Grand film populaire, La Bataille de Gaulle – L’âge de fer d’Antonin Baudry brosse un portrait saisissant de la résistance française à ses débuts. Le tout avec humour, pertinence et volonté d’emporter le public dans sa vaste fresque.
Synopsis : Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
Deux films pour un budget pharaonique
Critique : Après le beau succès remporté par son premier film en tant que cinéaste, Le Chant du loup (1,5 million d’entrées), Antonin Baudry a souhaité se pencher sur la figure du grand général de Gaulle, notamment durant la période de la Seconde Guerre mondiale. Finalement, en 2021, il parvient à convaincre la firme Pathé d’investir massivement dans la confection de deux films (La Bataille de Gaulle – L’âge de fer et La Bataille de Gaulle – J’écris ton nom) qui seraient tournés d’affilée entre juillet 2023 et juillet 2024 (avec une interruption de trois mois entre les deux). La facture doit s’élever autour de 74 millions d’euros, mais certains avancent plutôt des chiffres autour des 100 millions d’euros à cause notamment de nombreux dépassements de budget.

Copyright : © 2026 Pathé Films – TF1 Films Production – Belvédère – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
Pour écrire son scénario avec Bérénice Vila, Antonin Baudry s’est surtout basé sur l’ouvrage britannique De Gaulle, une certaine idée de la France (2019) de l’historien Julian T. Jackson. Le but était de trouver un point de vue moins partisan et plus neutre pour aborder ce monstre sacré qui est sans cesse récupéré par tous les partis français comme figure d’autorité. Pour assoir un peu plus la véracité historique de son long métrage, Baudry s’est entouré aussi du spécialiste Géraud Létang.
La solitude d’un homme face à l’Histoire
Cette caution historique était bien entendu nécessaire, même si Antonin Baudry ne réalise aucunement un documentaire, mais bien un film à grand spectacle où il doit procéder à des choix narratifs qui peuvent altérer sa dimension historique, ou du moins entrainer des raccourcis nécessaires. En fait, pour son scénario, Antonin Baudry avoue s’être aussi inspiré de la geste de Don Quichotte de Cervantès. Effectivement, le cinéaste présente le général de Gaulle comme un homme seul qui va se battre durant de nombreuses années contre des vents contraires.

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Lorsque la défaite militaire française est actée par le maréchal Pétain le 17 juin 1940, de Gaulle s’enfuit à Londres et se présente immédiatement comme le chef de la France libre (le fameux discours du 18 juin 1940 à la BBC). Pourtant, comme le montre très bien La Bataille de Gaulle – L’âge de fer, le général n’est entouré que de quelques partisans et va peiner à s’imposer face aux Britanniques et surtout aux Américains.
De l’usage intelligent d’un humour salvateur
Afin de souligner la folie douce de cet homme qui se dit incarner à lui seul la France, Antonin Baudry a eu recours à un humour salvateur. Il fait de la raideur militaire de l’homme un élément comique, notamment lorsqu’il se présente aux Britanniques au nom de la France libre, entouré de seulement trois hommes. On affectionne aussi ses confrontations avec Winston Churchill et la façon dont les deux hommes se servent l’un de l’autre, tout en n’oubliant pas l’intérêt de leur nation.

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Cependant, La Bataille de Gaulle – L’âge de fer dépasse le cadre du biopic académique qui suivrait pas à pas le grand homme dans son ascension vers la légitimité. Le cinéaste propose, en effet, une reconstitution plus générale d’un épisode de l’histoire de France, avec notamment la naissance difficile de la résistance intérieure. Pour cela, il se propose de raconter le destin de Fernand Bonnier de La Chapelle qui finira par entrer dans l’histoire comme assassin de l’amiral Darlan à Alger, ce qui a finalement servi à de Gaulle pour s’imposer comme l’un des recours des forces alliées alors qu’il avait été mis une fois de plus sur la touche.
Remettre au centre du jeu le rôle de l’empire colonial français
Cela offre au cinéaste la possibilité de décrire la France occupée, celle de Vichy, mais aussi de montrer le rôle essentiel de l’empire colonial français dans la reconquête du pouvoir par les forces libres sur le continent africain. Ce portrait global insiste donc sur les hasards, les coups de dés et les paris réussis d’hommes qui ont fait preuve d’une terrible audace durant une période aussi tendue.

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Comme Antonin Baudry est aussi un homme de spectacle, il finit le premier volet de son diptyque par une scène de bataille, celle de Bir Hakeim (mai-juin 1942) où le sacrifice des troupes françaises, dont deux tiers de coloniaux, a permis de dégager les forces britanniques de l’étau nazi pour qu’ils reviennent revigorés lors de la décisive bataille d’El Alamein (juillet 1942) contre l’Afrika Korps de Rommel.
Un premier volet qui forme un film complet, se suffisant à lui-même
Cette séquence permet d’offrir au film un point d’orgue, tandis que plusieurs arcs narratifs trouvent leur conclusion à la toute fin. Ainsi, La Bataille de Gaulle – L’âge de fer constitue un film à part entière et sa fin ne frustrera personne, même si elle ouvre sur la suite des aventures d’un de Gaulle désormais installé à la tête de la France libre en 1942.

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Réalisé avec talent, monté de manière très dynamique par Rehman Nizar Ali et Katie Mcquerrey et boosté par une musique très intrusive de Volker Bertelmann (en mode Hans Zimmer), La Bataille de Gaulle – L’âge de fer bénéficie aussi de comédiens au firmament. Ainsi, Simon Abkarian parvient à incarner de manière très convaincante un de Gaulle très raide, inflexible, mais chez qui on sent poindre parfois une émotion contenue. Face à lui, Simon Russell Beale excelle en incarnant pour la troisième fois de sa carrière le premier ministre britannique Winston Churchill. Le comédien est tout bonnement formidable.

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Des acteurs formidables pour un grand spectacle
Dans le rôle du jeune résistant Fernand, Florian Lesieur impose une belle personnalité de cinéma et il permettra au public plus jeune de s’identifier à ces résistants de la première heure qui ont su se sacrifier pour un idéal plus grand qu’eux. De leur côté, les vedettes que sont Benoît Magimel, Niels Schneider (en Leclerc) et Mathieu Kassovitz sont toutes excellentes et donnent de la crédibilité à l’entreprise gigantesque.
Tout ce monde contribue à faire de La Bataille de Gaulle – L’âge de fer un grand film historique qui rappelle à quel point la résistance fut le fait de quelques individus exaltés lors de ses deux premières années, tandis que la France se laissait guider par le maréchal Pétain dans la voie du déshonneur. A l’heure où des patriotes autoproclamés ont micro ouvert sur de nombreuses antennes de télévision et de radio pour nous expliquer que la Russie n’est aucunement une menace pour la France, il est bon de rappeler que ce sont leurs aînés qui ont livré la France à l’Allemagne nazie et que les vrais patriotes ne sont pas nécessairement là où on le pense.
La Bataille de Gaulle prouve qu’il ne suffit pas de proclamer son amour de la France pour faire un patriote. Seuls les actes ont valeur d’autorité face à la grande Histoire.
Critique de Virgile Dumez
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Création affiche : Leroy & Rose. Copyright : © 2026 Pathé Films – TF1 Films Production – Belvédère – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
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Antonin Baudry, Simon Abkarian, Benoît Magimel, Mathieu Kassovitz, Niels Schneider, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Loïc Corbery, Tom Mison, Kacey Mottet-Klein, Campbell Scott, Grégoire Colin, Noémie Schmidt, Pablo Cobo, Alice de Lencquesaing, Karim Leklou, Anamaria Vartolomei, Théo Cholbi, Félix Kysyl