Un chien dans un jeu de quilles : la critique du film (1983)

Comédie | 1h33min
Note de la rédaction :
4/10
4
Un chien dans un jeu de quilles, affiche du film avec Pierre Richard

  • Réalisateur : Bernard Guillou
  • Acteurs : Jean Carmet, Julien Guiomar, Hélène Surgère, Pierre Richard, Fanny Bastien, François Clavier, Béatrice Camurat, Sylvie Joly
  • Date de sortie: 26 Jan 1983
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Un chien dans un jeu de quilles
  • Titres alternatifs : Pick Up Your Belongings (titre international) / O Que Prometo... Não Faço (Portugal) / A hívatlan vendég (Hongrie)
  • Année de production : 1983
  • Scénariste(s) : Bernard Guillou, Claude Gallot
  • Directeur de la photographie : Claude Agostini
  • Compositeur : Patrice Caratini
  • Société(s) de production : Fideline Films
  • Distributeur (1ère sortie) : AAA
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Proserpine (VHS, 1984 et 1986) / One Plus One (DVD, 2004) / Gaumont (DVD et blu-ray, 2017)
  • Date de sortie vidéo : 13 septembre 2017 (blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 969 203 entrées / 196 866 entrées
  • Budget : 9 millions de centimes, selon Pierre Richard (soit 90 000 000 de francs, et plus de 13 M d'euros)
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Tactics (agence)
  • Crédits : © 1982 Fideline Films
Note des spectateurs :

Un chien dans un jeu de quilles est une comédie bretonne qui manque de nerfs et de mordant, à cause d’un script mal fagoté et d’une réalisation terne. Seuls les acteurs sauvent vaguement les meubles.

Synopsis : Joseph Cohen, fermier dans une petite ville bretonne, ne décolère pas depuis qu’il a appris que le propriétaire des terres qu’il exploite, Alexandre, le châtelain local, a décidé de ne pas renouveler son bail. Joseph n’entend pas se laisser chasser ainsi et appelle à la rescousse son frère, Pierre, psychologue de profession et Parisien de mœurs.

Un projet soutenu et financé par Pierre Richard

Critique : Ami de longue date avec le réalisateur Bernard Guillou, Pierre Richard a déjà produit son tout premier long-métrage de cinéma (Une nuit rêvée pour un poisson banal en 1980) à travers sa société Fideline Films. Lorsque le cinéaste lui propose le scénario d’Un chien dans un jeu de quilles (1983), Pierre Richard est immédiatement séduit non seulement par le projet, mais aussi par les dialogues ciselés du script.

Alors qu’il est au sommet de sa popularité en tant que comique depuis le triomphe de La chèvre (Veber, 1981) qui dépasse les 7 millions d’entrées, Pierre Richard peut désormais appuyer n’importe quel projet lui tenant à cœur. Il l’indique de manière claire dans un entretien accordé au magazine Première (n°70, janvier 1983, p 42) :

La moindre des honnêtetés quand on gagne l’argent que je gagne, c’est de ne pas le réinvestir dans des laveries ou des restaurants, mais dans le cinéma… Et puis, c’est vrai aussi que ça me fait vachement plaisir de savoir qu’un film a pu finalement se faire grâce à moi… C’est peut-être égoïste, mais c’est un plaisir que je m’offre.

La Bretagne, ses paysans et ses bars

Un chien dans un jeu de quilles, jaquette blu-ray

© 1982 Fideline Films / © 2017 Gaumont Vidéo. Tous droits réservés.

A cette époque donc, Pierre Richard investit par exemple dans le dernier Alain Resnais (La vie est un roman) et offre à Bernard Guillou tous les moyens possibles pour finaliser en deux mois et demi Un chien dans un jeu de quilles. Il a effectivement été touché par cette histoire de deux demi-frères qui vont lutter contre un propriétaire terrien en Bretagne. Bien évidemment, le cadre breton compte énormément pour l’auteur puisque lui-même est né dans le Finistère et pratique donc un humour typique de la région.

L’équipe de tournage investit ainsi les lieux – et notamment une ferme locale – pendant deux mois, avec à son bord un Jean Carmet déchaîné. Pierre Richard a d’ailleurs toujours précisé que Carmet passait ses soirées dans les bars bretons, ce qui n’entame en rien le sérieux de sa prestation à l’écran.

Des gags peu efficaces noyés dans un script peu passionnant

Malgré un certain naturel et un caractère bon enfant, Un chien dans un jeu de quilles s’avère pourtant une comédie faiblarde par la faute d’un scénario bancal et qui n’a pas suffisamment de péripéties à proposer pour alimenter son heure et demie de projection. On comprend bien ce qui a séduit Pierre Richard dans cette comédie qui n’est pas qu’une machine à gags, mais tente de développer un peu plus les personnages et les situations. Mais manque de chance, l’absence de vraies situations comiques n’est pas compensée par une caractérisation pertinente des différents protagonistes.

Ainsi, l’opposition entre Pierre Richard, homme de la ville, et son demi-frère Jean Carmet, paysan à l’ancienne, n’est qu’esquissée le temps d’une scène caricaturale. Par la suite, la plupart des protagonistes se limitent à des archétypes sans réelle profondeur. Julien Guiomar interprète le propriétaire terrien avec veulerie, Sylvie Joly surjoue les alcooliques (certes agréablement), et enfin Béatrice Camurat n’est considérée que pour son impeccable plastique. Son personnage est insuffisamment développé et la jeune femme semble davantage utilisée pour ses charmes que ses capacités dramatiques. Encore une fois, les différents acteurs ne sont aucunement en cause, mais ils n’ont qu’une partition très limitée à jouer.

Comique franchouillard à tous les étages

En ce qui concerne les rires, ils sont relativement rares car certains passages manquent de rythme et souffrent d’une gestion aléatoire de la dynamique comique. Puisque la réalisation de Bernard Guillou est très fonctionnelle et sans grande personnalité, ce sont donc aux acteurs d’animer le cadre et l’action. Le duo formé par Pierre Richard et Jean Carmet fonctionne assez bien, même si le premier ne sort pas vraiment de sa zone de confort et que le second nous ressert une prestation proche de celle vue dans La soupe aux choux (Girault, 1981).

En voulant s’éloigner des recettes classiques des comédies françaises de l’époque, Un chien dans un jeu de quilles ne parvient pas à échapper au caractère franchouillard attaché à ce type de productions. Certes, le long-métrage ne tombe pas dans la vulgarité, mais il n’arrive pas non plus à proposer un divertissement vraiment amusant.

Une sacrée douche froide après le triomphe de La chèvre

Sorti au mois de janvier 1983, le long-métrage a été une sacrée déception au box-office national avec un total de 969 203 entrées sur l’ensemble de l’Hexagone. Un chiffre à mettre en perspective pour mieux comprendre l’ampleur de la déception. Il s’agissait du plus gros échec personnel de Pierre Richard depuis le milieu des années 70. Pire, le film succédait au triomphe absolu de La chèvre et ses sept millions de spectateurs hilares.

Ainsi, la totalité des entrées du Chien n’arrive même pas au total des tickets parisiens de La chèvre (au-dessus du million). Certes, le film ne boxait pas tout à fait dans la même catégorie, mais cette cruelle déception semble avoir enterré les rêves de cinéma du réalisateur Bernard Guillou dont ce fut la toute dernière expérience dans le domaine du septième art.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 26 janvier 1983

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Un chien dans un jeu de quilles, affiche du film avec Pierre Richard

© 1982 Fideline Films / Affiche : Tactics (agence). Tous droits réservés.

Box-office :

Sorti le 26 janvier 1983, Un chien dans un jeu de quilles marquait le retour tout puissant de Pierre Richard alors au sommet de sa gloire après 7 millions d’entrées en 1981 pour La chèvre. Après un an d’absence, l’acteur et surtout producteur, avait largement supervisé tous les détails de la sortie : affiche, bande-annonce… Rien n’avait été laissé au hasard. Le film bénéficiait donc de son nom pour une grosse combinaison. 43 écrans récupérés par AAA, soit autant sur Paris-Périphérie que Le prix du danger d’Yves Boisset, avec Gérard Lanvin, dystopie à gros budget et concurrent direct de la comédie plus franchouillarde que les précédents longs du cinéaste.

Un chien dans un jeu de quilles mis KO par Rocky (3)

Dès son premier jour parisien, la déception est de mise avec 11 784 spectateurs. Gérard Lanvin invitait 19 514 joueurs à son jeu de la mort. Mais, ce jour-là, un challenger de poids intervenait : Rocky 3, l’œil du tigre. En raison du passé difficile de la franchise Rocky en France, ce troisième numéro devait se contenter de 23 écrans. Evidemment, c’était peu au vu du phénomène à venir et ce troisième volet obtient d’ailleurs le meilleur score du mercredi 26, avec 23 121 spectateurs.

Seulement quatrième en première semaine !

A l’issue de la première semaine, Rocky 3 réalisait 150 464 entrées, soit autant que le premier film sur toute sa carrière. Pierre Richard est comme Un chien dans un jeu de quilles, avec 94 146 entrées en 4e position. Le prix du danger, lui, galvanisait 139 579 spectateurs. Les autres nouveautés de la semaine connaissaient des fortunes diverses : La mort aux enchères (46 339 entrées/18 écrans), Antonieta avec Isabelle Adjani (29 537 / 17 écrans), le porno Les délices du tossing (19 094 / 8), Tempête de Paul Mazursky (11 398 / 7), Monsieur Sade (8 569 / 4), La revanche des humanoïdes (7 004 / 15), Les aventures de Panda (944 / 3)…

Où voir le film sur Paname?

Un chien dans un jeu de quilles était à l’affiche au George V, UGC Normandie et Gare de Lyon, le Pathé Marignan/Wepler/Montparnasse/Français/Mayfair/Quintette, les Gaumont Les Halles/Convention/Richelieu/Gambetta, le Mistral, le Bienvenue Montparnasse, le St-Lazare Pasquier, la Maxéville, l’Athéna et la Fauvette.

Le chien ne se relèvera pas

En 2e semaine, la quille bascule à 57 052 (perte de 5 écrans récupérés par Rocky). Avec 29 788 entrées dans 27 cinémas, la comédie fait vraiment « flop » à Paris. Trop vieille France pour un public élitiste ? Peut-être. La 4e semaine est en tout cas catastrophique, puisque Pierre Richard peine à grappiller 10 000 tickets dans 10 cinémas. En intra-muros, le Marignan Pathé, le Clichy Pathé, le Gaumont Convention, le Gaumont Richelieu et les Parnassiens font ce qu’ils peuvent pour préserver les meubles.

AAA distribution ne peut compter que sur 4 448 tickets en 5e semaine sur 5 cinémas. Ça sent le sapin. Le tronc est coupé en 6e semaine avec 242 cabots au seul St. Lazare Pasquier. Avec une ultime semaine, sa 7e, au Gaumont Ambassade pour pousser le film au 200 000 entrées, Un chien dans un jeu de quilles ne se relèvera pas : 675 entrées et un total symboliquement édifiant de 196 866 spectateurs. La symbolique de l’échec est patente en province également. Le film ne sera jamais numéro 1 et s’arrêtera bien en-dessous du million (969 000).

Un premier trimestre chargé de succès

Nous n’oublierons de mentionner l’incroyable litanie de succès tout au long de ce premier trimestre : Rocky 3, Rambo, Le ruffian, Le battant, Tootsie, La Traviata, J’ai épousé une ombre. Même la comédie Z Le retour des bidasses en folie, avec les Charlots, fera mieux qu’Un chien dans un jeu de quilles en sortant la semaine suivante… Et pourtant, là, on touchait au Z !

Frédéric Mignard

Le retour des bidasses en folie de Michel Vocoret

Illustration : Huret

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Un chien dans un jeu de quilles, affiche du film avec Pierre Richard

Bande-annonce de Un chien dans un jeu de quilles

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