Fausse comédie policière mais véritable introspection psychologique, Vie privée de Rebecca Zlotowski joue avec les codes du genre pour s’intéresser au portrait en creux d’une femme en recherche d’elle-même.
Synopsis : Lilian Steiner est une psychiatre reconnue. Quand elle apprend la mort de l’une de ses patientes, elle se persuade qu’il s’agit d’un meurtre. Troublée, elle décide de mener son enquête.
Un titre comme point de départ
Critique : Cela faisait de nombreuses années que la scénariste et réalisatrice Rebecca Zlotowski souhaitait utiliser le titre Vie privée (qui fait référence au film de Louis Malle de 1962 avec Brigitte Bardot), mais elle ne parvenait jamais à trouver l’histoire qui pourrait l’illustrer. Or, le déclenchement est intervenu lorsqu’elle a choisi de s’intéresser au destin d’une psychiatre confrontée au décès d’une de ses patientes. Dès lors, elle a opté avec ses coscénaristes Anne Berest et Gaëlle Macé pour avoir recours au genre de la comédie policière afin de faire passer des thématiques plus complexes et graves relatives à l’importance de la parole, et surtout de l’écoute.

© 2025 Les Films Velvet, Buenos Hair, France 3 Cinéma / Photographie : Jérôme Prébois. Tous droits réservés.
Pour la première fois, Rebecca Zlotowski se confronte donc à un classique film de genre, mais pour mieux en détourner les codes établis par d’illustres ainés. Ainsi, Vie privée évoque irrésistiblement certains films d’Alfred Hitchcock, ou encore le fameux Meurtre mystérieux à Manhattan (Woody Allen, 1993) auquel on pense forcément lorsque le couple formé par Jodie Foster et Daniel Auteuil se met à enquêter, à partir de doutes apparemment légitimes de la psychiatre.
Une enquête sur soi-même ?
Toutefois, loin de se laisser aller à une fantaisie pleinement assumée, la réalisatrice préfère entremêler les fils d’une intrigue qui sert uniquement de MacGuffin (à savoir un simple prétexte narratif) afin d’approfondir la psyché désordonnée de la fameuse psychiatre. En réalité, l’enquête en elle-même ne revêt qu’un intérêt mineur, mais elle va offrir l’occasion au personnage principal magistralement incarné par Jodie Foster de faire le point sur sa propre existence.
Et si à force d’écouter les autres, la psychiatre avait tout simplement oublié de prendre soin d’elle et de ses proches ? Comme coincée dans une routine abrutissante où le spectateur ne la sent plus impliquée, celle-ci va devoir se remettre en question sur de nombreux points. Ainsi, peut-être arrivera-t-elle à se retrouver elle-même au bout de cette (en)quête ? Voilà pourquoi Vie privée peut avoir un effet déceptif sur les spectateurs à la première vision puisque le motif policier ne débouche sur rien de véritablement concret.
Vie privée ou un moyen de se reconnecter à son moi profond ?
En fait, le long métrage est là pour reconnecter un personnage central au reste de son existence. Pour la psychiatre, il s’agira de se rapprocher de son ex-mari interprété avec légèreté par un Daniel Auteuil pétillant – et visiblement très heureux de donner la réplique à la star américaine – mais aussi de son fiston qu’elle ne cesse d’éconduire – Vincent Lacoste dans un emploi classique. Finalement, toute l’intrigue tournant autour du personnage interprété par Virginie Efira (peu présente à l’écran) et son mari joué par Mathieu Amalric n’est bien qu’un prétexte qui ne sert à rien d’autre que tendre un miroir à l’héroïne sur sa propre condition.
En redevenant une personne équilibrée, la psychiatre pourra ainsi à nouveau mieux se consacrer à sa patientèle et sera à nouveau en mesure d’écouter les autres. Cette dimension psychologique est fondamentale pour comprendre le but recherché par Rebecca Zlotowski qui se refuse une fois de plus à aborder un pur film de genre. Cela n’empêche nullement le spectateur de suivre l’intrigue avec intérêt, ni à certaines séquences d’être réellement amusantes et même primesautières. Mais, on peut comprendre la déception de nombreux spectateurs qui venaient sans doute chercher un divertissement plus franchement commercial dans sa résolution, ce que Vie privée se refuse à leur offrir.
Réalisé avec soin, mais sans grande imagination non plus, Vie privée s’appuie essentiellement sur le jeu des comédiens et leur alchimie. Comme dit précédemment, le duo formé par Jodie Foster et Daniel Auteuil fonctionne bien à l’écran, tandis que tous les autres comédiens s’acquittent de leur partition avec le talent qu’on leur connaît habituellement.

© 2025 Les Films Velvet, Buenos Hair, France 3 Cinéma / Photographie : Jérôme Prébois. Tous droits réservés.
Vie privée, un joli succès français
Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2025 et dans de nombreux autres festivals, Vie privée a reçu des critiques plutôt correctes, voire parfois élogieuses. Sorti par le distributeur Ad Vitam à partir du 26 novembre 2025 dans une large combinaison de 404 salles, Vie privée s’est bien défendu en première semaine avec une deuxième place hebdomadaire et 251 531 clients. Ce numéro 2 est tout de même très loin derrière le phénomène Zootopie 2 qui engrange 1 735 765 entrées dès sa première semaine. Toutefois, ce beau démarrage prouve une fois de plus la popularité intacte de l’actrice Jodie Foster auprès du public français.
En deuxième septaine, la comédie policière gagne encore des salles et ne perd que 38 % de ses spectateurs pour atteindre 154 066 retardataires. Le total dépasse les 405 000 entrées, ce qui fait déjà de Vie privée un succès. Pour sa troisième tournée, Vie privée passe à 678 écrans et 105 826 patients, puis ce ne sont pas moins de 801 écrans qui diffusent le film au bout d’un mois avec encore 67 791 enquêteurs.
Des scores internationaux corrects
Désormais, le film est assuré de franchir la barre des 600 000 tickets. Ce qu’il fait en cinquième semaine, malgré un fléchissement important des entrées. Cette fois, Vie privée semble avoir fait le plein et termine sa carrière avec 641 181 tickets déchirés. Le long métrage est donc à ce jour le plus beau succès commercial de la réalisatrice, d’autant qu’il a pu être vendu facilement à l’étranger grâce à la présence en tête d’affiche de Jodie Foster.
Ainsi, A Private Life (son titre américain et britannique) est également sorti en janvier 2026 dans les salles américaines avec une combinaison maximale de 420 écrans pour un résultat final atteignant 1 421 315 $. Au total, le film a amassé plus de 10 000 000 $, dont la moitié sur le sol français. Il s’agit d’un résultat tout à fait satisfaisant pour un budget estimé autour des 8 millions d’euros.
Depuis, le film est sorti en DVD et blu-ray et peut également être visionné en VOD. Le tout permet de passer un agréable moment, sans plus.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 26 novembre 2025
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© 2025 Les Films Velvet, Buenos Hair, France 3 Cinéma / Affiche : Le Cercle Noir pour Silenzio ; Photographies : Jérôme Prébois. Tous droits réservés.
Biographies +
Rebecca Zlotowski, Daniel Auteuil, Virginie Efira, Jodie Foster, Mathieu Amalric, Luàna Bajrami, Aurore Clément, Zahia Dehar, Vincent Lacoste, Irène Jacob, Sophie Letourneur, Sophie Guillemin, Frederick Wiseman
Mots clés
Cinéma français, Les succès de 2025, Festival de Cannes 2025, Comédie policière, La psychanalyse au cinéma, Portrait de femme