Le conte du tsar Saltan : critique du film et test du Mediabook (1967)

Fantastique, Merveilleux | 1h25min
Note de la rédaction :
8/10
8
Le conte du tsar Saltan, la jaquette blu-ray

  • Réalisateur : Alexandre Ptouchko
  • Acteurs : Vladimir Andreyev, Larisa Golubkina, Oleg Vidov, Kseniya Ryabinkina
  • Date de sortie: 02 Jan 1967
  • Nationalité : Soviétique (Russe)
  • Titre original : Skazka o tsare Saltane
  • Scénariste : Alexandre Ptouchko, Igoria Gueleïna d'après le poème Le Conte du tsar Saltan d'Alexandre Pouchkine
  • Directeur de la photographie : Igor Gueleine, Valentine Zakharov, I. Kharitonov
  • Compositeur : Gavriil Popov
  • Distributeur : Sovexportfilm / Pas de date de sortie officielle en France. La date ci-dessus est celle de la sortie en URSS.
  • Editeur vidéo : Artus Films (Mediabook)
  • Sortie vidéo (Mediabook) : 7 janvier 2020
  • Format : 2.20 : 1 / Son : Mono
  • Crédits visuels : © 1967 Mosfilm Cinema Concern / © Artus Films. Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.
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Alexandre Ptouchko signe avec Le conte du tsar Saltan une œuvre décorative du plus bel effet, portée par des effets spéciaux charmants et un réel sens du merveilleux. A découvrir.

Synopsis : Le tsar Saltan choisit son épouse parmi trois sœurs. Tandis que la cadette devient tsarine, les deux aînées, pleines de jalousie, font tout pour lui nuire. Alors que le tsar est parti guerroyer, la tsarine met au monde le prince Gvidon. Avec l’aide du traître conseiller, les deux sœurs parviennent à se débarrasser de la mère et du fils en les jetant à la mer dans un tonneau. Naufragé sur l’île de Bouïane, le prince grandit à une vitesse déconcertante. Un jour, il sauve un cygne des griffes d’un aigle. Le cygne est en fait une princesse victime d’un sort, et va l’aider à faire justice.

Ptouchko, le Walt Disney soviétique

Critique : Spécialiste de l’animation dans les années 30, le cinéaste Alexandre Ptouchko a parfois été considéré comme étant le Walt Disney soviétique. Il s’empare notamment des vieilles traditions populaires pour les retranscrire sur grand écran. A partir de 1946, il passe aux prises de vue réelles, mais conserve son goût immodéré pour l’univers des contes et légendes. Il signe une œuvre foisonnante, colorée et particulièrement décorative qui lui vaut un succès permanent auprès du public soviétique, avide de se divertir d’un quotidien pas toujours rose. Chaque film glane ainsi des dizaines de millions de spectateurs, ce qui lui permet d’obtenir de plus gros budgets pour matérialiser ses folles idées.

Le conte du tsar Saltan, photo d'exploitation 1

© 1967 Mosfilm Cinema Concern / © Artus Films. Matériel fourni par l’éditeur. Tous droits réservés.

Lorsque le réalisateur entame le tournage du Conte du tsar Saltan en 1966, il est désormais devenu un personnage important en URSS et dispose d’un budget que l’on imagine conséquent au vu des images. Il faut dire que le pouvoir en place encourage vivement les artistes à revisiter le patrimoine littéraire de la Russie, et notamment cette œuvre versifiée de Pouchkine. Pourtant, le contenu thématique ne chante-t-il pas la gloire d’un régime tsariste abattu par les communistes ? Certes, la teneur du conte est intrinsèquement réactionnaire, mais le pouvoir en place cherche aussi à susciter le nationalisme russe, à travers la valorisation de ses grandes œuvres d’art.

Un bijou décoratif

Débarrassé de tout contenu véritablement politique, Le conte du tsar Saltan est avant tout l’occasion pour Alexandre Ptouchko de confirmer son goût pour l’univers du merveilleux. Pour cela, il s’appuie sur des décors absolument magnifiques qui peuvent être parfois rapprochés de l’expressionnisme allemand, le kitsch des couleurs en plus. Le réalisateur se joue des perspectives et insère dans des compositions picturales impressionnantes des acteurs de chair et de sang. Le mélange est savoureux pour peu que l’on aime le règne sans partage de l’artificialité au cinéma. Ainsi, les toiles peintes se dénoncent comme telles à chaque plan.

Le conte du tsar Saltan, photo d'exploitation 2

© 1967 Mosfilm Cinema Concern / © Artus Films. Matériel fourni par l’éditeur. Tous droits réservés.

Ptouchko, s’il n’est sans doute pas un grand technicien en matière de mouvements de caméra, apparaît surtout comme un magicien des effets spéciaux. Ses incrustations sont quasiment invisibles encore de nos jours alors que les techniques d’époque étaient rudimentaires. Il égale et dépasse même parfois le maître en la matière, à savoir Ray Harryhausen. Il invente aussi des petits animaux mécaniques comme cet étonnant écureuil chantant qui devrait ravir le jeune public et bien faire rire les adultes. Point de railleries ici puisque l’effet se veut drôle et charmant à la fois.

Un conte enchanteur et inoffensif

Il n’était d’ailleurs pas évident de transposer un conte où rien de vraiment grave n’arrive. Effectivement, le premier quart d’heure instaure une situation dramatique basée sur la jalousie de deux sœurs qui cherchent à punir leur benjamine d’avoir été choisie pour devenir la tsarine. Leur vengeance, particulièrement diabolique et cruelle, laisse envisager au spectateur des développements assez sombres comme on peut souvent en trouver dans les contes occidentaux. Il faudra toutefois faire son deuil d’une telle lecture puisque l’ensemble du film s’évertue à arranger cette situation afin d’arriver vers un happy end où même les méchants ne sont pas vraiment punis.

Le conte du tsar Saltan, photo d'exploitation 3

© 1967 Mosfilm Cinema Concern / © Artus Films. Matériel fourni par l’éditeur. Tous droits réservés.

Exit donc toute forme de méchanceté dans ce pur divertissement familial qui possède toutefois une étincelle supplémentaire : celle de nous faire retourner à l’état d’enfant ébahi devant des séquences merveilleuses. Parmi elles, on adore toutes les scènes avec la princesse cygne, mais aussi la magnifique séquence du réveil de l’île de Bouïane. Les géants qui sortent de la mer sont également impressionnants. Si l’on ajoute à cela une musique très prenante de Gavriil Popov et la beauté du poème de Pouchkine, dont les vers sonnent magnifiquement à l’oreille – même sans être versé dans la langue russe – Le conte du tsar Saltan est un enchantement de chaque instant qui mérite largement d’être redécouvert.

Le long-métrage semble avoir été diffusé en France dans le cadre restreint des films pour la jeunesse, sans que l’on ne trouve de date de sortie officielle. Son écho fut donc tout à fait mineur dans nos contrées, contrairement à l’URSS où le succès fut une fois de plus au rendez-vous.

Le test du Mediabook :

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Compléments & packaging : 4 / 5

Fidèle à sa politique de Mediabook luxueux, l’éditeur Artus fait un pari audacieux en sortant ce Conte du tsar Saltan qui reste méconnu dans nos contrées. Il lui offre un écrin magnifique avec un objet qui se rapproche du livre. Il contient effectivement un livre de 96 pages écrit par Nicolas Bonnal, richement illustré. L’auteur y détaille l’intégralité de la filmographie du réalisateur et a recours à des analyses pertinentes de la symbolique utilisée dans ces œuvres. Le propos souffre parfois de quelques digressions, mais l’ensemble demeure toujours intéressant et surtout culturellement stimulant.

On notera l’excellente initiative d’avoir reproduit la traduction complète du conte de Pouchkine par Tatyana Popova-Bonnal, rehaussé de séduisantes illustrations d’Ivan Bilibine.

Au niveau des suppléments vidéo, il faudra par contre se contenter du strict minimum avec deux bandes-annonces et un diaporama de photos. Un peu décevant à ce niveau, mais on considérera le livre comme un supplément de choix.

L’image du blu-ray : 4,5 / 5

La restauration en 2K vantée par la jaquette n’est pas un vain mot tant le résultat s’avère superbe à plus d’un titre. Si l’on excepte un générique un peu plus granuleux et une ou deux brûlures, la copie proposée est tout bonnement magnifique. Les couleurs sont pimpantes, la définition est à couper au rasoir et l’ensemble paraît avoir été tourné hier tant le film a retrouvé une prime jeunesse. La restauration est ici de toute beauté.

Le son du blu-ray : 4 / 5

L’éditeur nous offre deux pistes sonores, russe et française, en mono. Notre préférence va bien évidemment à la version originale sous-titrée puisqu’elle permet de profiter des charmes poétiques de la langue de Pouchkine. La version française est toutefois de bonne tenue, avec une langue versifiée qui se calque au mieux sur le russe. On note toutefois quelques déperditions comme le chant du petit écureuil qui n’a pas le droit à une traduction dans la version française. Les deux pistes s’avèrent probantes, même si on note quelques petits trous sonores dans la VO vers la fin du film. Rien de gênant toutefois.

Critique du film et test blu-ray de Virgile Dumez

Le conte du tsar Saltan, la jaquette blu-ray

© 1967 Mosfilm Cinema Concern / © Artus Films. Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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Le conte du tsar Saltan, la jaquette blu-ray

Bande-annonce du Conte du tsar Saltan (VF)

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