Rouslan et Ludmila : la critique du film et le test blu-ray (1976)

Conte, Fantastique, Merveilleux | 2h25min
Note de la rédaction :
8/10
8
Rouslan et Ludmila, affiche 1976

  • Réalisateur : Alexandre Ptouchko
  • Acteurs : Andreï Abrikossov, Natalia Petrova, Valeri Kozinets
  • Date de sortie: 30 Juin 1976
  • Année de production : 1972
  • Nationalité : Soviétique
  • Titre original : Ruslan i Lyudmila (Руслан и Людмила)
  • Titres alternatifs : Ruslan and Ludmila (titre international) / Ruslan und Ljudmila (Allemagne) / Las aventuras de Ruslán (Espagne) / Rusłan i Ludmiła (Pologne) / Ruslan og Ludmilla (Norvège) / Ruslán y Ludmila (Mexique) / Il castello incantato (Italie) / Ruszlán és Ljudmilla (Hongrie) / Ruslan ja Ljudmila (Finlande) / As Aventuras de Ruslan (Brésil)
  • Casting : Valeri Kozinets, Natalia Petrova, Andreï Abrikossov, Rouslan Akhmetov, Iakov Belenki, Ksenia Borozdina, Inga Boudkevitch, Viktor Choulguine, Vladimir Fiodorov, Chavkat Gaziev, Igor Iassoulovitch, Sergueï Iourtaïkine, Zoïa Issaïeva, Maria Kapnist, Lioudmila Karaouch, Oleg Khabalov, Natalia Tikhonovna Khrennikova, Iouri Ilitch Kireïev, Eve Kivi, Nikolaï Koutouzov, Alekseï Krytchenkov, Sergueï Martinson, Iekaterina Mazourova, Oleg Ievguenievitch Mokchantsev, Gueguennadi Nenachev, Viatcheslav Nevinny, Nikandr Nikandrovitch Nikolaïev, Valeri Nossik, Dmitri Orlovski, Valentina Ouchakova, Aleksandra Panova, Vladimir Protassenko, Alevtina Roumiantseva, Tcheslav Souchkevitch, Gueorguios Ianis Sovtchis, Gueorgui Svetlani, Viktoria Tchaïeva, Zoïa Vassilkova, Vladimir Ilitch Viazovik, Valentina Charykina, E. Ejova, Nikolaï Dmitrievitch Kouznetsov, Nadejda Samsonova, Alla Nikolaïevna Sourkova, Igor Nikolaïevitch Sourovtsev, Tamara Sovtchi, E. Vassilieva, Alekseï Vladimirovitch Zotov
  • Scénaristes : Alexandre Ptouchko, Samuïl Bolotine
  • D'après : le conte-poème éponyme d'Alexandre Pouchkine
  • Monteur : N. Belyovtseva
  • Directeurs de la photographie : Igor Gueleine, Valentin Zakharov
  • Compositeur : Tikhon Khrennikov
  • Chefs Maquilleurs : Vsevolod Zhelmanov, Nina Zhelmanova
  • Chef décorateur : Evgueni Serganov
  • Directeur artistique :
  • Producteur : Groupement jeunes Iounost
  • Producteurs exécutifs :
  • Société de production : Mosfilm
  • Distributeur : Sovexportfilm
  • Editeurs vidéo : VPE (Vidéo Public Edition, VHS) / Socai-films (VHS) / Artus Films (DVD et blu-ray, 2026)
  • Date de sortie vidéo : 17 février 2026
  • Box-office France / Paris-Périphérie : Inconnu
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals : Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction 1974 : en compétition / Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1974 : hors compétition / Festival international de Salerne 1976 : en compétition
  • Récompenses : Festival international de Salerne 1976 : Premier prix des films pour les jeunes
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (maquette Mediabook). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films, Liliom, Mosfilm. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Dernier film d’Alexandre Ptouchko, Rouslan et Ludmila est une œuvre fantastique rutilante dans ses visions esthétiques grâce à des effets spéciaux valeureux. Une curiosité à découvrir.

Synopsis : Vainqueur des ennemis à l’est, Rouslan rentre triomphalement à Kiev, où le roi Vladimir lui a promis la main de sa fille Ludmila, attisant la haine de trois prétendants jaloux. La nuit-même, Ludmila se fait enlever par un être maléfique, envoyé par le sorcier Tchernomor. Le roi promet sa fille au premier preux qui la ramènera. S’engage alors une longue quête pour Rouslan, semée d’embûches et de péripéties, pendant laquelle il devra affronter aussi bien des créatures fantastiques que ses rivaux.

Deux Alexandre pour le prix d’un

Critique : Après avoir adapté le grand auteur Alexandre Pouchkine avec sa féérie Le Conte du tsar Saltan (1967) et aidé à la conception de Vij ou le diable (Gueorgui Kropatchev et Konstantin Erchov, 1967) d’après Gogol, Alexandre Ptouchko, déjà affaibli par la maladie envisage de réaliser un rêve de gosse, tourner une version du conte Rouslan et Ludmila, toujours de Pouchkine. Etant donné le triomphe remporté par ses œuvres précédentes, cette nouvelle est accueillie favorablement par le studio d’Etat Mosfilm qui lance la préproduction dès le début de l’année 1968.

Rouslan et Ludmila, photo 1

© 1972 Artus Films, Liliom, Mosfilm. Tous droits réservés.

Pourtant, le film terminé n’est finalement proposé sur les écrans qu’à la fin de 1972. Effectivement, la production de ce film merveilleux a pris en tout quatre longues années, épuisant un peu plus le cinéaste qui décède d’ailleurs peu de temps après la sortie de sa dernière œuvre, en 1973. On peut donc considérer que l’artiste a jeté ses dernières forces dans ce projet pharaonique dont la production fut tellement chahutée qu’elle fait l’objet entier du magnifique livre de 100 pages de Matthieu Rehde présent dans le Mediabook Artus.

Une suite ininterrompue de contretemps

Inutile donc de paraphraser ce très beau travail de recherche proposé par le journaliste de L’Ecran Fantastique. Nous nous bornerons à préciser que toutes les phases furent problématiques, notamment à cause des lourdeurs administratives du système soviétique, mais qu’une telle dépense n’a également pu naître qu’au sein d’un tel système, d’autant qu’Alexandre Ptouchko était un auteur apprécié des autorités.

Le cinéaste a quand même fait face à des retards dans la conception des décors, à des départs multiples au sein de l’équipe technique, mais aussi au changement des interprètes en cours de tournage. Ainsi, la jeune Antonina Pilious a été jugée peu représentative du physique russe et remplacée par la débutante Natalia Petrova pour incarner Ludmila.

Alexandre Ptouchko, un artiste qui a donné sa vie pour son ultime film

De son côté, Oleg Vidov a tourné quelques scènes de batailles en tant que Rouslan, avant de claquer la porte en plein tournage. Il a été là aussi remplacé au pied levé par Valeri Kozinets, ce qui a contraint l’équipe à tourner à nouveau les scènes déjà en boite. Par ailleurs, le nouveau comédien, d’un physique plus robuste que son prédécesseur, a souffert le martyr dans les costumes taillés sur mesure pour Vidov ; que l’on ne pouvait plus changer une fois les prises de vues entamées.

Enfin, Alexandre Ptouchko a été obligé de s’absenter à plusieurs reprises pour cause d’aggravation de son état de santé, laissant ses instructions à ses assistants. Mais Ptouchko fut également déçu d’apprendre qu’on ne lui allouait pas la possibilité de réaliser le film en format large et que le ratio de Rouslan et Ludmila serait un simple 1. 37, ce qui ne pouvait que restreindre l’ampleur d’un tel projet.

Rouslan et Ludmila ressemble davantage à un film des années 50

Et de fait, ce format carré renvoie immédiatement le long métrage aux années 50, d’autant que l’esthétique développée par Ptouchko – un artiste septuagénaire – s’accorde bien plus à cette décennie qu’à celle des années 70. Lorsque l’on prend conscience que Rouslan et Ludmila a été créé la même année que Solaris (Andreï Tarkovski, 1972), on ne peut que remarquer une différence béante, tant le premier paraît démodé par rapport au second.

Cela apparaît dès les premières séquences où les talents de coloriste de Ptouchko sont à nouveau présents, mais pour retranscrire un Moyen-âge plutôt kitsch, aussi bien dans les décors que les costumes. De même, les acteurs déclament leur texte en vers – ce qui respecte le poème de Pouchkine – et il faut un petit temps d’adaptation avant d’accepter ce choix narratif.

Des décors somptueux pour des moments purement visionnaires

Pourtant, passé le premier quart d’heure, l’action se met rapidement en place et l’enlèvement de Ludmila par le nain Tchernomor rappelle les superbes effets spéciaux de Vij ou le diable (1967). Dès lors, les différents prétendants de la princesse se mettent en route afin de la libérer dans le but de se marier avec elle. Parmi eux, Rouslan est le héros le plus déterminé et celui dont les aventures sont les plus impressionnantes, notamment lorsqu’il pénètre dans le royaume fantastique de Tchernomor. Toutes ces séquences tournées dans les studios Mosfilm bénéficient de décors absolument somptueux, parfois fort inquiétants, mais toujours avec une volonté d’esthétisation maximale.

Rouslan et Ludmila, photo 2

© 1972 Artus Films, Liliom, Mosfilm. Tous droits réservés.

Dès lors, les séquences culte s’enchaînent à toute vitesse. L’évolution de Rouslan dans la lugubre forêt de Tchernomor, la rencontre avec le magicien finnois dans une grotte magnifique, la confrontation avec la tête coupée d’un géant – qui orne la superbe jaquette du Mediabook Artus – sont autant de moments dingues qui invitent à la rêverie, tout en se dotant d’une certaine noirceur. Ce sont ces passages qui emportent pleinement l’adhésion et font de Rouslan et Ludmila une œuvre unique dans son genre, ayant sans doute inspiré le Legend (1985) de Ridley Scott.

De magnifiques séquences fantastiques

Parfois, le cinéaste se laisse aller à son goût du kitsch, notamment dans l’antre du nain où Ludmila est enfermée. Les décors de coraux qui scintillent paraissent un peu trop chargés et les sbires du sorcier de petite taille font tout de même sourire par leur look improbable. Le tout est tout de même magnifié par une très belle partition symphonique de Tikhon Khrennikov, au meilleur de sa forme.

Dans tous les cas, la féérie fonctionne parfaitement et l’on sent le cinéaste dans son élément dès qu’il s’agit de proposer des séquences à effets spéciaux complexes fondés sur des surimpressions et des peintures magnifiques. Cependant, quand l’intrigue redevient plus politique et guerrière dans la dernière demi-heure du métrage, le cinéaste démontre ses limites en livrant des batailles impressionnantes par le nombre de figurants, mais sans que la caméra accompagne le tout par un souffle épique. Là, la réalisation de Ptouchko paraît un peu trop statique et empesée.

Rouslan et Ludmila, jaquette 3D

© 1972 Artus Films, Liliom, Mosfilm / Maquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Une fin nationaliste qui peut déranger

De plus, même si le cinéaste reste fidèle au poème de Pouchkine, on peut regretter l’élan nationaliste qui est donné aux dernières scènes. N’oublions pas que la récupération par le pouvoir russe du passé de la Rus’ de Kiev n’est qu’une reconstruction historique datant du 19ème siècle afin de justifier la possession des terres biélorusses, ukrainiennes et finlandaises par la Russie impériale, puis l’URSS. En fait, il convient de rappeler que la Rus’ de Kiev a été créée par les Polianes qui étaient des slaves dont les souverains étaient des Scandinaves. Ils n’entretiennent donc que fort peu de rapport avec les Russes actuels. Ce toilettage historique entretenu par les différents pouvoirs russes pour justifier leurs colonisations de terres est donc une nouvelle fois au cœur du récit de Rouslan et Ludmila, ce qui pose nécessairement question.

Du côté d’Alexandre Ptouchko, cette approche est surtout liée au respect de l’œuvre originale de Pouchkine, mais cette dimension plus nationaliste et guerrière vient tempérer nos ardeurs par rapport aux magnifiques séquences fantastiques qui constituent fort heureusement la très large majorité du film.

Rouslan et Ludmila, une carrière en France ?

Présenté en deux parties, Rouslan et Ludmila débarque sur les écrans soviétiques au 1er janvier 1973 et remporte un énorme succès avec plus de 36 millions de spectateurs dans le seul espace soviétique. Le film arrive en France au Festival international du film Fantastique et de Science-Fiction de Paris en 1974 où il est proposé en compétition, tandis qu’il est hors compétition la même année au Festival d’Avoriaz.

Il lui faudra patienter jusqu’au 30 juin 1976 pour disposer enfin d’une sortie française dans le circuit des salles de Sovexportfilm, société spécialisée dans l’importation des longs métrages soviétiques, mais dans une version raccourcie (d’environ 2h). Par la suite, le métrage a été édité en VHS chez Socai-films, comme d’autres œuvres du cinéaste, mais aussi chez VPE (Vidéo Public Edition). Il a donc fallu attendre 2026 pour pouvoir découvrir ce monument du cinéma commercial soviétique dans les meilleures conditions possibles grâce au Mediabook édité par Artus Films. Un incontournable.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 30 juin 1976

Rouslan et Ludmila, affiche 1976

© 1972 Artus Films, Liliom, Mosfilm. Tous droits réservés.

Acheter le combo DVD / Blu-ray sur le site de l’éditeur

Biographies +

Alexandre Ptouchko, Andreï Abrikossov, Natalia Petrova, Valeri Kozinets

Mots clés

Cinéma soviétique, Conte de fées, Les princesses au cinéma, La chevalerie au cinéma, Les sorcières au cinéma, Artus Films

Le test du Mediabook

Artus Films célèbre à nouveau le réalisateur Alexandre Ptouchko dans ce qui est à ce jour le plus beau de ses Mediabook consacré au cinéaste soviétique. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & Compléments : 5 / 5

Tout d’abord, il faut signaler la très grande beauté du Mediabook grâce à un visuel magnifique, mais aussi à une épaisseur qui rend l’objet majestueux au point d’être fier de le ranger dans ses linéaires. A l’intérieur, l’éditeur propose un livre de 100 pages très fourni en texte (compter près de trois heures de lecture) et en photographies exclusives.

L’auteur Matthieu Rehde peut d’ailleurs être considéré comme un véritable historien du cinéma puisqu’il est allé consulter les archives de Mosfilm et qu’il a recueilli de nombreux témoignages des enfants des artistes du film et des quelques survivants. Son livre propose d’abord une biographie d’Alexandre Pouchkine, avant de raconter en détail la production ô combien compliquée d’un long métrage qui a pris quatre ans de la vie de Ptouchko. Le tout est écrit avec talent et l’on ne s’ennuie jamais devant la foule d’anecdotes contées. Rien que pour ce livre, l’achat est déjà nécessaire pour les cinéphiles.

En matière de suppléments vidéo, Artus Films nous convie à une conversation entre Christian Lucas et Stéphane Derderian (48min) qui porte essentiellement sur la définition du cinéma féérique, merveilleux et fantastique. Ils font état tous les deux de la méconnaissance du cinéma d’Alexandre Ptouchko par la cinéphilie française et s’en désolent.

Plus informatif, Nikolaï Mayorov explique pendant plus de 37 minutes les effets spéciaux du film. Ainsi, il évoque le système soviétique du « masque errant » qui anticipe l’utilisation des fonds verts. Le supplément s’avère parfois complexe par les explications très techniques, mais les amoureux des effets spéciaux seront aux anges. Ensuite, Nina Spoutnitskaya développe durant 38 minutes les différentes adaptations cinéma de l’œuvre de Pouchkine par Alexandre Ptouchko. Là encore, les détails analytiques foisonnent. Enfin, Dina Kharkova parle rapidement (environ 3min) de la conception des costumes du film.

Reste à consulter un diaporama d’affiches et de photos du long métrage.

L’image du blu-ray : 5 / 5

Restaurée en 4K, la copie de Rouslan et Ludmila est tout bonnement magnifique. Que ce soit dans les scènes diurnes ou lors des moments plus sombres, la définition tient parfaitement le choc, proposant une éclatante expérience visuelle, valorisant le travail de toute l’équipe technique. Si certains effets spéciaux ont bien évidemment vieilli, ils contribuent au charme dégagé par un tel film, réalisé avec amour par des artisans qui ont sué sang et eau pour concrétiser la vision de Ptouchko durant quatre ans d’un dur labeur. La fluidité des images est parfaite, les contrastes bien gérés et les détails en arrière-plan viennent confirmer l’excellente tenue de ce blu-ray à contempler les yeux grands ouverts.

Le son du blu-ray : 4 / 5

Le film est proposé en version originale sous-titrée mono pour un rendu fort agréable. Les voix sont bien mises en avant, mais n’étouffent aucunement les bruits d’ambiance, tandis que la très belle musique symphonique de Tikhon Khrennikov ne sature jamais. En ce qui concerne la version française, le doublage n’est pas mauvais, mais comme le film n’a été présenté en France que dans une version tronquée de 2 heures, il vous faudra supporter les incessants passages entre français et russe sous-titré. Cela peut être pénible à la longue. Comme le son de cette piste paraît plus étouffé, autant aller directement à la version d’origine qui bénéficie en plus de la versification de Pouchkine, fort agréable à l’oreille même si on ne comprend pas le russe.

Test blu-ray : Virgile Dumez

Rouslan et Ludmila, jaquette détails

© 1972 Artus Films, Liliom, Mosfilm / Maquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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