Horrible : la critique du film (1983)

Epouvante, Horreur, Gore, Thriller | 1h36min
Note de la rédaction :
6/10
6
Horrible, l'affiche

  • Réalisateur : Joe D’Amato
  • Acteurs : George Eastman, Annie Belle, Charles Borromel, Goffredo Unger, Michele Soavi, Katya Berger, Kasimir Berger, Hanja Kochansky
  • Date de sortie: 06 Juil 1983
  • Année de production : 1981
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : Rosso Sangue
  • Titres alternatifs : Absurd (USA, Royaume-Uni), Terror Sin Limite (Espagne), Absurd: Terror sin límite (Espagne), Absurdo (Mexique), Maldición satánica (Mexique), Absurd - Ausgeburt der Hölle (Allemagne, Autriche), Anthropophagous 2 (Allemagne), Monster Hunter (Etats-Unis), Terror Sem Limites (Portugal), A pokol szülötte (Hongrie)
  • Autres acteurs : Edmund Purdom, Ian Danby, Ted Rusoff, Nat Bush, Cindy Leadbetter, Lucia Ramirez, James Edward Sampson
  • Scénariste : George Eastman (sous le pseudo de John Cart)
  • Asisstant réalisateur : Michele Soavi
  • Monteur : George Morley
  • Directeur de la photographie : Joe D'Amato (sous le pseudo de Richard Haller)
  • Compositeur : Carlo Maria Cordio
  • Maquilleurs : Giuseppe Ferranti, Pietro Tenoglio
  • Cheffe décoratrice : Helen Crosby
  • Responsable des effets spéciaux : Giuseppe Ferranti
  • Producteurs : Joe D'Amato, Donatella Donati
  • Sociétés de production : Cinema 80, Filmirage, Metaxa Corporation
  • Distributeur : Eurogroup (France)
  • Date de sortie province : 22 juin 1983
  • Editeur vidéo : Carrere/Lumière (France, VHS), Liberty Vidéo (France, VHS), Cinéma Vidéo Conseil (France), Severin (USA, 2018), 88 Films (Royaume-Uni, Blu-ray), 88 Films (Royaume-Uni, 4K, 2024), Bach Films (France, DVD), ESC (France, Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 9 juillet 2014 (DVD, Bach Films), 23 février 2017 (Blu-ray, 88 Films), 25 septembre 2018 (Blu-ray + CD, Severin), 22 mai 2024 (Blance, DVD, ESC), 24 juin 2024 (4K Ultra HD, Blu-ray, 88 Films)
  • Budget : Inconnu
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 10 473 entrées
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans, Censuré au Royaume-Uni dans le cadre de la loi sur les Video Nasties
  • Formats : 1.66 : 1, 1.85 : 1 (blu-ray) / Couleur (35 mm) / Mono
  • Festivals :
  • Nominations :
  • Récompenses :
  • Illustrateur/Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Cinema 80, Filmirage, Metaxa Corporation. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : Suite indirecte d'Anthropophagous
Note des spectateurs :

Horrible est l’un des films d’horreur notoires de l’Italie des années 80. Sans succès en salle, la série B ultra gore de Joe D’Amato marquera les échoppes des vidéo-clubs de l’époque en réinvestissant les bourbiers gore de Blue Holocaust et Anthropophagous, les deux autres œuvres monstrueuses qui donnèrent au cinéaste le surnom humoristique de D’Amato Ketchup. Mais attention, dans Horrible (Absurd, à l’international), d’humour, il n’en sera jamais question. Ou à peine, tant la gratuité de la barbarie est obscène.

Synopsis : Un homme dont les cellules se régénèrent mystérieusement, évadé d’un hôpital et traqué par un ecclésiastique, sème la terreur dans une petite ville américaine. Pris d’une fureur sanguinaire, il commet sans raison des actes d’une barbarie horrible, et prend d’assaut la demeure d’une riche famille isolée.

Visuel provisoire du Pack Combo VHS d'Horrible (ESC)

Visuel provisoire du Pack Combo VHS d’Horrible, édité par ESC en mai 2024 © 1981 Cinema 80 – Filmirage – Metaxa Corporation. Tous droits réservés.

Critique : Deuxième film produit par sa société, la Filmirage, après Anthropophagous, Horrible arrive dans la filmographie de Joe D’Amato en 1981, au milieu d’une avalanche de titres qui font de lui l’un des plus productifs de son temps. Parallèlement, le réalisateur aux 200 produits dégénérés, qui nous a plongé dans les tréfonds de la perversion avec son macabre Blue Holocaust (1979), a également réalisé pas mal de productions à caractère pornographique, voire de pornos horrifiques. L’une de ses spécialités.

Le succès international d’Anthropophagous (1980) incite D’Amato à mettre en chantier une suite dont il charge le comédien George Eastman, monstre cannibale du premier film, d’écrire le script. Evidemment, inutile de faire revenir l’ogre grec du royaume des morts, l’homme qui s’auto-dévorait à la fin d’Anthropophagous, revient indirectement via un personnage démoniaque, de nationalité grecque, dans une bourgade cette fois-ci américaine ; il apparaît, fidèle aux images chocs du premier film, toutes tripes dehors, lors d’un plan mémorable qui se l’écho à la scène finale d’Anthropophagous.

Malgré le titre secondaire, Anthrophagous 2, il ne restera pas grand-chose du slasher insulaire qui se perdait dans des séquences assez longuettes sans explosions de gore, ce que fera plus régulièrement Horrible. En effet, celui-ci s’investit dans la surenchère propre au cinéma italien des années 1978-1983 : Blue Holocaust, mais aussi Cannibal Holocaust, et la trilogie de l’au-delà de Lucio Fulci imposèrent des excès nauséabonds qui marqueront à jamais le cinéma de genre de leur empreinte morbide. Dans ce sens, Horrible, dont le titre français semble bien synthétiser l’ADN même du projet, est une suite de séquences nauséabondes qui se posent comme les plus outrancières possibles. La filiation avec Fulci est une évidence, notamment lors du perforage de la tête d’une infermière qui a son équivalent tout aussi vomitif dans Frayeurs. Mais Joe D’Amato n’est pas le maestro Fulci. Sa réalisation n’est jamais aussi élaborée et ses budgets sont encore plus malingres.

Jaquette d'Horrible, en 4K chez 88 films, réalisée par Graham Humphreys (2024)

Design exclusif par Graham Humphreys pour 88 Fims (2024) © 1981 Cinema 80 – Filmirage – Metaxa Corporation. Tous droits réservés.

Horrible, de façon très appuyée, multiplie les meurtres abjects, comme la tête du personnage d’Annie Belle – comédienne française culte, tristement décédée en 2024 -, qui est calcinée dans un four… Un exemple de sadisme dans une œuvre qui a elle-même sévèrement été tranchée dans son propre pays, l’Italie, puisque Rosso Sangue y a perdu près de 8 minutes de métrage. Au Royaume-Uni, où la bisserie éhontée est frappée du seau de la censure, en incorporant la célèbre liste des Vidéo-nasties, Horrible a longtemps conservé un caractère éminemment sulfureux. En France, évidemment, Horrible assume une interdiction aux moins de 18 ans de raison, puisque, s’il s’agit d’une certaine façon d’un slasher à l’américaine, son cachet morbide en fait une production pour adultes non influençables exclusivement.

Si la violence est excessive, il est important de souligner que les femmes dans Absurd (titre international) ne sont jamais effleurés comme dans la plupart des productions de D’Amato, cochon devant l’Eternel… La sobriété sur le plan sexuel est contraire à l’esprit fougueux du genre du slasher, plus répétitif et plus immature dans ses personnages boutonneux. Sans aucun insert caliente, la production n’était en rien interdite aux moins de 18 ans pour une nudité qui aurait été ici contraire à l’esprit du film. Le thriller démoniaque est froid, clinique, axé sur une famille bourgeoise, elle-même configurée autour du personnage alité d’une adolescente handicapée.

VHS française du film Horrible de Joe D'Amato

© 1981 Cinema 80 – Filmirage – Metaxa Corporation. Tous droits réservés.

Pur film d’exploitation décomplexé dans la violence, Horrible se permet de piller le cinéma de son époque, en particulier Halloween, la nuit des masques, dont il reprend les grandes lignes : un titan de 2 mètres, massif et taiseux, assassine froidement des infirmières et autres, le soir d’Halloween… en fait, c’est la soirée du Super Bowl, pour éviter un procès pour plagiat. Il est invincible, selon les médecins ; cet énigme de la nature voit ses cellules se régénérer quand il est au bord du trépas, et il faut bien une décapitation pour en avoir la peau. A l’instar du classique de John Carpenter, le monstre est pourchassé par un humain… Exit le psychiatre joué par Donald Pleasance, ici, c’est un prêtre incarné par  Edmund Purdom, qui tente de se débarrasser d’une figure considéré comme entièrement maléfique. C’est que notre monstre n’a plus que l’enveloppe d’humaine, puisqu’il est mentionné comme étant possédé par le mal. Et quelle enveloppe, celle de George Eastman, l’anthropophage de 2 mètres de haut du film notoire avec Tisa Farrow.

Dans cette œuvre d’ambiance au climat horrifique imparable, la réalisation et le rythme ne sont pas des plus excitants. Avec son micro budget et un cinéaste jamais très concentré sur la technicité mais plutôt sur ces projets à venir…, Horrible est toutefois loin des platitudes de certaines séquences d’Anthropophagous. En fait, ce trublion des années 80 s’accommode franchement bien du format HD. La copie proposée par Severin est tout simplement exempte de défaut sur le plan formel.

Au sein de la filmographie nanardesque – mais que l’on aime pour cela – de Filmirage, il s’agit avec Bloody Bird (également écrit par George Eastman, et réalisé par Michele Soavi, qui intervient également ici comme acteur biker et assistant réalisateur) de l’un des meilleurs films de la société de Joe D’Amato. Comme quoi, sans script et en pillant des plans ici et là (la porte fracassée à la hache renvoie directement à celle de The Shining), Horrible est moins mineur qu’il n’y paraît. Ce parangon du film putassier qui ose toutes les abominations pour combler le voyeurisme du public de son époque en devient un film d’exploitation efficace que l’on réservera aux afficionados des provocations putrides transalpines.

Jaquette Horrible affiche face

Copyrights Liberty Video, Carrere Video Distribution -© 1981 Cinema 80 – Filmirage – Metaxa Corporation. Tous droits réservés.

Box-office de Horrible

Si le film est apparu discrètement en province le 22 juin 1983, le même jour que le très culte Creepshow de George A. Romero, les Parisiens ont dû attendre le 6 juillet 1983 pour son apparition dans pas moins de 6 cinémas en intra-muros et un cinéma de banlieue. Programmé dans le circuit Paramount, Horrible était alors à l’affiche des Paramount City Triomphe – Opéra – Montparnasse – Orléans et  Montmartre, ainsi que du bien-aimé Max Linder. Il réalisera 10 000 spectateurs à Paname, aidé par son positionnement au Paramount Opéra qui comptait alors parmi les 3 cinémas les plus fréquentés de la capitale. Un bon score pour Joe d’Amato dont les films passaient inaperçus sur le grand écran. D’ailleurs, Horrible serait à peine sorti en salle en Italie, puisqu’Aristide Massaccesi (le vrai nom de D’Amato), usait d’un autre pseudonyme pour ce film à suspense, à savoir celui de Peter Newton.

On notera que les 10 000 entrées Paris-Périphérie lui ont permis de doubler la fréquentation de Blue Holocaust, l’un de ses trois œuvres notoires, sans pour autant égaler les 26 000 entrées d’Anthropophagous distribué à Paris en janvier 1982. Toutefois, étrangement, un autre film de Joe D’Amato apparaissait sur les écrans français durant ces 15 jours qui séparaient la distribution provinciale et parisienne d’Horrible, puisque Caligula la véritable histoire trouvait un vrai succès la semaine du 29 juin 1983, avec 53 000 Franciliens en phase avec le révisionnisme historique.

Les coïncidences ne s’arrêtent pas là.

Pour la comédienne Katya Berger, clouée au lit en raison du handicap de son personnage, pendant tout Rosso Sangue, mais qui se révélera être la clé du film en toute fin, le 6 juillet 1983 est une date formidable, puisque son ultime film, Nana, le désir, de Dan Wolman, une production Cannon Films, avec Jean-Pierre Aumont, sortait exactement le même jour qu’Horrible dans près de 35 écrans parisiens ! Une coïncidence remarquable pour la jeune femme qui, au générique d’Absurd, est accompagnée par sa mère (Hanja Kochansky) et son petit frère, Kasimir Berger, alors âgé de 6-7 ans lors du tournage.

Horrible en DVD chez Bach Films, en 2014

DVD français d’Horrible de Joe D’Amato en 2014, chez Bach Films © 1981 Cinema 80 – Filmirage – Metaxa Corporation. Tous droits réservés.

Horrible, un carton en VHS, arrivé tardivement en France en DVD et Blu-ray

C’est en VHS qu’Horrible fera une carrière remarquable dans le monde, y compris en France où les éditions se succèdent très vite, la plus vue étant celle de Carrère-Lumières, au milieu des années 80. Les Français auront aussi la possibilité de revoir cette œuvre notoire en DVD chez Bach Films, en 2014, à l’occasion de l’exploitation du catalogue de Joe D’Amato par l’éditeur indépendant. Malheureusement, la copie était terne et ne rendait nullement hommage au film. Ironiquement, la France passait alors à côté d’une copie blu-ray restaurée à partir d’un transfert 2K. En effet, les Britanniques, qui n’ont jamais pu profiter de la version intégrale en raison de la censure imposées aux vidéos nasties, depuis les années 80, découvrent la version uncut en 2017 chez 88 Films qui propose un master impeccable à l’occasion, quand les Français se contentent de la triste édition chez Bach Films. Un événement qui s’accompagnera, aux USA, d’un collector limité à 3 000 exemplaires aux USA, chez Severin, en 2018. L’éditeur propose ainsi la bande-originale de Carlo Maria Cordio, compositeur remarquable pour son investissement dans le cinéma bis (Le sadique à la tronçonneuse, Ator, Anthropophagous, 2020 Texas Gladiator, Killing Birds, Troll 2…). La B.O. est très inspirée et vaut à l’édition américaine bien des applaudissements.

En 2024, la France découvre enfin Horrible en blu-ray, chez ESC, qui sort le film dans la foulée de Blue Holocaust. Mais l’amertume est peut-être encore une fois de mise, puisque parallèlement, les Britanniques se parent de la première édition 4K – Ultra HD qui démontre une fois de plus le retard des Francophones quant au cinéma de Joe D’Amato. On notera qu’ESC reprendra l’idée d’une édition collector limitée au design d’une VHS qui nous rappelle évidemment celle éditée en Espagne il y a quelques années, alignée avec Anthropophagous. Elle était de piètre qualité au niveau du master, loin d’égaler les sorties anglophones.

En 2024, Anthropophagous est également édité en blu-ray chez un nouvel éditeur français, Vidéo Popcorn, et apparaît parallèlement en 4K Ultra HD pour la première fois chez 88 Films. Vous voilà prévenus.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 6 juillet 1983

Horrible, l'affiche

© 1981 Cinema 80 – Filmirage – Metaxa Corporation. Tous droits réservés.

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