Chinatown : la critique du film (1974)

Drame, Film Noir, Thriller | 2h10min
Note de la rédaction :
9/10
9
Jack Nicholson dans Chinatown, cover VOD Androïd

  • Réalisateur : Roman Polanski
  • Acteurs : Faye Dunaway, Burt Young, James Hong, Jack Nicholson, Roman Polanski, John Huston, Perry Lopez
  • Date de sortie: 18 Déc 1974
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Chinatown
  • Titres alternatifs : Barrio Chino (Argentine, Mexique...), Kínai negyed (Hongrie)
  • Année de production : 1974
  • Scénariste(s) : Robert Towne
  • Directeur de la photographie : John A. Alonzo
  • Compositeur : Jerry Goldsmith
  • Société(s) de production : Paramount Pictures, Penthouse Video, Long Road Productions, Robert Evans Company
  • Distributeur (1ère sortie) : Cinema International Corporation (CIC),
  • Distributeur (reprise) : CIC, Metropolitan Filmexport (1990), Splendor Films (2012)
  • Date de reprise : 15 juin 1980, 21 novembre 2012
  • Éditeur(s) vidéo : CIC Paramount (VHS, 1987) VHS Best-of Classics (Paramount Opéra), Paramount (2000)
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 822 631 entrées / 627 654 entrées (1974), 103 964 (Paris-Périphérie, 1980), 3 823 entrées (France, 2012)
  • Box-office nord-américain 29 200 000$
  • Budget : 6 000 000$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs - Panavision - Technicolor - 35 mm / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : 1 Oscar, celui du Meilleur scénario (1975), sur 11 nominations (Meilleur film, réalisateur, acteur, actrice...) / Golden Globe du Meilleur réalisateur et du Meilleur acteur (1975)/ BAFTA du Meilleur réalisateur et du Meilleur acteur (1975), Festival de Deauville 2005 (hommage à Robert Towne)
  • Illustrateur / Création graphique : Sator Publicité (1990)
  • Crédits : © 1974 Long Road Productions - © 2000, 2012 Paramount Pictures. Tous droits réservés
Note des spectateurs :

A la fois hommage au film noir des années 40 et petit précis sur la corruption de l’être humain, Chinatown est un pur bijou. Une œuvre magistrale qui compte parmi les grands films de l’année 1974.

Synopsis : Gittes, détective privé, reçoit la visite d’une fausse Mme Mulwray, qui lui demande de filer son mari, ingénieur des eaux à Los Angeles. Celui-ci est retrouvé mort, noyé. Gittes s’obstine dans son enquête, malgré les menaces de tueurs professionnels.

Chinatown sonde le cinéma noir américain

Critique  : Alors qu’il a connu un succès international avec Rosemary’s Baby (1968), le réalisateur Roman Polanski subit de plein fouet le drame du meurtre de son épouse Sharon Tate par le serial-killer Charles Manson. Sa filmographie s’en ressent aussitôt avec la réalisation d’un Macbeth (1971) d’une incroyable noirceur, aussitôt suivi par What ? (1972), totalement surréaliste, qui peine à convaincre même ses plus fervents admirateurs.

Le script de Robert Towne qui allait donner naissance à Chinatown permet au cinéaste de retrouver à la fois l’inspiration et le succès. Le scénario est effectivement un hommage direct au film noir des années 30-40, s’inspirant des intrigues tortueuses de Dashiell Hammett pour tenter de décrypter les dessous peu reluisants du système américain. Toutefois, Roman Polanski sublime le script d’origine en faisant du long-métrage une implacable analyse de la corruption sous toutes ses formes.

Affiche Chinatown (1990)

Visuel : Sator Publicité © 1974 Long Road Productions – © 2000, 2012 Paramount Pictures. Tous droits réservés

Une tragédie grecque qui contredit les canons hollywoodiens

Le plus réussi vient d’une critique particulièrement hargneuse d’un système capitaliste entièrement fondé sur l’appropriation de biens communs par un petit nombre afin d’en tirer de substantiels bénéfices. Il s’agit bien entendu ici de dénoncer les magouilles politiques en tous genres qui permettent à des citoyens bien sous tous rapports de s’imposer comme maîtres d’une région entière, par le biais de crimes crapuleux. Ainsi, le cinéaste se plaît à débusquer la vérité qui se cache derrière les apparences à travers une intrigue finalement limpide, malgré ses détours tortueux. A cela, il ajoute une dimension personnelle (l’inceste notamment) qui tend à faire du long-métrage une véritable tragédie grecque. Enfin, par son final foncièrement pessimiste, il plonge dans une noirceur qui va à l’encontre des règles hollywoodiennes en vigueur.

Si cette œuvre traite de corruption, Polanski se plaît également à détourner les règles d’un genre auquel il rend pourtant hommage. Ce n’est pas un hasard s’il a donné le rôle du potentat local totalement corrompu à John Huston, par ailleurs réalisateur du Faucon maltais qui a établi les règles du film noir. Il boucle ainsi un cycle, tout en s’affranchissant des figures imposées du genre. Sa volonté de rompre avec certaines habitudes hollywoodiennes sont confirmées par une seule séquence : Polanski interprète lui-même un rôle de petit malfrat qui défigure Nicholson en lui coupant une narine. Le cinéaste oblige ainsi son acteur principal à porter un horrible pansement sur le visage durant une bonne moitié de film, ce qui est un pied de nez flagrant aux règles du cinéma commercial entièrement basé sur la mise en valeur des stars.

Sublimé par une magnifique photographie, des décors séduisants et des mouvements de caméra incroyablement fluides, Chinatown est donc un pur chef-d’œuvre qui s’inscrit pleinement dans une filmographie entièrement vouée à la remise en cause du jeu social. Si l’on ajoute à cela des prestations d’acteurs remarquables (bouleversante Faye Dunaway et très sobre Jack Nicholson), on n’est pas loin de considérer cet opus comme l’un des meilleurs du cinéaste.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 18 décembre 1974

Chinatown, reprise 2012 (Splendor Films)

© 1974 Long Road Productions – © 2000, © 2012 Paramount Pictures. Tous droits réservés

Box-office :

Chinatown de Polanski était sûr de lui. Le 18 décembre 1974, avec son interdiction aux moins de 13 ans, il affronte deux blockbusters dans les salles françaises : L’homme au pistolet d’or avec Roger Moore, et la comédie locale Le retour du grand blond d’Yves Robert avec Pierre Richard, Rochefort et Mireille Darc. Derrière le James Bond (Les Artistes Associés), au niveau de la combinaison salle, le chef-d’œuvre du cinéma noir de Roman Polanski (CIC) occupe les écrans suivants en intra-muros :

  • le Cluny Palace
  • le Hautefeuille
  • le Gaumont Colisée
  • le Français
  • les Nations
  • le Montparnasse Pathé
  • le Gaumont Convention
  • le Mayfair

Chinatown : un beau succès sur la durée

Sur Paname, avec 109 335 entrées, 007 prend le dessus, suivi du Grand blond qui plaçait son retour à 106 789 spectateurs. Chinatown, tranquillement, s’installait en 3e place, avec 82 737 visiteurs. Il déloge ainsi Robin des Bois de Disney ou Les bidasses s’en vont en guerre, avec Les Charlots. En 2e semaine, fort d’un joli bouche-à-oreille, Jack Nicholson s’accroche, avec 104 272 spectateurs. Ce sont les fêtes de Noël, autant y aller à fond. Le maintien est indéniable en 3e semaine (85 353 entrées, 2e place). En 4e place, le film destiné à un public adulte demeure second, avec 60 202 entrées, derrière le film catastrophe Terreur sur le Britannic. Etat stationnaire en 5e semaine.

Au final Chinatown achèvera sa carrière en 19e place annuelle avec 1 822 631 spectateurs dans l’Hexagone, dont 627 654 sur Paris. Son taux de remplissage était plus parisien, plus urbain.

Les autres sorties du 18 décembre 1973

La semaine est riche. René Chateau dévoile La fureur du Dragon avec Bruce Lee en exclusivité sur le Hollywood Boulevard, Ma femme est dingue de Peter Yates avec Barbra Streisand. Le loup des steppes avec Dominique Sanda et Max von Sydow, Mes petites amoureuses de Jean Eustache, 747 en péril avec Charlton Heston… affichent leurs ambitions. Daniel Duval sortait aussi son premier long en tant que réalisateur, Le voyage d’Amélie.

Du bis trouve sa place en salle avec Les possédées du diable (Lorna l’exorciste), Le redoutable vengeur chinois (Chien-Lung) et Le fantôme de Shanghai animent les cinémas de quartier. Le sexe fait fort avec Libre-échanges, production érotique suédoise de Gustav Wiklund, les Films Jacques Leitienne libèrent Les Moelleuses de Dieter Lohmann au Cinévog, au Scarlett et au Midi Minuit…

Frédéric Mignard

Chinatown, blu-ray 2012

Jaquette blu-ray © 1974 Long Road Productions – © 2000, 2012 Paramount Pictures. Tous droits réservés

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Jack Nicholson dans Chinatown, cover VOD Androïd

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