Brelan d’as : la critique du film (1952)

Policier, Comédie, Film à sketches | 1h58min
Note de la rédaction :
6/10
6
Brelan d'as, jaquette

  • Réalisateur : Henri Verneuil
  • Acteurs : Michel Simon, René Génin, Alexandre Rignault, Raymond Rouleau, Jacqueline Porel, John Van Dreelen, Christian Fourcade, Nathalie Nattier, Maurice Teynac
  • Date de sortie: 10 Oct 1952
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Brelan d'as
  • Titres alternatifs : Full House (titre international) / Tres momentos de angustia (Espagne) / Tre från polisen (Suède)
  • Année de production : 1952
  • Scénariste(s) : André Tabet, Jacques Companéez d'après Steeman, Cheyney et Simenon
  • Directeur de la photographie : André Germain
  • Compositeur : Henri Rhys, Hans May
  • Société(s) de production : Productions Calamy, Terra Films
  • Distributeur (1ère sortie) : Pathé Consortium Cinéma
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Coin de Mire Cinéma (Mediabook)
  • Date de sortie vidéo : 9 avril 2021 (Mediabook)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 721 215 entrées / 440 660 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Jacques Bonneaud (affiche 1952)
  • Crédits : StudioCanal
Note des spectateurs :

Film à sketches mettant en scène trois personnages populaires de la littérature policière, Brelan d’as est une œuvre inégale en fonction des segments. On signalera l’excellence de l’interprétation de Raymond Rouleau et Michel Simon.

Synopsis : En cette bonne année 1952, on peut se promener partout dans les rues, les cafés, les bus, le métro, on ne voit que des gens complétement absorbés par les pages de leur roman de gare. Mais qui peut bien les fasciner autant pour qu’ils soient à ce point coupés de tout ce qui les entoure ? En y regardant de plus près, trois personnages de roman se disputent la partie : Le détective Wens, l’agent du FBI Lemmy Caution et le commissaire Maigret. Tous les trois sont confrontés à des meurtres qu’il faut élucider.

Verneuil s’attaque à trois monuments de la littérature de gare

Critique : Alors qu’il vient de signer un premier long-métrage mettant en scène Fernandel (La table-aux-crevés, en 1951), le jeune cinéaste Henri Verneuil tente de se diversifier en abordant le genre policier sous un angle légèrement humoristique. Il entend ici affirmer le primat du divertissement sur l’art considéré comme noble. Ainsi, le préambule peut apparaître de nos jours comme une déclaration d’intention de la part d’un réalisateur qui allait consacrer sa carrière au cinéma commercial. Si ce pré-générique vante les mérites de la littérature de gare, alors très mal considérée par la critique, il peut également se lire comme une défense du cinéma populaire face à une élite snob qui méprise la culture de masse.

Brelan d'as, détails du Mediabook

© 1952 StudioCanal / © 2021 Coin de Mire Cinéma. Tous droits réservés.

Avec Brelan d’as (1952), Henri Verneuil et ses producteurs ont fait le choix assez original d’adapter trois nouvelles policières d’auteurs très différents les uns des autres. On aura donc droit à une histoire de l’inspecteur Wens (écrite par Stanislas-André Steeman), une de Lemmy Caution (rédigée par Peter Cheyney) et une du commissaire Maigret (par Simenon). Le but était d’attirer le public avec des noms célèbres qui étaient des gages d’évasion et d’histoires tortueuses. Malheureusement, le long-métrage de Verneuil n’échappe pas à l’écueil des films à sketches, puisque le segment central s’avère bien plus faible que les deux autres.

Des dialogues affutés dans le premier segment, un ennui poli dans le second

Cela démarre pourtant en fanfare avec L’alibi de monsieur Wens qui met en scène un formidable Raymond Rouleau, visiblement très heureux d’incarner l’inspecteur. L’acteur fait preuve d’un véritable charisme dans ce rôle taillé sur mesure, tandis que les dialogues d’André Tabet fusent avec un bonheur total. Très drôle et divertissant, ce segment a le mérite de déployer une intrigue policière tortueuse et abracadabrantesque de manière claire et précise. Si le segment peut paraître un brin théâtral dans sa mise en scène, les dialogues particulièrement piquants – et fortement teintés de misogynie – compensent largement ce manque de dynamisme de la réalisation.

Maigret au cinéma

Malheureusement, le deuxième segment intitulé Je suis un tendre est nettement moins passionnant. Cette aventure de Lemmy Caution tente en vain de rendre hommage aux films de gangsters américains des années 30-40, mais Henri Verneuil ne dispose pas du budget nécessaire pour rendre l’ensemble crédible. Pire, l’intrigue développée par le romancier Peter Cheyney n’est guère intéressante et finit par fortement ennuyer. Ce ne sont pas les quelques scènes de fusillades qui permettent de relever le niveau, d’autant que l’acteur John Van Dreelen fait un Lemmy Caution de piètre tenue. Si le personnage a rarement été valorisé à l’écran, il faut reconnaître à Eddie Constantine le talent nécessaire pour porter ce rôle qui a fait sa gloire. Van Dreelen n’en sort pas grandi pour sa part. Sans doute placé au centre du film à cause de son aspect plus anecdotique, ce sketch est de loin le plus faible du métrage.

Michel Simon, formidable en Maigret

Henri Verneuil termine finalement en beauté avec le meilleur sketch des trois. Il s’agit d’une adaptation de la nouvelle Le témoignage d’un enfant de chœur écrite par Simenon dans le cadre des enquêtes du commissaire Maigret. Verneuil a eu l’excellente idée d’offrir à Michel Simon le rôle du célèbre enquêteur. Au vu de l’excellence de sa prestation, on peut d’ailleurs s’étonner que personne ne lui ait proposé de reprendre ce rôle devant les caméras.

Ici, l’immense acteur est confronté au jeune Christian Fourcade, gamin de dix ans qui bouffe littéralement l’écran par le naturel de son interprétation. Le jeu du chat et de la souris auquel se livrent les deux personnages n’est pas nécessairement passionnant sur le papier, mais les dialogues savoureux et la performance des deux acteurs font de ce segment un pur moment de bonheur. Brelan d’as vaut donc le détour, uniquement pour cette demi-heure brillante. L’ensemble est porté par une réalisation carrée, des images superbes et une ambiance séduisante.

Un film oublié à redécouvrir dans des conditions optimales

Sorti d’abord en province au début du mois de septembre 1952, Brelan d’as est arrivé sur les écrans parisiens un mois plus tard. Avec 440 660 entrées dans la capitale, le film à sketches a été une déception pour l’équipe de production. Certes, la province fut plus favorable avec un total de 1 721 215 entrées, mais ce résultat en demi-teinte en fait l’un des films les moins vus de Verneuil durant les années 50. De quoi expliquer son retour au sein de l’écurie Fernandel pour un nombre conséquent de comédies populaires.

Récemment exhumé par l’éditeur Coin de Mire dans une superbe restauration 4K, Brelan d’as intègre donc la prestigieuse collection avec son cortège de goodies et sa désormais fameuse séance comme au temps du cinéma de papa.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 8 octobre 1952

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Brelan d'as, l'affiche

© 1952 StudioCanal / Affiche : Jacques Bonneaud. Tous droits réservés.

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Brelan d'as, jaquette

Bande-annonce de Brelan d'as

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