Film d’infectés hystérique, MadS doit sa folle énergie au tournage effectué en un unique plan-séquence qui relève du tour de force technique. Une curiosité de festival à découvrir.
Synopsis : Un adolescent s’arrête chez son dealer pour tester une nouvelle drogue avant de partir faire la fête. Sur le chemin du retour, il récupère une femme blessée et la soirée prend une tournure surréaliste…
MadS, un impressionnant défi technique avant tout
Critique : Après être passé par quelques grosses productions qui ont été de gros échecs commerciaux (Seuls en 2016 et King en 2022), le réalisateur David Moreau est revenu à un cinéma de genre au budget très restreint, comme lors de ses débuts lorsqu’il tournait avec Xavier Palud le home invasion Ils (2006). Inspiré par un cauchemar où il était victime d’un bad trip à cause d’une drogue, David Moreau s’est également lancé un défi : réussir à tourner le film comme Victoria (Sebastian Schipper, 2015), c’est-à-dire en un unique plan-séquence.

© 2024 Digital District, Goodfellas, Les Enfants Terribles. Tous droits réservés.
Le pari était d’autant plus risqué que son histoire de contamination par une mystérieuse drogue supposait la présence de plusieurs lieux de tournage et surtout d’effets spéciaux pratiques à devoir gérer en direct. Pour cela, il fallait disposer d’une équipe technique particulièrement professionnelle Ainsi, le directeur de la photographie Philip Lozano devait gérer les multiples sources de lumière d’une ville plongée dans la nuit (ici Mulhouse). De même, il devait supporter un système qui ressemble à la Steadycam et qui pesait 12 kg, ce qui a nécessité un entrainement sportif intensif afin de ne pas flancher durant les prises de vues.
Des jeunes comédiens qui donnent tout
Enfin, David Moreau a fait confiance à des jeunes comédiens pour qui MadS constituait souvent la première expérience devant une caméra. Il est parvenu à tirer le meilleur de ses deux actrices principales Lucille Guillaume et Laurie Pavy, mais aussi de son comédien Milton Riche. Le défi était d’autant plus risqué que leurs performances sont souvent outrées et extrêmes, les obligeant à hurler et à se comporter de manière hystérique en continu, une fois qu’ils sont pleinement infectés. On leur tire d’ailleurs notre chapeau car le tournage a certainement été fort éprouvant.
Etalées sur dix jours, les prises de vues ont nécessité le blocage de plusieurs routes dans Mulhouse, afin d’effectuer quatre répétitions avec les acteurs, puis une répétition technique. Les cinq derniers jours furent consacrés au tournage proprement dit, avec deux premières tentatives catastrophiques. Le long métrage final est constitué par la dernière prise, celle du cinquième jour.
Un film d’infectés inspiré des œuvres de la décennie 2000
Le résultat donne un film d’horreur particulièrement tendu qui s’inspire de manière évidente des productions horrifiques des années 2000. Ainsi, l’utilisation d’une musique pop progressive et paroxystique rappelle 28 jours plus tard (Danny Boyle, 2002), tandis que l’infection et les attaques imitent de manière consciente ou non celles de [REC] (Jaume Balaguero, 2007). Quant à l’énergie qui se dégage du tournage en continu, elle contribue beaucoup à la tension générale émanant du long métrage.

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En ce qui concerne la thématique abordée, le spectateur est libre d’interpréter le film comme il l’entend. Ainsi, on peut vraiment croire à la contamination d’une ville entière par un virus venant d’une drogue, mais on peut tout aussi bien estimer que l’intégralité du film est un bad trip occasionné par la consommation de cette substance. Effectivement, les trois personnages que l’on va suivre successivement ont tous consommé cette came dont la provenance demeure mystérieuse, mais ils ont tous été également en contact avec le sang du personnage précédent. Ainsi, David Moreau laisse ouvert le champ des possibles et offre au spectateur la liberté de choisir l’interprétation qu’il trouve la plus pertinente.
Un pari plutôt réussi, diffusé par Shudder pour le marché anglo-saxon
Dans tous les cas, le long métrage ne peut laisser indifférent, par-delà certaines maladresses, y compris dans le jeu parfois outré de certains comédiens qui peuvent parfois faire sourire. L’incroyable énergie qui se dégage du produit fini, sans doute relevée par le procédé complexe du plan-séquence, insuffle au film une certaine puissance d’évocation qui finit par emporter le morceau. On peut donc considérer que David Moreau a réussi son pari, comme l’indique d’ailleurs le succès obtenu par MadS dans la plupart des festivals de genre où il a été projeté.
Ainsi, la plateforme Shudder en a fait l’acquisition pour les marchés anglo-saxons, tandis que quelques distributeurs d’Europe de l’Est ont décidé de sortir le film en salles. Ce n’est pas le cas en France où MadS a surtout été vu en VOD, mais aussi sur la plateforme Canal +, tandis qu’une édition DVD très rare est récemment sortie chez Blaq Out (visiblement déjà épuisée).
Critique de Virgile Dumez
Voir le film en VOD

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David Moreau, Lucille Guillaume, Laurie Pavy, Milton Riche
Mots clés
Cinéma français, Cinéma de genre français, Films de contaminés, Nuit de folie au cinéma, La drogue au cinéma