Coquille vide sise dans un emballage clinquant, Jours de tonnerre est une ode à la star Tom Cruise qui pâtit d’un script inepte, compensé par des scènes de courses automobiles très efficaces.
Synopsis : Jeune coureur automobile, Cole Trickle est intégré à l’écurie de Tim Daland où il s’entraîne aux courses de Nascar. Véritable tête brûlée, Cole remporte de nombreux trophées mais un jour, à cause de ce tempérament de feu, il commet une imprudence lors d’une course et se retrouve à l’hôpital. Aidé par la belle neurologue, Claire Lewicki, le jeune homme ouvre les yeux sur lui-même et très vite, remonte en selle pour participer à la plus grande compétition de sa vie.
Top Gun dans le milieu automobile
Critique : En 1986, Top Gun explose le box-office mondial et permet aux producteurs Don Simpson et Jerry Bruckheimer et au studio Paramount d’empocher 350 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget évalué à 15 millions. Le long-métrage a fait de Tom Cruise une star internationale et placé Tony Scott dans la liste des cinéastes bankable. Très rapidement, les différents créateurs du film ont eu l’envie de reproduire ce magnifique succès et Tom Cruise propose dès 1987 de transposer le même type d’histoire dans le monde des courses automobiles de stock-car.
Il a fallu pourtant un nombre conséquent d’auteurs et scénaristes avant que Robert Towne (Chinatown, Greystoke, Frantic, Tequila Sunrise) ne soit appelé à la rescousse. Malheureusement pour le scénariste, un planning très serré a été établi par la Paramount qui compte sortir le film fin juin 1990 afin d’en faire son blockbuster de l’été. La production est donc précipitée, à tel point que le scénario n’est absolument pas terminé lors des premières prises de vue. Le tournage est resté célèbre pour les engueulades homériques entre les producteurs Don Simpson, Jerry Bruckheimer, le réalisateur Tony Scott, la star Tom Cruise et le studio Paramount. Personne n’était d’accord sur la direction à donner au projet et Jours de tonnerre a clairement souffert de ce manque de directives claires.
Cruise control
En l’état, le long-métrage apparaît bien comme une copie de Top Gun transposé dans l’univers du stock-car. Certain d’être confronté à un monument de vide intersidéral, Tony Scott se sert de ses connaissances en matière publicitaire pour emballer un produit clinquant et séduisant, mais totalement vide de sens. Il s’agit ici d’un énième film sportif avec victoire finale à la clé comme Hollywood en a tourné des centaines durant les années 80. On sent encore dans le long-métrage le poids de cette Amérique reaganienne, celle de la réussite à tout prix et des jeunes loups aux dents longues.
Pur véhicule servant la soupe à sa star, Jours de tonnerre est donc un monument à la gloire de Tom Cruise qui roule des mécaniques comme rarement. Cela pourrait rendre la projection insupportable si l’ego de l’acteur n’était pas compensé par le jeu très intériorisé de Robert Duvall et celui plus modeste – mais aussi plus juste – de la belle Nicole Kidman. Celle-ci a d’ailleurs été imposée par Tom Cruise qui venait de découvrir Calme blanc (Noyce, 1989) et les deux acteurs tombent amoureux sur le tournage, les obligeant ensuite à divorcer chacun de leur côté pour pouvoir convoler en justes noces. On apprécie également le jeu de Michael Rooker, solide en adversaire, puis ami du héros.
Des courses automobiles filmées pied au plancher
Doté d’une histoire passablement conventionnelle dont on peut prévoir la moindre inflexion, Jours de tonnerre bénéficie heureusement de superbes séquences de courses automobiles, sublimées par la science du montage de Tony Scott et son sens inné de l’action. Réalisées à l’époque sans l’apport de la technologie numérique, elles sont filmées pied au plancher par un cinéaste décidément très à l’aise avec l’aspect visuel. A la fois trépidantes et surtout toujours lisibles, les séquences de courses constituent donc le seul véritable intérêt d’un long-métrage sympathique à suivre, pour peu que l’on fasse abstraction de son usage immodéré de formules toutes faites.
Inutile donc de chercher la moindre notion de complexité ou de nuance dans ce pur produit de consommation qui ne va jamais au-delà de sa littéralité. Jours de tonnerre ne cherche jamais à être réaliste ou sublimer les rapports humains mis en scène. Il se contente d’avancer tête baissée, le nez dans le guidon comme la machine à star et à dollars qu’elle est. Ce n’est pas nécessairement désagréable car le cinéaste est plutôt talentueux, mais c’est surtout vain, pompeux et prétentieux.
Une déception sur le plan commercial
Sorti comme prévu fin juin 1990 aux Etats-Unis, Jours de tonnerre ouvre sa carrière avec 15 millions de billets verts amassés en une semaine, ce qui déçoit fortement les attentes, d’autant que le film perd un tiers de ses entrées d’une semaine sur l’autre. Le métrage aura finalement du mal à se rembourser sur le sol américain. Même à l’international, Jours de tonnerre n’atteint pas son plein potentiel avec par exemple 1 385 536 coureurs en France, soit près de deux millions de spectateurs de moins que pour Top Gun. Une sacrée douche froide pour l’ensemble des participants, à tel point que le torchon brûle entre Don Simpson, Jerry Bruckheimer et le studio Paramount qui met fin à leur contrat. Par la suite, le duo allait s’acoquiner avec d’autres studios, dont Buena Vista Pictures, filiale de Disney.
Régulièrement édité sur tous les supports possibles, Jours de tonnerre jouit aujourd’hui d’une petite réputation auprès des amateurs de films de course automobile, et ceci malgré ses nombreuses limites artistiques.
Critique de Virgile Dumez



