Un zoo la nuit : la critique du film et le test blu-ray (1988)

Drame, Thriller | 1h56min
Note de la rédaction :
8/10
8
Un zoo la nuit, l'affiche

  • Réalisateur : Jean-Claude Lauzon
  • Acteurs : Denys Arcand, Dominique Michel, Gilles Maheu, Roger Lebel
  • Date de sortie: 13 Avr 1988
  • Année de production : 1987
  • Nationalité : Québécois, Canadien
  • Titre original : Un zoo la nuit
  • Titres alternatifs : Night Zoo (titre international) / Night Zoo - Kreaturen der Nacht (Allemagne) / Fronteras de la noche (Espagne) / À Noite no Jardim Zoológico (Portugal) / Zoo di notte (Italie)
  • Casting : Gilles Maheu, Roger Lebel, Corrado Mastropasqua, Lorne Brass, Germain Houde, Jerry Snell, Lynne Adams, Anna-Maria Giannotti, Nereo Lorenzi, Nicolas Clarizio, Vincent Ierfino, Amulette Garneau, Luc Proulx, Jean-Pierre Saulnier, JP Bergeron, Dominique Michel, Denys Arcand, Walter Massey, Paolo Giurato, Luigi Napolitano, Pierre Wiper, Serge Nadaud, Sophie-Andrée Blondin, Julie Sicotte, Manon Girard, Anne-Marie Champagne, Hélène Mourez, Bertrand Bineau, Dominique Di Donato, Roger Lemyre, André Nickell, Michel Barsalou, Khanh Hua, Fernando Cichi, François Caron, Jacques Pelletier
  • Scénariste : Jean-Claude Lauzon
  • Monteur : Michel Arcand
  • Directeur de la photographie : Guy Dufaux
  • Compositeur : Jean Corriveau
  • Cheffe Maquilleuse : Kathryn Casault
  • Cheffe décoratrice : Michèle Forest
  • Directeur artistique : Jean-Baptiste Tard
  • Producteurs : Roger Frappier, Pierre Gendron
  • Productrice associée : Louise Gendron
  • Sociétés de production : Cinema Plus, Les Productions Duc, Les Productions Oz, National Film Board of Canada (NFB), Société Générale du Cinéma du Québec, Téléfilm Canada
  • Distributeur : Capital Cinéma
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeurs vidéo : Delta Vidéo (VHS, 1988) / Artus Films (DVD, blu-ray, 2025)
  • Dates de sortie vidéo : 1988 (VHS) / 2 septembre 2025 (DVD, blu-ray)
  • Budget : 1 600 000 $ canadiens
  • Box-office France / Paris-Périphérie :
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Rentabilité :
  • Classification : Interdiction aux - 18 ans (à l'époque) ; Interdiction aux -16 ans (de nos jours)
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Stéréo
  • Festivals : Festival de Cannes 1987 : Quinzaine des Réalisateurs / Festival international de Flandres 1987 / Festival des films du monde de Montréal 1987 / Festival international du film de Toronto 1987 / Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue 1987
  • Nominations : Genie Awards 1988 : Meilleur acteur pour Gilles Maheu
  • Récompenses : Festival international de Flandres 1987 : Meilleur film / Festival des films du monde de Montréal 1987 : Meilleur film canadien / Festival international du film de Toronto 1987 : Prix FIPRESCI / Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue 1987 : Grand Prix Hydro-Québec / Genie Awards 1988 : Meilleur film ; Meilleur acteur pour Roger Lebel ; Meilleur second rôle pour Germain Houde ; Meilleur réalisateur ; Meilleur scénario ; Meilleure photo ; Meilleurs décors ; Meilleurs costumes ; Meilleur montage . Meilleure musique ; Meilleur son ; Meilleur montage son ; Meilleure chanson originale
  • Illustrateur/Création graphique : © Lyne Charlebois (photographe) ; Benjamin Mazure pour Artus Films (jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Max Films, Artus Films. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse :
  • Tagline : Après Le déclin de l'empire américain, le renouveau du cinéma québécois se confirme.
  • Franchise :
Note des spectateurs :

Quelque part entre Beineix et Besson, Un zoo la nuit a marqué de son empreinte le cinéma québécois en le plongeant dans la modernité. Le résultat s’avère tout à fait passionnant et révèle le talent d’un grand cinéaste.

Synopsis : Tout juste sorti de prison, Marcel retrouve sa vie d’avant, son appartement, ses synthétiseurs, et Julie, la fille qu’il aime mais qui s’est éloignée de lui. Il retrouve aussi son père, malade et abandonné, avec qui il voudrait bien se réconcilier. Harcelé par deux policiers qui cherchent à s’emparer de l’argent provenant du trafic pour lequel il est tombé, Marcel va tenter d’offrir un cadeau d’adieu à son père : une partie de chasse dans un zoo, la nuit.

1987 : le cinéma québécois se réveille!

Critique : L’année 1987 marque un tournant important dans l’histoire du cinéma québécois pour deux raisons. Tout d’abord, cette cinématographie généralement peu diffusée connaît un énorme succès international avec la comédie Le déclin de l’empire américain (Denys Arcand) par ailleurs coscénarisé par le jeune Jean-Claude Lauzon.  Ainsi, la comédie du verbe a attiré 1 245 165 spectateurs en France et généré plus de 2 millions de dollars aux Etats-Unis.

Dans le même temps, Jean-Claude Lauzon parvient à réaliser son premier long métrage intitulé Un zoo la nuit (1987). Cette fois, le succès critique et public est proprement gigantesque au Québec où il reste plus d’un an à l’affiche et dégage un profit de près d’un million de dollars canadiens. Ce triomphe est confirmé par la cérémonie des Genie 1988 (équivalent québécois de nos César) où le métrage décroche la bagatelle de 13 récompenses sur un total de 14 trophées. Un record qui n’a jamais plus été égalé. Cependant, à l’international, Un zoo la nuit a nettement moins performé que son concurrent direct. On peut même avancer qu’il est globalement passé inaperçu, sauf des critiques qui ont su déceler la naissance d’un réalisateur de talent.

Un polar urbain typique des années 80

Effectivement, totalement inscrit dans une esthétique moderne des années 80, Un zoo la nuit vient mettre un grand coup de pied dans la cinématographie québécoise en adoptant une forme très travaillée et jamais vue dans la contrée. Ainsi, on peut rapprocher le travail de Jean-Claude Lauzon de celui de Jean-Jacques Beineix  – on pense très souvent à Diva (1981) jusque dans son scénario – ainsi que de celui de Luc Besson sur Subway (1985). Ces deux références sautent naturellement aux yeux, même si certains passages semblent avoir clairement été inspirés par le Taxi Driver (1976) de Martin Scorsese, notamment lors des quelques explosions de violence du polar noir.

Un zoo la nuit, jaquette blu-ray détails

© 1987 Max Films / Jaquette : Artus Films, design de Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Si la trame narrative est quelque peu linéaire – un homme tout juste sorti de prison est poursuivi par des policiers ripoux qui comptent récupérer l’argent du casse pour leur propre compte – ce n’est pas véritablement ce qui compte le plus dans Un zoo la nuit où tout est affaire d’ambiance. Porté par un esthétisme fondé sur une photographie bleutée de toute beauté (grâce au talent de Guy Dufaux), mais aussi sur une excellente bande-son synthétique de Jean Corriveau qui évoque les meilleurs travaux d’Eric Serra pour Luc Besson, Un zoo la nuit est un premier film techniquement remarquable où la réalisation épouse parfaitement le sujet.

Un zoo la nuit, une œuvre poétique et personnelle

Si le long métrage est souvent présenté comme le premier vrai film de genre québécois, il relève pourtant d’une pure démarche d’auteur dans ses thématiques. Effectivement, la dimension purement commerciale – les scènes de sexe et de violence, toutes très crues – passe au second plan par rapport aux choix personnels du réalisateur. Celui-ci évoque notamment sa relation complexe avec son père. Il transpose donc ici sa propre histoire personnelle à travers les deux personnages du fils (très juste Gilles Maheu, plutôt acteur et metteur en scène de théâtre et dont ce fut le seul rôle au cinéma) et du père (poignant Roger Lebel, dont ce fut le dernier emploi au cinéma avant d’être emporté par la maladie de Parkinson).

D’abord conflictuels, les rapports entre le fils et le père se réchauffent progressivement et les deux êtres finissent même par établir une relation fusionnelle lors d’une partie de chasse un peu particulière, car située dans un zoo. On notera d’ailleurs que ce moment de pure poésie est quelque peu gâché par le rapport entretenu par l’auteur avec les animaux. Lui-même chasseur, Jean-Claude Lauzon ne semble aucunement se soucier du sort de l’éléphant victime des coups de feu du père. Cette approche dérange quelque peu, même si les cinéphiles aguerris verront bien que l’animal n’a aucunement été blessé durant le tournage de la séquence. Disons que l’idée même apparaît comme saugrenue.

Un bel essai de misanthropie

D’ailleurs, ce ne sont pas les seuls débordements d’une œuvre qui peut également être taxée de misogynie et teintée d’une légère homophobie. Pur anarchiste de droite, Jean-Claude Lauzon s’en prend aussi aux forces de l’ordre et semble donc détester beaucoup de monde, dans une forme de misanthropie qui a été confirmée par certains de ses proches collaborateurs. L’homme était intransigeant, imprévisible et iconoclaste jusque dans sa vie. Mais c’est aussi cela qui fait de son cinéma une curiosité, lui octroyant une originalité poétique remarquable.

Alors que le métrage peut apparaître très froid durant une grande partie de la projection, il finit par toucher au cœur grâce à cette relation splendide entre un fils et son père au seuil de la mort. La magnifique chanson de Jacques Brel Voir un ami pleurer qui retentit lors des derniers instants poétiques du long métrage vient ajouter une note d’émotion supplémentaire pour faire d’Un zoo la nuit une œuvre puissante et originale, malgré quelques menus défauts liés au fait qu’il s’agit d’un premier film.

Un succès québécois passé inaperçu en France

Ayant fait l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 1987, le film a tardé à être distribué en France. Lors de sa sortie parisienne du 13 avril 1988, Un zoo la nuit a été un cuisant échec, d’autant qu’il a été interdit aux moins de 18 ans (ce qui correspond à 16 ans de nos jours). Le film, pourtant porté par de bonnes critiques a réuni moins de 5 000 spectateurs en une semaine et a rapidement disparu de l’affiche. Il a ensuite fait l’objet d’une sortie en VHS chez Delta Vidéo dès 1988. Depuis, il est resté longtemps invisible. Artus Films vient de lui rendre un bel hommage avec un combo DVD + Blu-ray + Livre.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 13 avril 1988

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Un zoo la nuit, l'affiche

© 1987 Cinema Plus, Les Productions Duc, Les Productions Oz, National Film Board of Canada (NFB), Société Générale du Cinéma du Québec, Téléfilm Canada / Affiche : Lyne Charlebois (photographe). Tous droits réservés.

Biographies +

Jean-Claude Lauzon, Denys Arcand, Dominique Michel, Gilles Maheu, Roger Lebel

Mots clés

Cinéma canadien, Cinéma québécois, Relations Père-fils au cinéma, La chasse au cinéma, Les flics ripoux au cinéma

 

Le test du blu-ray

Artus Films rend hommage au premier film de Jean-Claude Lauzon à travers une superbe édition. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & suppléments : 4,5 / 5

Le film est proposé dans un joli fourreau reprenant l’affiche québécoise mystérieuse. A l’intérieur, on trouve d’abord un beau digipack qui propose les deux galettes (DVD et blu-ray), avec pour illustration les affiches française, américaine et allemande du film. Enfin, le fourreau contient aussi un livre écrit par Sylvain Garrel intitulé Jean-Claude Lauzon, le ciel est la limite. Il s’agit du bonus le plus intéressant grâce à ses 60 pages richement illustrées et surtout très informatives. L’auteur revient sur la vie tumultueuse du cinéaste, puis évoque un par un ses films. Il produit aussi une analyse d’Un zoo la nuit et présente chacun des acteurs et des membres de l’équipe technique. Enfin chose rare, il évoque la sortie québécoise du thriller, mais aussi le ratage de sa sortie française. L’ensemble s’avère donc très complet.

En bonus vidéo, l’éditeur fournit le court-métrage La théorie Lauzon (15min) qui entend rendre hommage à l’homme et à son œuvre de manière artistique. On vous conseille de lire le livre avant pour mieux comprendre ce supplément. Enfin, son ami Gaston Lepage (9min) rend lui aussi hommage à l’homme derrière le cinéaste, en insistant sur l’aspect iconoclaste et torturé de son ami trop tôt disparu.

On termine avec la bande-annonce du film et un diaporama d’affiches et de photos.

L’image du blu-ray : 4,5 / 5

Avec cette restauration québécoise en 2K, on atteint quasiment la perfection si l’on excepte quelques plans moins travaillés. La profondeur de champ est remarquable et rend hommage au travail esthétisant de toute l’équipe. Une vraie réussite.

Le son du blu-ray : 4 / 5

L’éditeur nous propose ici deux pistes sonores (une en simple mono et l’autre en 5.1). Nous avons testé la piste spatialisée qui réussit à donner une vraie profondeur à la musique de Jean Corriveau. Toutefois, elle a parfois tendance à légèrement éclipser les voix des acteurs. Signalons d’ailleurs que certaines scènes auraient mérité l’ajout de sous-titres tant l’accent québécois paraît parfois très prononcé. A certains moments, on ne comprend véritablement qu’une phrase sur deux, ce qui peut se révéler gênant à la longue.

Test blu-ray : Virgile Dumez

Un zoo la nuit, jaquette blu-ray

© 1987 Max Films / Jaquette : Artus Films, design de Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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