Signes extérieurs de richesse, l’un des succès de l’année 1983, marque la rencontre de deux monstres du cinéma avec une petite différence d’âge. Le résultat, sardonique quant à l’avènement de Mitterrand et des années “fisc” au pouvoir, est désuet, mais non sans charme. Une rareté désormais disponible au format physique.
Synopsis : Riche patron d’une clinique vétérinaire, Jean-Jacques Lestrade habite un luxueux appartement et fréquente le Tout-Paris. Tout va bien jusqu’au jours où débarque Béatrice Flamand redoutable inspectrice des impôts.
Critique : 1981. Jacques Monnet émerge à la réalisation, après des seconds rôles comme acteur notamment chez Jean-Jacques Annaud. Sa comédie Clara et les chics types, écrite par Jean-Loup Dabadie, affiche un casting XXL. Isabelle Adjani, Daniel Auteuil, Josiane Balasko, Christophe Bourseiller, Christian Clavier, Thierry Lhermitte, Marianne Sergent, Monique Chaumette sont en tête d’affiche d’une comédie dans l’air du temps. Le succès est néanmoins relatif, malgré l’exposition croissante d’Adjani dans les médias. Néanmoins, Monnet le jovial réitère très vite avec une comédie de dialogue et de situation qui ironise sur l’arrivée de la révolution socialiste au pouvoir, François Mitterrand, élu président en 1981, en mettant en scène la vague d’inspections approfondies dans le patrimoine des grands patrons.
Jacques Monnet a développée cette séduisante idée avec Alain Godard qui avait auparavant signé les scripts de deux longs où il apparaissait comme acteur (Coup de tête de Jean-Jacques Annaud et C’est pas moi, c’est lui de Pierre Richard). Godard finira par mettre sa patte au script du Nom de la Rose du même Jean-Jacques Annaud (1986).
Signes extérieurs de richesse permet au cinéaste de retrouver Josiane Balasko qui trouve son premier rôle important hors du Splendid ; elle figurait déjà au casting de Clara et les chics types. Une belle promotion pour la vedette des Hommes préfèrent les grosses de Jean-Marie Poiré (1981), aussi premier rôle féminin du Maître d’école de Claude Berri (1981) ; elle donne la réplique à une star, une vraie, Claude Brasseur, dont la puissante carrure depuis les années 50, en fait un acteur omniprésent à la fin des années 70 et au début des années 80 (Une histoire simple, La guerre des polices, La Banquière, La Boum 1 & 2, Légitime violence, La Crime…).
L’acteur, à la porte de la cinquantaine, exulte en riche vétérinaire des quartiers cossus, présent dans les pages des magazines people… Gentil, généreux, mais aussi homme de son époque, avec une forte tendance à se distraire auprès de jeunes femmes que l’on n’imagine pas s’intéresser à autre chose que son portefeuille, le vétérinaire a affaire à un redressement fiscal en la personne d’une inspectrice des impôts carrée, mais timide. Il la qualifie de “boudin” au premier malentendu. Cela ne perturbe pas plus la femme des années 80 qu’elle est, et que Josiane Balasko s’amusait à jouer. Elle est ici une vieille fille qui se rêve d’hommes célèbres et qui vit seule avec son chien… Elle est donc “le boudin” dans le cinéma hypersexué des playmates des années 80, mais sans que cela ne fâche la comédienne qui, jusqu’alors avait rarement été aussi sobre. C’est assez étonnant de sa part à ce moment de sa carrière entièrement bâtie sur sa gouaille, jusqu’au final de conte de fées peu plausible et précipité qui marque l’inévitable rapprochement entre les deux protagonistes.

Illustration © Jean Mascii
Box-office de Signes extérieurs de richesse
Si les critiques n’ont pas été emballés par la réalité de son script, Signes extérieurs de richesse a plutôt bien fonctionné en 1983, achevant l’année en 47e place annuelle, avec 1 074 000 entrées, juste derrière Circulez y a rien à voir ! (1 084 000), Le retour des bidasses en folie (1 106 000), Attention! Une femme peut en cacher une autre (1 107 000), La femme de mon pote (1 485 000), Le bourreau des cœurs (1 652 000), L’Africain (1 786 000), Banzaï (3 766 000), Papy fait de la résistance (4 100 000), et Les Compères (5 950 000), pour ne citer que les comédies françaises qui ont marqué cette année record.
Durant une année 1983 faste pour l’exploitation, avec deux films à plus de 5 millions d’entrées, 5 longs à plus de 4 millions d’entrées, 6 à plus de 3 000 000 et 4 films à plus de deux millions d’entrées, soit la meilleure année en 15 ans…, Balasko et Brasseur s’en sortent avec les honneurs. Après des seconds rôle culte dans Le père Noël est une ordure et Papy fait de la résistance, Balasko compose bien et s’apprête à passer la deuxième moitié de la décennies dans des comédies urbaines (La Smala, Sac de Noeuds, Nuit d’ivresse, Les Frères Pétard et Les Keufs). Claude Brasseur poursuivra dans la comédie avec Le Léopard, film d’aventure à gros budget avec Dominique Lavanant qui sous-performera en 1984, Souvenirs, souvenirs d’Ariel Zeitoun, Palace d’Edouard Molinaro ou encore La Gitane de Philippe De Broca, mais ce dernier, avec 1 248 000 entrées, sera vécu comme une contre-performance pour Alain Terzian. Il marquera la fin du jeu de playboy pour Claude Brasseur qui, entre temps, avait cru bon devenir l’amant de Sophie Marceau, de 30 ans sa cadette, peu après avoir joué son père dans La boum.

Design : Dreano, 2026 Rimini Editions. © 1987 Studio TF1 Cinéma, Les Films Flam, France 2 Cinéma. All Rights Reserved.
Programmé dans les cinémas parisiens pendant quatre mois, jusqu’en mars 1983, Signes extérieurs de richesse sera édité en VHS à la rentrée 1984, mais ne semble avoir connu qu’une édition en VHS, chez RCV. S’il sortira en DVD, chez TF1 Studio, au sein d’un coffret Jean-Pierre Marielle de 7 films, il faudra attendre février 2026 pour le découvrir réellement en DVD. L’éditeur Rimini Editions le propose dans sa collection Balasko au format DVD simple et Blu-ray. Un must-have pour les collectionneurs en raison de la rareté du film sur support physique.
Signes extérieurs de richesse a été diffusé sur Canal+ en juillet 1985 et connaîtra des diffusions plurielles en prime time à la télévision, se façonnant une petite réputation. Mais ceux qui connaissent le mieux le film sont peut-être les fans de Johnny Hallyday. L’idole des jeunes des années 60, alors dans le creux de la vague en 1983 avant son revival mythique au milieu des années 80 grâce à Michel Berger et Jean-Jacques Goldman, cosigne la musique. Il sort le titre éponyme en face B, en juin 1983. L’occasion pour l’idole des jeunes de s’en prendre à la politique de Mitterrand et notamment à son impôt sur les grandes fortunes. Une chanson politique qu’il ressort dix jours avant la distribution du film en salle, mais cette fois-ci en face A, avec un visuel mettant en avant l’affiche de la comédie et non plus son visage.
Les sorties de la semaine du 9 novembre 1983
Le test blu-ray
Signes extérieurs de richesse est issu de la collection Josiane Balasko chez Rimini. Celle-ci comprend également les films Les hommes préfèrent les grosses, Sac de nœuds, Ma vie est un enfer et Nuit d’ivresse. Outre Signes extérieurs de richesse, cette collection inclut également, depuis février 2026, Les keufs.
C’est la première fois que le DVD du film est édité hors coffret Jean-Pierre Marielle, et, évidemment, il s’agit de sa première parution en blu-ray.
Packaging & Compléments : 3 / 5
A l’image des autres films de la collection, Signes extérieurs de richesse profite d’une jaquette fournie, aux antipodes de l’affiche originale qui ne comportait que deux personnages sur fond blanc. Ici, on y reconnaît Jean Reno qui ne fait pourtant qu’une petite apparition dans le film (et les bonus). Le graphisme est signé Sébastien Dréano (By Dreano) qui a récemment accouché des visuels de Dr. Wai, Sissi, Histoires de fantômes chinois, Black Mask, The Master et de tous les autres titres de la collection Balasko. L’amaray bleu est accompagné d’un sur-étui cartonné.
Au niveau des suppléments audiovisuels, la déception est de mise. Le morceau d’interview de Josiane Balasko ne dure que huit minutes, avec de longs extraits du film inclus. A part une remarque sur la taille du nez du cinéaste, Balasko est peu évocatrice au sujet de cette œuvre dont elle avait aimé les dialogues. L’actrice ne revient que trop brièvement sur Claude Brasseur, Jean-Pierre Marielle, qu’elle admirait, mais finit avec une anecdote marrante sur son propre contrôle fiscal qui suivit la sortie du film.
L’image du blu-ray : 4 / 5
La copie est pimpante et redonne quelques couleurs au Paris tristounet des années 80. La photographie originale est mise en exergue ; elle est ici éclatante. Le rendu peut parfois paraître artificiel, mais rien de rédhibitoire. Nous n’avions jamais vu cette œuvre dans de pareilles conditions.
Le son du blu-ray : 4 / 5
La piste est ad-hoc et parfaitement adaptée au matériau original : une comédie de dialogues tournée en Mono. En effet, proposé en Dual Mono pour donner plus d’épaisseur sonore, Signes extérieurs de richesse savoure des dialogues audibles et détachés, avec une belle dynamique musicale de par la présence du titre de Johnny Hallyday qui bénéficie de l’exercice de restauration.
Test blu-ray : Frédéric Mignard
Sortie en blu-ray le 17 février 2026 (Rimini Editions)

Design : Dreano, 2026 Rimini Editions. © 1983 TF1 Films Productions.
Biographies +
Jacques Monnet, Josiane Balasko, Claude Brasseur, Jean-Pierre Marielle, Charlotte de Turckheim, Jean Reno, Pascale Ogier, Eva Harling, Roland Giraud, Jean Rougerie, Claude Legros, Maaïke Jansen

