Madonna Confessions II The Film : la critique (2026)

Clip vidéo, Court métrage, Musical | 13min54
Note de la rédaction :
8/10
8
Madonna Confessions II, affiche

Note des spectateurs :

Madonna Confessions II The Film est le projet visuel et musical complètement fou qui sert de complément à la sortie du nouvel album de la star. Une œuvre somme qui suinte l’énergie débridée des clubs underground.

Après l’échec commercial de Madame X, œuvre hybride qui n’a laissé aucune trace sur les plateformes de streaming, Madonna s’est vue contrainte de se réinventer. Une nécessité existentielle qui va au-delà des intransigeances de l’artiste qui n’a eu de cesse de porter le renouvellement au cœur de sa carrière.

Après sept ans d’absence, la chanteuse imprévisible se frotte à un marché complètement en lambeaux où le streaming, les algorithmes et l’intelligence artificielle ont laminé des décennies de canons qui l’avaient érigée en monument immuable d’un star-system.

Désormais, un artiste ne doit plus se faire rare et impressionner en innovant dans le support du clip vidéo (la chaîne MTV est officiellement morte), il doit multiplier les sorties hebdomadaires pour satisfaire l’irrigation de Spotify et cumuler des millions de stream. Bref, les maisons de disques comptent sur la viralité d’une armée de fans hardcore qui disposent de l’oisiveté de la jeunesse et l’obsession des shorts pour capter la prédation des algorithmes.

Ce n’est pas avec sept ans d’absence et la volonté de plusieurs fanbases de tuer la figure de la mère pour laisser leur idole prétendre au trône de reine, que Madonna peut espérer convaincre instantanément plusieurs générations de récalcitrants.

Aussi, pour la sortie de Confessions on a Dancefloor Part 2, la chanteuse s’est murée dans une approche aussi novatrice qu’expérimentale pour se rapprocher du marché sans jamais flirter avec ses diktats. Si elle proposera quelques titres en amont de la sortie de l’album, aucun n’est clairement propulsé comme lead single. Même le duo avec lolita du moment, Sabrina Carpenter, sur Bring Your Love, n’est pas accompagné d’une vidéo officielle. Le hit single est mort ; désormais le digital s’auto-nourrit et décide des bangers de l’instant, se repaissant souvent des tubes d’hier au détriment des nouvelles générations d’artistes

Madonna, 67 ans, qui se battait contre la mort il y a exactement 3 ans, avait pourtant son agenda bien à elle. Flirter avec le public queer de ses débuts pour renforcer ses arrières, jusqu’à chanter à Time Square, lors d’un show spectaculaire produit avec le soutien de la plateforme de rencontres gay, Grindr. Mieux, elle était programmée via la projection d’un court métrage de 13 minutes, au festival de Tribeca, à Manhattan. Confessions II The Film servira ainsi de promotion vidéo officielle à l’album. Point de vidéo-clips de 3 minutes pour relancer les streams, mais un authentique film, à l’ambition démesurée, pour donner un avant-goût des quelques nouveaux morceaux, dont One Step Away et Danceteria, annoncés comme des “bangers” inévitables.

Madonna Confessions II The Film : le vidéo-clip est mort

Le résultat est tonitruant, bouffée obsessionnelle et underground, qui déroute de par les traces évanescentes de chaque morceau ; les tracks interviennent comme des émanations atmosphériques, plus que comme une tentative de pavoiser en illustration marketing.

Immersion dans la psyché de Madonna dont on partage une étrange et lynchienne intimité, Confessions II s’empare d’un corps qui vibre à l’appel de la torpeur moite et anonyme du clubbing. L’abandon somme à tous les égos de rester au vestiaire. Dans un détachement sensoriel qui confine au génie, le montage particulièrement fluide déploie une énergie irrésistible pour mettre en scène la possession corporelle. L’âme cède aux effluves mélancoliques des moments underground passés qu’il convient de raviver dans la trance d’un corps brûlant dont les parties les plus intimes luisent et lâchent des faisceaux laser, comme pour réorienter les brebis perdues.

Madonna : The Confessions Tour : la critique du film

Sur 13 minutes d’assaut filmique, Confessions II The Film multiplie les clins d’oeil à la carrière de Madonna, dans les chorégraphies, les transformations et le montage sonore qui engendrent les vibrations les plus souterraines, éveillant l’inconscient dans les délices d’un trip qui balaie les tabous agistes et ébranle les préjugés.

Dans un folklore étouffé de sons qui ne respirent pas forcément la fantaisie juvénile, Confessions II The Film impose une noirceur atypique pour pareil projet… Et pour cause, Madonna qui a compté les pertes humaines dans son entourage proche, ces dernières années, investit l’urgence de la nuit dans ce qu’elle a de plus immédiat comme une nique à la mort que beaucoup voudrait asséner à son iconoclaste carrière.

Jalonné de stars, comme Sabrina Carpenter, Julia Garner, Kate Moss, Benedict Cumberbatch, ou Richard E. Grant et Feid, Confessions II est une œuvre courte visionnaire qui succède au média traditionnel du vidéo clip pour ériger les arts visuels en nouvelle étape dans le marketing d’un album. A l’ère du vite consommé, de l’attention malmenée et du clip saucissonable pour les influenceurs Tiktok, l’expérience relève de la gageure. Elle impressionne. Vivement l’album.

Confessions II, The Film est réalisé par le collectif Torso.

Frédéric Mignard

Madonna Confessions II, affiche

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