Magic : la critique du film (1979)

Épouvante-horreur, Thriller | 1h47min
Note de la rédaction :
6/10
6
Magic, l'affiche

  • Réalisateur : Richard Attenborough
  • Acteurs : Anthony Hopkins, Ed Lauter, Burgess Meredith, Ann-Margret
  • Date de sortie: 14 Mar 1979
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Magic
  • Titres alternatifs : Magie (Québec) / Magic - Die Puppe des Grauens (Allemagne) / Magic - El muñeco diabólico (Espagne) / Magia (Pologne) / Um Passe de Mágica ou Magia Negra (Brésil)
  • Année de production : 1978
  • Scénariste(s) : William Goldman d'après son roman éponyme
  • Directeur de la photographie : Victor J. Kemper
  • Compositeur : Jerry Goldsmith
  • Société(s) de production : Joseph E. Levine Presents Inc.
  • Distributeur (1ère sortie) : 20th Century Fox
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : MPM Productions (VHS, 1983, 1985, 1986, 1991) / Initial (VHS) / One Plus One (DVD, 2006) / Rimini Éditions (DVD / Blu-ray, 2021)
  • Date de sortie vidéo : 14 mai 2021 (combo DVD / Blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 77 625 entrées / 37 212 entrées
  • Box-office nord-américain : 23,8 M$ (soit 99,6 M$ au cours ajusté de 2021) ou 29 M$ (121,8 M$ au cours de 2021) selon plusieurs sources divergentes.
  • Budget : 3 M$ (12,5 M$ au cours ajusté de 2021) ou 7 M$ (29 M$ au cours de 2021) selon les sources.
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Meilleur film au Edgar Allan Poe Awards 1979 / 1 nomination aux Golden Globes 1979 pour le meilleur acteur dans un rôle dramatique pour Anthony Hopkins / 1 nomination aux BAFTA 1979 pour Anthony Hopkins comme meilleur acteur.
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Joseph E. Levine Presents Inc.
Note des spectateurs :

Psycho-thriller quelque peu timide, Magic séduit avant tout par la prestation impeccable d’Anthony Hopkins et le charisme du pantin qu’il manipule – ou est-ce l’inverse ?  

Synopsis : Formé par le vieux Merlin, l’illusionniste Corky Withers rencontre le succès à partir du jour où il introduit dans son spectacle une marionnette à son image, nommée Fats. Ventriloque, Corky détourne l’attention du public grâce aux plaisanteries de Fats : autant Corky est gentil et effacé, autant Fats est vulgaire et agressif. Bientôt possédé par sa marionnette, celle-ci l’entraîne à commettre des actes diaboliques et meurtriers.

Un roman convoité dès son écriture

Critique : Lorsque l’écrivain-scénariste William Goldman écrit son roman Magic en 1977-1978, il met immédiatement aux enchères la vente des droits d’adaptation cinématographique, en précisant que le scénario devra être de son cru. Il faut dire que Goldman est alors un scénariste star après avoir signé les scripts de Butch Cassidy et le Kid (Hill, 1969), Les hommes du président (Pakuka, 1976) et Marathon Man (Schlesinger, 1976). Dans cette bataille, c’est le producteur indépendant Joseph E. Levine qui l’emporte en déboursant la coquette somme d’un million de dollars. Un pari gonflé qui doit impérativement être concrétisé à l’écran. Levine aborde en premier le réalisateur Norman Jewison et l’acteur Jack Nicholson. Ni l’un ni l’autre ne s’impliqueront – il se murmure que Nicholson aurait refusé de porter un postiche pour camoufler sa calvitie naissante.

Magic, la jaquette blu-ray

© 1978 Joseph E. Levine Presents Inc. / © 2021 Rimini Editions. Design : Koemzo artwork. Tous droits réservés.

Disposant d’un scénario en or, Joseph E. Levine ne trouve pourtant pas preneur jusqu’à ce qu’il approche Richard Attenborough dont il vient de financer Un pont trop loin (1977). L’acteur-réalisateur ne paraît pas être un choix judicieux au vu d’une filmographie académique consacrée aux grands spectacles guerriers, mais Attenborough est séduit par la modestie du tournage (un seul décor et quatre personnages) et envisage une collaboration future avec Levine pour financer Gandhi (1982), ce qui ne se fera d’ailleurs pas. Richard Attenborough propose comme acteur principal son compatriote britannique Anthony Hopkins qu’il vient de diriger dans Un pont trop loin et dont il connaît les capacités. Jusqu’alors entravé par un goût immodéré pour l’alcool, Anthony Hopkins vient tout juste d’arrêter de boire lorsqu’il se lance à corps perdu dans Magic qui va lui redonner confiance en ses capacités d’incarnation.

Anthony Hopkins travaille son rôle comme un forcené

Il faut dire que l’acteur doit apprendre en six semaines à effectuer des tours de magie grâce au magicien Michael Bailey qui lui sert de coach, mais aussi à faire de la ventriloquie, cette fois-ci auprès de Dennis Alwood. La maîtrise d’Anthony Hopkins est réelle et la production a précisé que l’acteur s’est livré lui-même à l’exercice délicat de la ventriloquie. D’ailleurs, Anthony Hopkins indique qu’il s’est inspiré d’un comique américain nommé Don Rickles pour obtenir la voix perchée du pantin (dans la biographie Anthony Hopkins, la biographie autorisée de Quentin Falk, Zelie, 1992, p. 195). Cette version est contredite par Dennis Alwood qui, dans plusieurs entretiens, s’attribue la voix entendue dans le film, ainsi que la manipulation de la marionnette. Difficile de trancher, mais cela ne retire en rien la maestria d’Anthony Hopkins qui porte sur ses épaules l’intégralité du long-métrage.

Si le thème de la possession du ventriloque par sa marionnette a donné lieu à plusieurs longs-métrages célèbres comme Gabbo le ventriloque (Cruze, 1929) avec Erich von Stroheim, mais aussi un segment d’Au cœur de la nuit (Cavalcanti, 1945) ou encore la série B La poupée diabolique (Shonteff, 1964), la version de Goldman et Attenborough ne comporte en réalité aucun élément fantastique. Peu coutumier du genre horrifique, le réalisateur britannique se refuse à effectuer un pas de côté par rapport au réel. Aussi, Magic est la description lente et attentive de la plongée d’un homme dans la schizophrénie. Par son cadre rural marqué par la présence d’un lac et de maisons inquiétantes, on ne peut que songer à Psychose (Hitchcock, 1960) comme référence principale.

Une réalisation impersonnelle compensée par la maestria des acteurs

En fait, Attenborough met davantage l’accent sur l’histoire d’amour impossible entre Hopkins et la jolie Ann-Margret, élément sentimental qui correspond à des caractéristiques futures d’une œuvre de plus en plus romantique au cours des années. Plutôt lent et assez avare en meurtres, Magic est un film qui décevra les amateurs de grands frissons, d’autant que la réalisation d’Attenborough n’a rien de remarquable. Pourtant, l’histoire racontée est suffisamment forte pour résister à cette réalisation impersonnelle. Magic compense par le charisme indéniable du pantin conçu pour l’occasion, mais aussi par l’interprétation inspirée d’un Anthony Hopkins capable de nous glacer le sang en un seul regard – il le prouva bien plus tard en Hannibal Lecter dans Le silence des agneaux (Demme, 1991). Face à lui, on aime particulièrement le jeu épuré mais juste d’Ann-Margret, tandis que Burgess Meredith compose un agent peu scrupuleux au caractère bien charpenté.

Film modeste qui n’aurait coûté que 3 millions de dollars (soit l’équivalent de 12,5 M$ de nos jours) – certaines sources indiquent plutôt 7 M$ de l’époque, soit 29 M$ de nos jours – Magic est sorti avec un certain succès aux États-Unis en se hissant à la 24ème place annuelle. Là encore, les sources divergent avec des scores allant de 23,8 M$ à 29 M$ (soit entre 99,6 M$ et 121,8 M$ au cours ajusté de 2021). Dans tous les cas, cela fait de Magic une excellente affaire pour Joseph E. Levine et son distributeur Twentieth Century Fox.

Un succès aux Etats-Unis, mais un flop en France

En France, par contre, le flop de Magic a été absolument sans appel. La faute sans doute à des acteurs encore méconnus par chez nous, et une popularité moindre des films d’horreur américains en cette fin des années 70. Enfin, Magic est arrivé sur les écrans français la même semaine que La nuit des masques (Carpenter) qui a davantage attiré les fans d’horreur. Sorti par le distributeur 20th Century Fox au mois de mars 1979, le film était pourtant très présent dans la capitale et sa périphérie, notamment au Gaumont Ambassade où il a réalisé 4 935 entrées en une semaine. Les autres écrans étaient l’ABC, Gaumont Opéra, St Germain Village, Montparnasse 83, Athéna, PLM St-Jacques, Les 3 Murat, Gaumont Convention, Gaumont Gambetta, Belle Épine Pathé, Pathé Champigny et Parly 2.

On notera que les entrées se situent à chaque fois entre 600 et 1000 par écran, ce qui est catastrophique pour une première semaine. Au total, ils ne furent que 21 628 curieux à faire le déplacement la semaine de son lancement, soit la 12ème place du box-office parisien, loin derrière un film comme Caresses inavouables, production X estampillée Alpha France tournée par Tranbaree (Claude Bernard-Aubert). Le film a ensuite chuté très rapidement, perdant de nombreux écrans et finissant sa carrière parisienne à 37 212 entrées. Un désastre qui se reproduit à l’échelle nationale puisque Magic entre à la 17ème place du box-office national avec 34 286 ventriloques dans les salles. Le métrage disparaît ensuite des classements pour terminer sa carrière française pitoyable à 77 625 entrées.

Édité en VHS au cours des années 80 par MPM Productions, Magic est réapparu récemment dans un combo DVD / Blu-ray de bonne tenue édité par Rimini. L’occasion de redécouvrir ce petit film d’horreur somme toute sympathique. Une curiosité nichée au cœur de la filmographie académique de Richard Attenborough.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 14 mars 1979

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Magic, l'affiche

© 1978 Joseph E. Levine Presents Inc. Tous droits réservés.

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Épouvante-horreur, Thriller

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