’ils envisagent comme étant un digne successeur du Village des damnés (Rilla, 1960), qui vient de triompher sur les écrans du monde entier. Ami d’Anthony Hinds, le producteur Carl Foreman – également blacklisté – soumet le nom de son ami Joseph Losey afin d’adapter cet étrange roman. Les exécutifs de la Hammer sont emballés par l’idée de travailler avec un cinéaste unanimement reconnu par les critiques et lui proposent un budget de 500 000 dollars, légèrement supérieur à leurs habitudes.

Un script largement remanié par Losey lui-même

Toutefois, Joseph Losey fait des siennes en refusant de tourner tel quel le script de Ben Barzman et il entreprend de le modifier en profondeur avec l’aide d’Evan Jones, et ceci jusqu’à la fin du tournage. En réalité, Joseph Losey modifie en profondeur l’intrigue et développe des personnages fort différents de ceux du roman. Conscient de l’invraisemblance du postulat initial – de la pure science-fiction – le réalisateur choisit d’ancrer son récit dans une réalité plus quotidienne, faisant ainsi de son récit une parabole.

De manière étonnante pour une série B estampillée Hammer, Les damnés commence par une première partie d’une quarantaine de minutes s’inscrivant pleinement dans le cinéma social britannique. Seules la vision de quelques sculptures étranges disséminées dans les décors et la présence de nombreux militaires laissent envisager un futur plus sombre. Nous suivons donc les péripéties d’un Américain confronté à une bande de blousons noirs, dont il tente de séduire le seul élément féminin.

Une vision sombre d’une société britannique corsetée

Durant cette partie, Joseph Losey cherche à comprendre le phénomène des blousons noirs et décrit une société britannique violente, rongée en réalité par des normes terriblement contraignantes. Ainsi, cette violence de la jeunesse s’explique en grande partie par des frustrations sexuelles – le réalisateur suggère même une forme d’inceste entre la jeune fille et son frère incarné par le charismatique et fiévreux Oliver Reed. Losey insiste également sur l’enfermement de cette jeunesse et l’impossibilité pour les adolescentes d’échapper à un système patriarcal étouffant.

Le spectateur ne peut alors deviner la véritable nature d’un film qui évolue peu à peu vers la science-fiction lorsque les jeunes gens pénètrent par erreur au cœur d’une enceinte militaire où se déroulent des expériences pour le moins étonnantes. Le cinéphile retrouvera ici une thématique chère à Joseph Losey qui est celle de la collision fracassante entre deux mondes différents. Ici, Losey oppose la jeunesse libre à l’autorité froide des adultes, mais aussi la nature impétueuse (les falaises du Dorset) aux intérieurs impersonnels du complexe militaire.

Losey, maître de l’espace par la grâce d’une réalisation magistrale

Pour signifier le va-et-vient entre ces univers, le cinéaste utilise une réalisation absolument brillante où la caméra passe sans cesse d’un espace intérieur à l’extérieur, avec une aisance impressionnante. Losey utilise également les sons pour créer une ambiance de douce étrangeté. Il crée ainsi une atmosphère qui confine peu à peu à la paranoïa le plus totale. Ici, même les paysages les plus anodins peuvent receler de terribles secrets.

Le dernier quart d’heure est alors un vrai modèle de précision, porté par une musique efficace de James Bernard. Comme le réalisateur a pris le temps de développer l’histoire personnelle de chaque personnage, ce qui leur arrive nous touche d’autant plus. Glissant dans un pessimisme qui fait froid dans le dos, le long-métrage se termine par des cris de détresse poussés par une jeune génération sacrifiée par des adultes irresponsables.

Un film qui se joue des formules

Magnifié par une réalisation toujours inspirée, Les damnés est une œuvre étrange, protéiforme, parfois inégale, mais qui a le mérite de ne jamais se reposer sur des formules toutes faites. Elle témoigne de l’incroyable maîtrise formelle d’un auteur capable de nous suggérer l’imminence de la fin du monde avec trois fois rien.

Ne répondant aucunement au cahier des charges du film commercial souhaité par les producteurs, Les damnés est resté dans les tiroirs de la Hammer durant plus d’un an, avant de sortir à la sauvette, souvent mis en double programme avec un autre produit maison plus conforme. Aux Etats-Unis, le film est également sorti sans tambour ni trompette en 1965. La France n’a pas fait mieux avec une sortie discrète au mois de septembre 1964 pour un résultat négligeable.

Un grand film oublié, que les cinéphiles doivent redécouvrir

Grand film sacrifié, Les damnés est ressorti récemment dans un très beau Mediabook chez ESC Editions, dans une copie d’excellente tenue. L’occasion de réparer une terrible injustice et de réévaluer ce titre généralement considéré comme mineur dans la filmographie de Losey qui allait immédiatement enchaîner avec son chef-d’œuvre The Servant (1963).

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 30 septembre 1964

Les films de la Hammer sur CinéDweller

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