Ad Vitam tente d’imiter les productions Tom Cruise sans bénéficier d’un scénario solidement charpenté, tandis que son aspect propagandiste à la gloire du GIGN rend le tout assez indigeste. Dispensable.
Synopsis : Après avoir échappé à une tentative de meurtre, Franck Lazarev doit retrouver sa femme Leo kidnappée par un mystérieux groupe d’hommes armés. Il est rattrapé par son passé et plongé dans une affaire d’Etat qui le dépasse…
Un film de genre entièrement porté par Guillaume Canet
Critique : Projet porté par Guillaume Canet depuis 2016, Ad Vitam a été inspiré à l’acteur-réalisateur par sa rencontre avec Thibault Lévêque, un ancien du GIGN, sur le tournage du film Netflix The Siege of Jadotville (Richie Smyth, 2016). Les récits de l’ancien gendarme ont fasciné le comédien qui a souhaité écrire une histoire autour de ce corps d’élite. Pour cela, il a fait appel à son complice Rodolphe Lauga qui fut son caméraman sur Les petits mouchoirs (2010), Blood Ties (2013) et son coscénariste sur Rock’n Roll (2017) et Nous finirons ensemble (2019).

© 2025 Netflix / Photographie : Christophe Brachet. Tous droits réservés.
Même si le projet tient particulièrement à cœur à Guillaume Canet, celui-ci préfère se concentrer sur son jeu d’acteur et sur son entrainement physique et délègue donc ici la réalisation proprement dite à Rodolphe Lauga qui n’en est pas à son coup d’essai puisqu’on lui doit déjà la comédie Situation amoureuse : C’est compliqué (2014) avec Manu Payet et La source (2019). Rien de vraiment remarquable ou personnel.
Une longue publicité pour le GIGN ?
Ad Vitam débute sur les chapeaux de roues avec quelques scènes d’action qui prennent acte de la modernisation des combats par Hollywood depuis maintenant plusieurs années. Ainsi, les coups portés font mal, les chorégraphies sont bien étudiées et la réalisation suit les mouvements des corps de façon à impliquer au maximum le spectateur dans l’affrontement. Pourtant, ce premier quart d’heure qui augure un long métrage tendu et pourvu d’une intrigue somme toute assez complexe se termine un peu brusquement par un flashback nous ramenant dix ans en arrière. Alors que ce passage sert initialement à nous présenter les personnages, il dure plus que de raison, constituant en réalité plus de la moitié du film.
Dès lors, le spectateur est invité à suivre l’entrainement et le quotidien d’une équipe du GIGN dans un esprit qui sonne comme de la pure propagande. Filmé comme un spot de l’armée, ce (très) long passage du film pâtit d’un manque de tension et d’une dilution progressive de l’intérêt du spectateur qui ne voit pas où tout cela peut bien mener. Ad Vitam n’est jamais désagréable car les comédiens font le job et que la réalisation tient la route, mais cela sonne bien trop comme un appel à candidature afin de pousser les jeunes à s’engager dans ce corps d’élite. Le tournage à l’intérieur du centre d’entrainement de Satory confirme cette participation pleine et entière de la Gendarmerie nationale dans la confection de ce tract à sa gloire.
De l’action débridée, mais pour quoi ?
On notera d’ailleurs que le thriller a aussi bénéficié d’un tournage sur la façade du Sacré-Cœur, ainsi que dans les jardins du château de Versailles pour une scène de cascade en voiture assez spectaculaire. Malheureusement, lorsque le long flashback se termine, il ne reste plus beaucoup de temps au cinéaste pour résoudre une intrigue emberlificotée qui accouche d’une souris. Ainsi, le métrage se résume en la traque classique d’un innocent qui doit prouver sa bonne foi, et en même temps sauver sa bienaimée. On peut regretter que la dimension politique soit traitée par-dessus la jambe, au point d’annuler tout intérêt pour ce film d’action pourtant rondement mené.

© 2025 Netflix / Photographie : Christophe Brachet. Tous droits réservés.
Ainsi, Rodolphe Lauga tente d’époustoufler le spectateur en reprenant quasiment plan par plan la poursuite en voiture de Les fils de l’homme (Alfonso Cuarón, 2006), et notamment son vertigineux plan-séquence tournoyant à l’intérieur de l’habitacle. Mais cette démonstration de virtuosité ne sert ici aucun propos vraiment intelligent ou profond. A côté de ces moments de bravoure, le cinéaste est capable de faux pas, notamment lors de la séquence en paramoteur, assez ridicule ou encore dans le surjeu de certains comédiens.
Un pur produit Netflix
Avec son final en forme de happy end expédié en deux minutes, Ad Vitam laisse donc une désagréable impression d’avoir été trimballé durant la totalité de la projection pour un résultat incohérent et bâclé. Il est une fois de plus dommage de constater une telle dépense d’énergie et de talents pour un rendu aussi médiocre.
Distribué dans le monde entier par Netflix, Ad Vitam n’est pas aussi calamiteux que Sous la Seine (Xavier Gens, 2024), nullité insauvable, mais il ne constitue pas pour autant un mets de choix. En cela, il vient seulement combler une case de plus sur la plateforme qui annonce déjà plusieurs dizaines de millions de vues pour ce film de genre français pourtant peu enthousiasmant. Mais se soucie-t-on encore de qualité quand le seul juge de paix est un diffuseur aux chiffres opaques ?
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 8 janvier 2025

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Biographies +
Rodolphe Lauga, Guillaume Canet, Alexis Manenti, Stéphane Rideau, Cyrielle Clair, Jean-Yves Berteloot, Zita Hanrot, Nassim Lyes (Nassim Si Ahmed), Fabrizio Rongione, Syrus Shahidi, Johan Heldenbergh, Stéphane Caillard
Mots clés
Cinéma français, Cinéma de genre français, Exclusivités Netflix, Thrillers français