Illusions perdues : la critique du film (2021)

Historique | 2h09min
Note de la rédaction :
9.5/10
9.5
Illusions perdues de Giannoli, affiche

  • Acteurs : Gérard Depardieu, Isabelle de Hertogh, Jeanne Balibar, Xavier Dolan, Louis-Do de Lencquesaing, Jean-François Stévenin, Cécile de France, Vincent Lacoste, Benjamin Voisin, André Marcon, Salomé Dewaels
  • Date de sortie: 20 Oct 2021
  • Année de production : 2021
  • Nationalité : Français, Belge
  • Titre original : Illusions perdues
  • Titres alternatifs : Lost Illusions (international)
  • Scénaristes : Jacques Fieschi, Xavier Giannoli,Yves Stavrides
  • D'après l'œuvre de : Honoré de Balzac (Illusions perdues)
  • Directeur de la photographie : Christophe Beaucarne
  • Monteur : Riwanon Le Beller, Cyril Nakache
  • Compositeur :
  • Producteurs : Curiosa Films, Gaumont, France 3 Cinéma, Pictanovo, Gabriel, Umedia
  • Sociétés de production : Curiosa Films - Gaumont - France 3 Cinémas - Gabriel Onc - Umédia.
  • Distributeur : Gaumont Distribution
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : -
  • Box-office nord américain / monde : -
  • Budget : 18 000 000 d'euros
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleur
  • Festivals et récompenses : San Sebastián International Film Festival (2021), Festival de Venise 2021, Zurich Film Festival 2021, La Roche-sur-Yon International Film Festival (2021)
  • Illustrateur / Création graphique : © Laurent Lufroy / Couramiaud - Photo Roger Arpajou. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 2021 Curiosa Films - Gaumont - France 3 Cinémas - Gabriel Onc - Umédia. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Sur fond de luttes des classes, Illusions perdues est une peinture balzacienne qui, dominée par l’obsession de la réussite et du profit, se fait l’écho du libéralisme de notre époque. Troublant et fascinant : un coup de foudre.

Synopsis : Lucien est un jeune poète inconnu dans la France du XIXème siècle. Il a de grandes espérances et veut se forger un destin. Il quitte l’imprimerie familiale de sa province natale pour tenter sa chance à Paris, au bras de sa protectrice. Bientôt livré à lui-même dans la ville fabuleuse, le jeune homme va découvrir les coulisses d’un monde voué à la loi du profit et des faux-semblants. Une comédie humaine où tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes. Il va aimer, il va souffrir, et survivre à ses illusions.

Honoré de Balzac de retour à l’écran

Critique : En l’automne 2021, le cinéma français rend de bien jolis hommages au romancier Honoré de Balzac. Après le très réussi Eugénie Grandet de Marc Dugain, Xavier Giannoli adapte Illusions perdues, dont il pressent depuis longtemps tout l’aspect romanesque. Il choisit de se concentrer sur la deuxième partie de l’œuvre, Un grand jeune homme de province à Paris.

A travers cette fresque grandiose, où décors somptueux et costumes d’époque restituent au plus juste l’atmosphère du Paris de la première moitié du 19e siècle, se déroule le parcours d’un jeune homme tendre et naïf prompt à renier, par arrivisme ses idéaux, pour faire l’apprentissage des faux-semblants et conventions.

Lucien de Rubempré (Benjamin Voisin) s’appelle en vérité Lucien Chardon, mais il tient à cette particule, héritée de sa mère, issue d’une famille aristocratique déchue. A Angoulême où il vit, il fréquente les salons et lit ses poésies face à un public provincial peu réceptif. Sa beauté romantique et sa fougue ont toutefois touché le cœur de Madame de Bargeton (Cécile de France), reine de la bonne société d’Angoulême. Elle l’incite à le suivre à Paris. Mais face à la pression de ses amis qui craignent que la fréquentation de ce jeune homme d’origine roturière ne nuisent à sa réputation, elle l’abandonne à son sort sans toutefois renoncer à leur amour. Blessé et livré à lui-même, il brade ses talents de poète au service d’une presse de bas étage et se plie aux mutations d’une société prête à trahir les valeurs qui la structuraient jusqu’alors, au profit d’un monde dominé par le profit et les apparences, établissant ainsi un parallèle troublant avec notre époque.

Dans cette France de 1830, Louis XVIII est au pouvoir, ce qui permet à l’aristocratie de maintenir ses privilèges, qui pourtant se fissurent peu à peu sous la pression de la bourgeoisie avide de nouvelles conquêtes sociales, politiques et économiques.

Un monde tragi-comique où tout s’achète et se vend

Aux discours moralisateurs, Giannoli préfère les joutes verbales et l’amour des beaux mots, ceux qui envoûtent les foules et unissent d’une même voix ces destins disparates. S’appuyant sur une mise en scène virevoltante pleine de mouvement et de musique, de plaisir et de cruauté, de mauvaise foi et d’émotion, il nous livre avec fougue le tableau d’un monde tragi-comique où tout s’achète et se vend, où les réputations se font et se défont au gré des fortunes, où les pigeons voyageurs, bien avant les réseaux sociaux, colportent en un temps record leur lot d’informations fallacieuses. Pour mettre à distance le fracas de cette comédie humaine, une voix off rend compte, en toute neutralité, de ce moment de l’Histoire qui signe l’avènement du libéralisme économique.

Illusions perdues bénéficie d’un casting transcendant

Pour transcender cette comédie vivante et colorée, il fallait bien un casting de haut niveau. Benjamin Voisin prête sa beauté diaphane à Lucien, ce tendre poète qui, bien que doté d’un esprit vif et mordant, se fait dévorer par les loups auxquels il a cru bon de s’accoquiner.  Le couple qu’il forme avec Cécile de France, toute de grâce et de retenue, constitue la plus belle part de romantisme de l’intrigue, tandis que Jeanne Balibar, resplendissante dans son costume d’apparat, prend un malin plaisir à s ‘envelopper dans une menaçante volupté. Vincent Lacoste trouve sa juste mesure sous les traits de ce trublion de Lousteau, tour à tour arrogant et émouvant, désabusé et joyeux compère, aux antipodes de Nathan que l’obstination de Xavier Dolan à chercher un début d’intégrité dans un milieu qui en manque tant rend attachant. Dans des rôles secondaires mais pourtant essentiels à la bonne compréhension de ce théâtre des apparences, Gérard Depardieu, Louis-Do de Lencquesaing et Jean-François Stévenin symbolisent avec une délectation communicative la prédominance de l’argent sur la création artistique. Enfin, Salomé Dewaels incarne avec enthousiasme une Coralie dont le naturel et la sincérité bafoués font merveille.

En compétition à la 78e Mostra de Venise, Illusions Perdues est un film à grand spectacle qui, malgré sa longueur (2h30) parvient, grâce à son rythme, sa magnificence, la modernité de son thème et son interprétation impeccable à ne jamais laisser faiblir l’attention du spectateur.

Claudine Levanneur

Sorties de la semaine du 20 octobre 2021

Illusions perdues de Giannoli, affiche

© Laurent Lufroy / Couramiaud – Photo Roger Arpajou. Tous droits réservés / All rights reserved

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