La traque : la critique du film et le test du blu-ray 4K UHD (1975)

Drame, Thriller | 1h36min
Note de la rédaction :
8/10
8
La traque, l'affiche

  • Réalisateur : Serge Leroy
  • Acteurs : Jean-Pierre Marielle, Michel Constantin, Philippe Léotard, Mimsy Farmer, Michel Robin, Jean-Luc Bideau, Georges Géret, Michael Lonsdale, Paul Crauchet, Françoise Giret, Gérard Darrieu, Françoise Brion
  • Date de sortie: 14 Mai 1975
  • Nationalité : Français, Italien
  • Titre original : La traque
  • Titres alternatifs : The Track (titre international) / Ein wildes Wochenende (Allemagne) / Il sapore della paura (Italie) / Hajtóvadászat (Hongrie)
  • Année de production : 1975
  • Scénariste(s) : André-Georges Brunelin, sur une idée de Serge Leroy
  • Directeur de la photographie : Claude Renoir
  • Compositeur : Giancarlo Chiaramello
  • Société(s) de production : Filmel, Orphée Productions, PECF
  • Distributeur (1ère sortie) : Warner Columbia
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Inédit en VHS et DVD / Le Chat qui Fume (blu-ray / UHD 4K)
  • Date de sortie vidéo : 2021 (blu-ray / UHD 4K)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 174 577 entrées / 66 537 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : René Ferracci (affiche 1975), Frédéric Domont (blu-ray Chat qui Fume)
  • Crédits : Le Chat qui Fume
Note des spectateurs :

Film choc des années 70, La traque est une œuvre radicale à ne pas mettre devant tous les publics. Son regard sociologique sur une certaine France provinciale s’avère impitoyable. A (re)découvrir.

Synopsis : Une jeune touriste est agressée sexuellement par deux chasseurs avinés. Après avoir réussi à s’échapper, elle est traquée par le groupe de chasseurs composé de notables locaux qui veulent éviter le scandale.

Un chasseur sachant chasser!

Critique : Depuis Le mataf (1973), le réalisateur Serge Leroy, qui a débuté dans le documentaire, se passionne pour le polar et le thriller auquel il a dédié l’intégralité de sa carrière. L’idée de La traque (1975) lui est venue après avoir fait un reportage photographique sur un groupe de chasseurs. A force d’observer de manière pointue les comportements de ces individus qui forment ensuite un groupe compact en vue de traquer des bêtes sauvages, Leroy se demande ce qui arriverait si une jolie jeune fille venait à passer par-là. C’est à partir de ce pitch initial qu’un scénario a été rédigé avec André G. Brunelin qui avait déjà écrit des scripts de polars pour l’acteur-réalisateur Roger Pigaut (Comptes à rebours et Trois milliards sans ascenseur).

Sans aucun doute inspirés par quelques faits divers crapuleux qui ont d’ailleurs touché des touristes britanniques disparus dans la campagne française, les auteurs préfèrent toutefois ne se référer à aucun d’entre eux précisément et créent de toute pièce une histoire affreuse dont l’issue fatale ne fait aucun doute dès le début du film. Les scénaristes mettent ainsi en place un engrenage fatal qui se révèle totalement implacable.

De l’influence du milieu social

Le long-métrage démarre par la présentation du groupe de chasseurs. Le tout est tourné de manière naturaliste, avec une dimension documentaire qui renforce la véracité de ce qui va suivre. Le groupe est marqué par des fractures sociales marquées. Alors que Michael Lonsdale appartient clairement à l’aristocratie et que Jean-Luc Bideau représente une certaine bourgeoisie progressiste en voie d’ascension, les deux frères incarnés par Jean-Pierre Marielle et Philippe Léotard sont clairement des prolétaires mal embouchés, d’une vulgarité assez stupéfiante. Enfin, Gérard Darrieu, en tant que garde forestier, incarne à lui seul la domesticité. On retrouve dans cette description sociologique des influences de La règle du jeu (Renoir, 1939). Est-ce d’ailleurs un hasard si Serge Leroy a choisi de confier la photographie du film à Claude Renoir, le neveu de Jean Renoir ? Certainement pas.

Cette description, qui pourrait aisément tomber dans la caricature, est toutefois nuancée par un respect absolu du cinéaste pour ses personnages. Même ceux qui se comportent de manière abominable ont leurs raisons (soit victime d’un taux d’alcool trop important, soit attachés à leurs intérêts de classe). Au milieu, la jeune Mimsy Farmer se retrouve à la place du gibier, d’abord victime d’un viol, puis traquée comme une bête sauvage par une meute de mâles enragés complices dans la solidarité de chasse.

Un film choc difficile à supporter

Autant le dire tout de suite, La traque (1975) n’est aucunement un film agréable à regarder. Serge Leroy anticipe ici de plusieurs années le style qui fera le succès d’un certain Haneke. Ainsi, aucune musique ne s’invite durant la projection (sauf au début et à la toute fin, par un magnifique thème mélancolique de Giancarlo Chiaramello), ce qui alourdit un peu plus l’atmosphère. Le spectateur est donc invité à suivre le lent calvaire de cette jeune femme traquée durant près d’une heure. Certains pourront d’ailleurs trouver l’ensemble assez insupportable, en fonction de votre sensibilité.

En tout cas, le cinéaste échappe au voyeurisme qui pouvait marquer certaines productions transalpines de l’époque – et notamment dans le sous-genre du rape and revenge – grâce à une réelle acuité documentaire. Il signe ainsi une œuvre d’une rare puissance qui ne peut que scandaliser et risque bien d’être récupérée aujourd’hui pour son caractère féministe indéniable.

Quand le groupe se transforme en meute

Certes, Serge Leroy dénonce les comportements machistes de bon nombre de Français de l’époque, mais il livre tout autant une analyse sur l’influence du groupe sur les choix individuels. Il ajoute au passage quelques notations historiques en faisant de ces chasseurs des anciens de la guerre d’Algérie. Ici, le conflit algérien n’est que suggéré, mais ce contexte militaire et guerrier éclaire un peu plus le comportement de meute de ce groupe.

Réalisé avec soin, porté par une jolie photographie et des comédiens qui sont tous admirables (mention particulière pour la pauvre Mimsy Farmer qui passe le film à courir dans la boue), La traque (1975), par sa radicalité même, ne pouvait espérer rencontrer un large public à sa sortie. Le long-métrage fut même un échec commercial injuste avec seulement 174 577 chasseurs dans les salles françaises. Une preuve supplémentaire du fait que cette œuvre puissante était décidément trop en avance sur son temps.

Les sorties de la semaine du 14 mai 1975

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La traque, l'affiche

© 1975 affiche de René Ferracci. Tous droits réservés.

Le test blu-ray :

Grâce à l’édition du Chat qui Fume en UHD 4K (combo blu-ray), les spectateurs contemporains peuvent enfin laver l’affront de l’échec de La traque subi en salle. Considéré comme sulfureux, ce désormais classique de Serge Leroy n’avait, en France, jamais fait l’objet d’une VHS, ni même DVD jusqu’à présent. Un tel support pour une œuvre quasi introuvable est forcément aussi inattendu que redoutable. Un choc préservé.

Compléments & packaging : 3.5 / 5

Rien à redire sur le packaging qui est aussi fort que le film et ne préserve pas la sensibilité du spectateur qui saura à quoi s’attendre durant cette « partie de chasse ». Sobre, beau, le travail graphique pour ce packaging collector s’inscrit parfaitement dans la ligne éditoriale du Chat qui Fume qui propose dans un premier temps ses films dans des luxueux fourreaux avec digipack.

Au niveau des bonus, on restera sur notre faim. Plus de 35 minutes réparties sur 3 compléments, pour l’éditeur qui a l’habitude de très longues interviews, cela demeure peu. D’autant plus qu’il aurait vraiment fallu revenir sur la sortie et les réactions polémiques (ou pas) et davantage développer la carrière de Serge Leroy. Aussi, l’interview de Jean-Luc Bideau, aussi pertinente soit-elle, est-elle trop courte. Sur 15 minutes, il évoque beaucoup sa carrière, son épouse, le cinéma suisse et le succès d’Et la tendresse bordel ! Finalement La traque en est réduit à quelques anecdotes sur l’ambiance peu chaleureuse du tournage, notamment à cause de Jean-Pierre Marielle ; il décrit aussi l’absence de volonté politique de Serge Leroy, ce qui peut surprendre au vu du long métrage.

On retrouve également en bonus un extrait d’une émission belge intercalé avant et après la diffusion du film La traque à la télévision. La Franco-Américaine Mimsy Farmer y répond de la violence du film et réfute l’idée de sadisme. Elle est aussi interrogée sur la difficulté de tourner certaines scènes, notamment dans l’eau et le froid… A travers le prisme de #MeToo et du mouvement féministe contemporain, le document sur les conditions de tournage et la sobriété de l’actrice, qui a trouvé la scène de viol « intéressante » à tourner, est particulièrement signifiant.

On finir par un reportage sur le tournage du film en Sologne, incluant la participation du cinéaste, de l’actrice principale et Michel Constantin.

L’image du blu-ray 4K UHD : 4 / 5

Si le début du film fait un peu peur, avec des éclairages nocturnes un peu trop sombres et un certain manque de piqué de l’image, la suite se révèle bien plus enthousiasmante. Effectivement, tous les plans larges durant la chasse mettent à l’épreuve le transfert UHD 4K et la satisfaction est de mise. Les plans demeurent très stables – même lors de la scène se déroulant au milieu de roseaux très serrés – et profitent pleinement de la 4K. Le moindre brin d’herbe, le moindre feuillage en arrière-plan s’avère d’une belle netteté et toute la séquence finale resplendit d’une colorimétrie chatoyante. Du beau travail pour un film assez ancien.

Le son du blu-ray 4K UHD :

On est ici sur un rendu assez classique, avec tout de même un certain souffle qui s’invite durant les scènes les plus calmes. Comme le long-métrage n’a pas de musique, il est difficile de masquer la pauvreté initiale de la piste sonore. En tout cas, les voix sont clairement mises en avant et le rendu global est donc satisfaisant.

La traque, cover blu-ray Le Chat qui Fume (2021)

Design : Frédéric Domont – © Le Chat qui fume

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