La Buraliste de Vallecas : la critique du film et le test blu-ray (1987)

Comédie policière, Comédie sociale | 1h50min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
La Buraliste de Vallecas, jaquette 2D

  • Réalisateur : Eloy de la Iglesia
  • Acteurs : Jesús Puente, Antonio Iranzo, Simón Andreu, José Luis Manzano, José Luis Fernández Eguia dit ‘El Pirri’, Fernando Guillén, Maribel Verdú, Emma Penella, José Luis Gómez
  • Date de sortie: 09 Avr 1987
  • Année de production : 1987
  • Nationalité : Espagnol
  • Titre original : La estanquera de Vallecas
  • Titres alternatifs : A vallecasi trafikosnő (Hongrie)
  • Casting : Emma Penella, José Luis Gómez, José Luis Manzano, Maribel Verdú, Fernando Guillén, Jesús Puente, Antonio Gamero, Antonio Iranzo, Pedro Nieva Parola, Tina Sáinz, Chari Moreno, Mabel Ordóñez, Coral Pellicer, Raquel Daina, Elvira Díez, Consuelo Pascual, José Luis Fernández 'Pirri', Tony Valento, Miguel de Grandy, Víctor Melero, Jesús Fernández, Eduardo Sánchez Torell, Jesús Cisneros, Rafael Vallecillo, Agustín Guevara, José Luis Lemos, Ricardo González, José Antonio Díaz, Juan Moreno, Pedro de Frutos, Juana Ginzo, Azucena Hernández, Simón Andreu
  • Scénaristes : José Luis Alonso de Santos, Gonzalo Goicoechea, Eloy de la Iglesia
  • D'après : la pièce de théâtre éponyme de José Luis Alonso de Santos
  • Monteur : Julio Peña
  • Directeur de la photographie : Manuel Rojas
  • Compositeur : Patxi Andión
  • Chefs Maquilleurs : Mercedes Gómez, Toñy Nieto
  • Chef décorateur : Julio Esteban
  • Producteur : Ángel Huete
  • Sociétés de production : Compañía Iberoamericana de TV, Ega Medios Audiovisuales, Ministerio de Cultura, Televisión Española (TVE)
  • Distributeur : Film inédit en France. La date ci-dessus est celle de la sortie espagnole.
  • Editeur vidéo : Artus Films (DVD et blu-ray, 2026)
  • Date de sortie vidéo : 3 mars 2026
  • Formats : 1.37 : 1 / Couleurs / Son : Stéréo
  • Nominations : Goyas 1988 : Meilleur montage
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films, Mercury Films. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Film drôle, impertinent et qui ressemble aux comédies italiennes des années 70, La Buraliste de Vallecas livre aussi un constat cinglant de la société espagnole des années 80. Un inédit amusant et intelligent à découvrir.

Synopsis : Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expérience, pénètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gérante, et sa nièce Angeles, parviennent à déjouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extérieur, la police – et les habitants du quartier – prépare l’assaut, une complicité inattendue naît entre les voyous et les « victimes ».

Les derniers feux du cinéma quinqui

Critique : Alors qu’il vient de connaître une période faste sur le plan commercial avec ses films appartenant au genre quinqui (pellicules chocs traitant de la délinquance juvénile) comme Navajeros (1981) et le diptyque Dose mortelle (El Pico, 1983) et El Pico 2 (1984), le cinéaste espagnol Eloy de la Iglesia choisit de clore son cycle avec l’adaptation d’une pièce de théâtre comique intitulée La Buraliste de Vallecas créée en 1981 par son ami José Luis Alonso de Santos.

Ce choix peut sembler étrange de prime abord car le cinéaste n’est pas connu pour son humour, même si bon nombre de ses films comportent quelques moments ironiques. Mais finalement, en réalisant La Buraliste de Vallecas (1987), il entérine en quelque sorte la fin d’un genre qui a dominé le box-office espagnol durant une bonne dizaine d’années. Désormais, une nouvelle génération prend le pouvoir, incarnée notamment par les œuvres outrancières de Pedro Almodóvar qui va rencontrer un succès international, là où Eloy de la Iglesia n’a marqué que son pays. Pourtant, si certains fans du réalisateur ont désavoué cette comédie, force est d’admettre qu’elle s’insère parfaitement dans la filmographie de son auteur et qu’elle ne dépareille aucunement.

Pour 100 pesetas, t’as plus rien!

Tout d’abord, on y retrouve toutes les préoccupations sociales du cinéaste puisqu’il s’intéresse ici à la vie du quartier de Vallecas, connu pour être le coin le plus populaire, mais aussi le plus dangereux de Madrid. Il nous invite à suivre le braquage raté d’un petit bureau de tabac par deux amateurs qui vont rapidement se retrouver coincés à l’intérieur, retenant en otage les deux occupantes du lieu afin d’éviter l’assaut de la police. En fait, Eloy de la Iglesia retrouve ici la thématique de la petite délinquance et, par la même occasion, filme à nouveau son comédien fétiche – et amant dans la vraie vie – José Luis Manzano.

La Buraliste de Vallecas, photo

© 1987 Artus Films, Mercury Films. Tous droits réservés.

La présence même du jeune comédien, par ailleurs vrai délinquant et drogué notoire, rattache donc inévitablement La Buraliste de Vallecas au genre quinqui, même s’il s’agit ici davantage d’une comédie légère qui se rapproche d’ailleurs de Pour 100 briques, t’as plus rien ! (Édouard Molinaro, 1982). Ainsi, la comédie démarre sur les chapeaux de roues lorsque les deux complices se heurtent à la résistance farouche de la buraliste, brillamment interprétée par l’imposante Emma Penella – que l’on pourrait comparer à notre Jacqueline Maillan nationale.

D’excellents acteurs pour une comédie échevelée

La comédienne fait preuve d’une personnalité forte qui ne peut que déclencher l’hilarité, tant elle est pugnace. Parmi les otages, on trouve également Maribel Verdú dans l’un de ses premiers rôles. Affublée au début d’un appareil dentaire affreux, l’actrice livre une performance qu’aurait apprécié Almodóvar. Enfin, le deuxième compère du braquage est incarné par José Luis Gómez, grand acteur de théâtre qui trouve ici un emploi parfaitement adapté à son physique.

Mais le plus intéressant dans La Buraliste de Vallecas vient du fait que l’auteur met en scène un cas typique de syndrome de Stockholm, que l’on peut également interpréter comme un rapprochement entre personnes d’une même classe sociale. Finalement, les victimes et les bourreaux vont finir par faire cause commune face aux forces de l’ordre qui représentent l’Etat dans ce qu’il peut avoir de plus répressif. Mais là aussi, Eloy de la Iglesia fait preuve de finesse en rendant plusieurs policiers fort sympathiques, tandis que leur hiérarchie est montrée du doigt.

Une comédie sociale progressiste qui écorne les classes dirigeantes

En fait, Eloy de la Iglesia, en tant que sympathisant communiste, prend la défense du prolétariat contre une bourgeoisie qui est aux manettes, tout en étant aussi corrompue que le peuple. Il fustige notamment la récupération politique des faits divers à des fins électoralistes. Enfin, les médias n’ont guère plus de déontologie puisqu’ils cherchent systématiquement le scoop sensationnaliste pour séduire le grand public. Finalement, derrière son aspect comique, La Buraliste de Vallecas est surtout une critique acerbe de la société espagnole, pas encore totalement remise de l’emprise du franquisme et de ses réflexes sécuritaires.

Si Eloy de la Iglesia a mis assurément la pédale douce sur les aspects trash de son cinéma, il n’en demeure pas moins un observateur éclairé de son pays en pleine transition démocratique. Il est aidé en cela par des interprètes formidables et qui parviennent à susciter l’empathie, comme dans les meilleures comédies italiennes des années 70. Gros succès en Espagne, La Buraliste de Vallecas n’a pourtant pas eu droit à une distribution en France, comme la plupart des films du cinéaste. Les cinéphiles pourront donc découvrir cette œuvre fort agréable et drôle à l’occasion de sa sortie chez Artus Films, au mois de mars 2026.

Critique de Virgile Dumez

Acheter le film en DVD / Blu-ray

La Buraliste de Vallecas, jaquette 3D

© 1987 Artus Films, Mercury Films / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Biographies +

Eloy de la Iglesia, Jesús Puente, Antonio Iranzo, Simón Andreu, José Luis Manzano, José Luis Fernández Eguia dit ‘El Pirri’, Fernando Guillén, Maribel Verdú, Emma Penella, José Luis Gómez

Mots clés

Cinéma espagnol, Cinéma quinqui, Les braquages au cinéma, Les prises d’otage au cinéma, Comédie policière, Les violences policières au cinéma

Le test du blu-ray

Artus Films défriche toujours l’œuvre trop méconnue d’Eloy de la Iglesia et dévoile ici son versant humoristique. Une bonne pioche. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & Compléments : 4 / 5

L’objet physique se présente sous la forme d’un sur-étui plutôt classe, reprenant quelques éléments isolés de l’affiche espagnole originale, présente pour sa part sur le Digipack intérieur, assortie sur l’autre face d’une photographie du film. Le tout contient les deux galettes DVD et blu-ray.

En matière de supplément vidéo, l’éditeur propose un riche entretien de 39 minutes avec Marcos Uzal, visiblement plus inspiré et en verve que sur la galette de Personne n’a entendu crier. Il revient sur le contexte de création du film, insiste sur la volonté de Eloy de la Iglesia de passer à la comédie, tout en n’oubliant pas de livrer un constat politique pertinent. Enfin, il insiste sur le succès du film en Espagne et le fait qu’il est porté par des acteurs populaires qui ont permis de faire exploser le compteur des entrées. Il termine en montrant que le long métrage peut être considéré comme le chant du cygne du réalisateur, puisque celui-ci a ensuite connu de nombreux déboires personnels, entre drogue et dépressions successives.

Reste à consulter l’habituel diaporama d’affiche et photos, ainsi que la bande-annonce originale.

L’image du blu-ray : 4 / 5  

Le métrage a bénéficié d’une restauration 2K qui lui offre un bien bel écrin, même si le travail sur la photographie est plutôt naturaliste, ce qui n’offre guère de plans magnifiques. En tout cas, la fluidité est parfaite, le piqué tout à fait satisfaisant et les couleurs demeurent rehaussées, même si ce n’est pas la plus grande qualité du film.

Le son du blu-ray : 4 / 5

Le film étant inédit en France, pas de doublage à l’horizon. Peu importe puisque ce genre de comédie volubile doit être visionnée prioritairement dans sa langue originale. La version espagnole sous-titrée et en simple stéréo met clairement les voix en avant, mais ne sacrifie aucunement les bruits d’ambiance et l’hors-champ. Le travail est donc tout à fait satisfaisant.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

La Buraliste de Vallecas, jaquette détails.

© 1987 Artus Films, Mercury Films / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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La Buraliste de Vallecas, jaquette 2D

Bande-annonce de La Buraliste de Vallecas (VO)

Comédie policière, Comédie sociale

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