Stephen Hopkins est un Yes-Man du cinéma hollywoodien, touche-à-tout, variant les genres, entre horreur et action, et films académiques pontifiants. Bref, ne cherchez pas en lui un auteur…
Stephen Hopkins, né en Jamaïque, voyage toute sa jeunesse au Royaume-Uni ou en Australie où il démarre une carrière dans l’audiovisuel. Clips vidéo (notamment pour Duran Duran), concerts (Mick Jagger…), et grosses publicités… lui servent de tremplin vers un premier long métrage australien, inédit dans nos salles, Dangerous Games. Le thriller horrifique à petit budget le propulse à Hollywood où New Line cherche un nouveau talent pour réaliser le cinquième épisode d’A Nightmare On Elm Street, alias Freddy 5: l’enfant du cauchemar. L’épisode marque un déclin commercial dans la série, y compris en France, devenant l’un épisodes les moins appréciés. Cela restera néanmoins l’un de ses films les plus sympathiques. Et, tristement, l’un de ses uniques succès commerciaux.
De Freddy 5 à Predator 2 : les suites s’enchaînent pour se faire la main
Associé au fantastique, le jeune cinéaste tourne également des épisodes de Tales from the Crypt, série tendance de l’époque. Paramount envisage de l’engager pour Simetierre que Mary Lambert réalisera.
Désormais, Stephen Hopkins est à Hollywood et va servir d’artisan à la solde des studios qui y verront un yes-man peu contraignant. La Fox lui propose un Predator 2 dans lequel personne ne croit, à commencer par Arnold Schwarzenegger qui décide de ne pas reprendre son personnage. La série B n’est pas à la hauteur du classique de McTiernan, mais artistiquement plaît aux fans de la saga. On notera qu’Hopkins n’avait jamais vu le premier opus lorsqu’on lui a proposé ce projet. Au box-office, le désastre enterre la franchise pendant près de 15 ans.
Les choses s’aggravent pour Hopkins avec Judgement Night, budget moyen de 21M$. Le thriller avec Emilio Estevez, Cuba Gooding Jr. et Denis Leary produit par Largo Entertainment, floppe intégralement en décembre 1993 rendant son exploitation mondiale difficile, en dehors du marché de la vidéocassette (La nuit du jugement, en VHS chez nous). Hopkins voulait John Travolta et Kevin Spacey, Ray Liotta et Christian Slater refusèrent tous le film… Ils ont bien fait.

© Universal Vidéo. All Rights Reserved
De belles stars hollywoodiennes, des sujets plus matures, Stephen Hopkins rêve de reconnaissance
En 1994, il connaît de nouveau l’échec avec Blown Away, un thriller terroriste paranoïaque, avec Jeff Bridges et Tommy Lee Jones. Le casting qui incarne des Irlandais (!) est mature et le public ne se sent pas concerné par cette production MGM alors en difficulté. A peine 116 000 spectateurs se déplacent en France et le film récolte 30M$ aux USA pour un budget au-dessus des 50M$.
Les choses se gâtent en 1996 avec L’ombre et la proie, récit tourné au Kenya et en Amérique du Sud, où il est question de fauves à chasser particulièrement friands de chair de colons. Tom Cruise et Kevin Costner sont sur les starting-blocks, mais finalement, Michael Douglas l’emporte ; il est accompagné de Val Kilmer – qui sort de Batman Forever . Entre un casting particulièrement difficile de par les conditions climatiques et l’environnement hostile, la production Paramount vire au désastre. Douglas, homme de caractère ne s’entend pas avec Hopkins et impose son propre actor’s cut, focalisé sur ses scènes. Evidemment, mal vendu, ce thriller colonial hors du temps explose au box-office avec 390 000 entrées en France et à peine 38M$ aux USA.
Stephen Hopkins, pion à la solde d’Hollywood perdu dans l’échec
Désormais pion à la solde d’Hollywood, Stephen Hopkins comble les génériques sans jamais laisser transparaître l’âme d’un auteur. Le grand gaillard d’1m88 réalise un nouveau film de science-fiction en 1998, Lost in Space, adaptation nanardesque d’une série des années 60, avec William Hurt, Matt LeBlanc et Gary Oldman.
Egratigné par la presse, Perdus dans l’espace a bien du mal à atteindre les 70M$ aux USA pour un budget de 90M$. Dans le monde, cette torture cinématographique parviendra à grappiller 60M$ supplémentaires, pas de quoi en faire un succès à l’arrivée. Mais les Français sont 757 000 à le découvrir lors des fêtes de Noël. Heureusement, pour New Line, le film est lancé lorsque le DVD s’envole aux USA, ce qui permet de générer une source de revenus supplémentaires.

© 1994 Metro Goldwyn Mayer Inc. All Rights Reserved
Stephen Hopkins livre en 1999 un remake de Garde à vue de Claude Miller, avec Monica Bellucci, Thomas Jane, Morgan Freeman et Gene Hackman. Sélectionné à Cannes, où il est présenté hors compétition, Suspicion (Under Suspicion) est coproduit par TF1, mais la production de 25M$ sera un énorme échec, notamment aux USA où il ne réalisera même pas 300 000$. En France, le film réalisera la moitié de ses recettes mondiales catastrophiques (1 308 000$). 310 000 Français se laisseront charmer par la beauté vénéneuse de Monica Bellucci. Depuis, ce polar stylé a été totalement oublié. Mais quelle perte d’argent ! De quoi calmer les ardeurs de TF1 dans les productions internationales, cela va sans dire.
Un téléfilm au cinéma et une parenthèse enchantée pour un Yes Man mal-aimé
Quatre ans plus tard, Stephen Hopkins réalise à la fois son film le plus apprécié par la presse mais également son moins vu. The Life and Death of Peter Sellers (Moi, Peter Sellers), biographie avec Geoffrey Rush, Charlize Theron, Emily Watson, et John Lithgow, réalise à peine 1 789 000$ au box-office mondial, et trouve 22 000 spectateurs en France. Le film a pourtant été sélectionné à Cannes en 2004, et a reçu deux nominations et prix aux Golden Globes. Soyons juste, Moi, Peter Sellers était en fait un téléfilm dont la qualité lui a permis de trouver quelques marchés bienvenus : l’Espagne, la France, l’Italie, l’Islande, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, l’Australie… et aux USA, il connut une sortie limitée.
Bref, une réussite dans son genre.
Un fléau s’abat sur sa carrière et le renvoie (presque) définitivement à la petite lucarne
Après un téléfilm avec Idris Elba (World of Trouble, 2005), Stephen Hopkins enchaîne avec un film d’épouvante impersonnel dans la tradition des bondieuseries des années 2000. Les châtiments, probablement son pire long est pontifiant avec son lot d’acteurs qui cachetonnent Hilary Swank, David Morrissey et Idris Elba, et ses effets spéciaux numériques risibles. Le résultat n’est pas à la hauteur des attentes de Warner qui doit se contenter de 25M$ aux USA pour un budget de 50M$. La filiale française en tire 192 000 spectateurs en France. Assez minable.
Les différents échecs d’Hopkins le relèguent essentiellement à la télévision dans les années 2000 et 2010. En guise de “châtiment”, il bosse sur 24 heures, la mini-série Traffic, Californication, Shameless, House of Lies, 24: Legacy, la série Liaison, avec Vincent Cassel, Eva Green, Gérard Lanvin, et Peter Mullan dans les années 2020. Il faut bien nourrir son homme et payer des impôts. Réalisateur est un métier comme les autres. Stephen Hopkins caresse toujours l’espoir d’un come-back sur le très grand écran et celui d’une reconnaissance tardive.
Son ultime film de cinéma est l’académique La couleur de la victoire (Race), biopic sur l’athlète Jesse Owens lors des Jeux Olympiques de 1936… Le film décroche des critiques positives aux USA, mais les recettes au box-office mondial dépassent à peine les 25M$. Distribué par la Belle Company dans 192 salles, le film trouve 161 000 spectateurs. Encore aujourd’hui, quand on connaît la carrière de cet honnête artisan hollywoodien, on a bien du mal à associer ce film à son œuvre. Question de préjugé, très certainement.

Affiche : Silenzio – Copryrights : Trinity Rage GMBH /Jesse Race Productions Quebec. All Rights Reserved.
Filmographie de Stephen Hopkins
- 1987 : Dangerous Game
- 1989 : Freddy 5 : L’Enfant du cauchemar (A Nightmare On Elm Street – Part 5 : The Dream Child)
- 1990 : Predator 2
- 1993 : La Nuit du Jugement
- 1994 : Blown Away
- 1996 : L’Ombre et la Proie (The Ghost and the Darkness)
- 1998 : Perdus dans l’espace (Lost in space)
- 2000 : Suspicion (Under Suspicion)
- 2004 : Moi, Peter Sellers (The Life and Death of Peter Sellers)
- 2007 : Les Châtiments (The Reaping)
- 2016 : La Couleur de la victoire (Race)

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