Tentative d’horreur psychologique ratée, Other de David Moreau ennuie bien plus qu’il n’intrigue avec son scénario incohérent et lourdement métaphorique.
Synopsis : Lorsque sa mère meurt brutalement, Alice, qui avait rompu tous les ponts depuis des années, se voit contrainte de rentrer chez elle pour régler les démarches funéraires. Elle renoue, malgré elle, avec une jeunesse traumatique quand elle revient dans cette maison où rien, pas même sa chambre d’adolescente, ne semble avoir changé… si ce n’est cet étrange système de vidéosurveillance très sophistiqué, ou cette ombre qui rôde alentour. Le passé ne s’enfouit pas si facilement, surtout quand il est aussi monstrueux.
Mais qui est l’autre ?
Critique : Après s’être livré à l’exercice de style MadS (2024) qui consistait à tourner un film d’horreur en un unique plan-séquence, le cinéaste David Moreau est revenu à une conception plus traditionnelle avec Other (2025) qui appartient davantage au sous-genre de l’horreur psychologique. Ainsi, le réalisateur a réfléchi lors de l’écriture à la notion de monstruosité et qu’est-ce qui fait que la société tolère certains comportements odieux de la part de leurs semblables tandis qu’ils rejettent en bloc l’altérité.

2025 Radar Films, Wild Bunch / Photographie : Jérôme Prébois. All Rights Reserved.
Cette réflexion lui a été inspirée par des œuvres comme Elephant Man (David Lynch, 1980) et d’autres classiques comme Freaks (Tod Browning, 1932), dont on ne retrouve pourtant pas la trace dans ce nouveau long métrage que l’on comparerait davantage à Les Autres (Alejandro Amenabar, 2001) ou encore au très récent Hokum (Damian McCarthy, 2026). Effectivement, le spectateur se retrouve très rapidement enfermé dans un lieu clos avec un unique personnage à suivre, à savoir l’actrice Olga Kurylenko qui revient dans la maison de son adolescence et qui va devoir affronter une créature vendue comme monstrueuse. Mais celle-ci ne serait-elle pas plutôt le reflet d’un trauma depuis longtemps enfoui dans le subconscient de l’héroïne ?
Un twist final comme seul intérêt
Malheureusement, si l’idée principale du film n’est pas mauvaise, elle ne tenait guère la route durant un long métrage entier. En fait, il aurait clairement fallu opter pour un format court puisque l’intrigue ne tient que sur un unique twist final qui, ici, arrive bien trop tardivement pour que le spectateur ne décroche pas bien avant. En réalité, David Moreau n’est pas parvenu à écrire un scénario vraiment cohérent pour que l’ensemble fasse sens à la toute fin. Certes, cela explique symboliquement pourquoi le seul visage aperçu durant tout le film est celui d’Olga Kurylenko, mais le spectateur aura tout de même du mal à concevoir que des personnages se promènent systématiquement avec des masques sur le visage, et ceci même si cela se justifie d’un point de vue métaphorique.
Pire, le film se base sur un mystère qui s’épaissit de manière parfois surréaliste (que viennent faire les drones ? Et quid de la cave planquée au cœur de la forêt ?), tout en oubliant de livrer un minimum de scènes choc faisant peur. Car le gros défaut de ce thriller tient dans son manque cruel de rebondissements, de meurtres ou du moins d’un quelconque frisson. Dès le départ, le cinéaste échoue à créer une atmosphère anxiogène et laisse l’amateur de frousse sur le bas-côté.
La Belle, la Bête et l’Ennui
Cela n’est guère arrangé par le jeu uniformément lisse et sans aucune profondeur de la comédienne principale qui est pourtant de tous les plans. Plutôt habituée aux rôles d’appoint dans des grosses productions, Olga Kurylenko échoue totalement à porter l’intégralité de Other sur ses épaules. Pourtant, le personnage portait en lui un destin si tragique qu’il y avait matière pour une actrice valeureuse à générer des sentiments d’empathie. Or, dans Other, on ne ressent rien pour ce personnage et le spectateur sombre dès lors dans un ennui abyssal jusqu’au final, plutôt poétique et assez émouvant, mais qui arrive bien trop tard pour compenser le nombre impressionnant de séquences inutiles composant la quasi-totalité de l’œuvre.

2025 Radar Films, Wild Bunch / Photographie : Jérôme Prébois. All Rights Reserved.
Après avoir atteint un certain niveau d’efficacité et d’hystérie avec le plutôt réussi MadS, David Moreau est donc revenu ici à un cinéma horrifique typiquement français qui se refuse toujours à embrasser pleinement un genre pour se donner des airs de film d’auteur plus profond, mais finalement dépourvu du moindre soupçon de tension.
Box-office de Other
Sorti dans un circuit limité de salles à partir du 9 juillet 2025, Other devait faire face à des concurrents sérieux comme Superman (James Gunn) ou encore I Love Peru (Hugo David et Raphaël Quenard). Disposant de critiques plutôt solides – ce que nous avons bien du mal à comprendre – Other n’a pas du tout plu au public qui semble s’y être ennuyé autant que nous. La sanction a été redoutable puisque son horreur psychologique n’a mobilisé que 75 spectateurs parisiens lors de la séance de 14h sur cinq sites, pour une moyenne catastrophique de 15 clients par salle.
Proposé sur la France entière dans un parc limité de 86 salles, Other se plante royalement en première semaine avec seulement 9 347 curieux. Cette entame fort médiocre a condamné le film en deuxième semaine car les exploitants se sont vite débarrassés de cet encombrant vilain petit canard. Ils ne furent que 3 147 retardataires en deuxième semaine et le film a aussitôt été retiré de l’affiche pour faire de la place aux nouveautés. Au final, il n’aura été vu que par 13 052 spectateurs assoupis.
A Paris-Périphérie, malgré sa présence aux UGC Ciné Cité Les Halles et Bercy et au MK2 Bibliothèque, le vilain petit canard trouve à peine 3 768 spectateurs dans 16 salles en première semaine. Une misère. En deuxième semaine, dans 14 cinémas il dégringole à 464 curieux, pour un total blasphématoire de 4 641 spectateurs.
Ce terrible échec n’a pas permis au long métrage de connaître une sortie en format physique, du moins sur notre territoire, puisqu’il existe un blu-ray édité par nos voisins allemands chez Tiberius Film. Désormais, c’est vers la VOD qu’il faut se diriger pour retrouver Olga Kurylenko malmenée dans ce thriller oubliable. Dans le monde, notamment aux USA, Other a hérité d’un statut de direct-to-SVOD peu enviable.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 9 juillet 2025
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Biographies +
David Moreau, Olga Kurylenko, Milton Riche
Mots clés
Cinéma français, Cinéma de genre français, Les films d’horreur psychologique, Les huis-clos au cinéma, Les monstres humains au cinéma, Les flops de l’année 2025