Film d’action typique de la touche Besson, Week-end à Taipei de George Huang propose quelques bonnes scènes d’action pêchues au milieu d’un scénario terriblement clicheton.
Synopsis : John Lawlor est un redoutable agent de la DEA pour qui le travail passe avant tout. De l’autre côté du globe, Joey Kwang vit sa vie pied au plancher. Au volant, il n’y a pas meilleur pilote qu’elle. Ils se sont rencontrés à Taipei. Leur histoire a été folle, brulante, passionnée. Mais de courte durée… Quinze ans plus tard, le destin les réunit de nouveau à Taipei. Les émotions enfouies refont surface. Dans un monde où le danger rôde à chaque coin de rue, seule la passion qui les avait unis autrefois pourra les sauver…
Retour à la grosse série B pour le producteur Luc Besson
Critique : Au moment de la réalisation de Lucy (2014), Luc Besson et sa compagne Virginie Besson-Silla tombent sous le charme de Taipei, la capitale de l’ile de Taïwan et se promettent de revenir un jour y tourner un autre film. Entre-temps, l’empire de Luc Besson s’est effondré à la suite de l’échec financier de Valérian et la Cité des mille planètes (2017) qui a amorcé une décennie noire pour le cinéaste et producteur. Pris dans la tourmente entre de multiples échecs commerciaux, mais aussi des problèmes judiciaires liés à des accusations de viol qui ont débouché sur un non-lieu définitif de la part de la justice en 2023, Luc Besson a eu du mal à conserver son empire basé sur EuropaCorp.

© 2024 EuropaCorp, Rabbits Black. Tous droits réservés.
Finalement, après bien des vicissitudes, il choisit de revenir à ses fondamentaux en tant que scénariste et producteur en misant sur un pur film d’action de série B. Pour cela, il s’inspire de ses succès passés, notamment avec la trilogie Taken (2008-2014) qui mettait en scène la lutte de Liam Neeson, alors un acteur en perte de vitesse, pour sauver sa famille dans un pays étranger. Cette formule simple a déjà été maintes fois utilisée par Besson, notamment sur From Paris with Love (Pierre Morel, 2010) avec John Travolta, 3 Days to Kill (McG, 2014) avec Kevin Costner et il la reprend pour Week-end à Taipei (2024) avec cette fois-ci le comédien has been Luke Evans.
Un pur produit Besson
Si Luc Besson a travaillé sur le scénario avec le cinéaste américain George Huang (l’excellent Swimming with Sharks qui remonte tout de même à 1994), le spectateur reconnaîtra immédiatement la patte du maître d’EuropaCorp. Comme à son habitude, Besson n’a pas regardé à la dépense malgré ses problèmes financiers et a ainsi mobilisé environ trente millions de dollars pour donner une allure de blockbuster à sa série B. Les images sont léchées et tout respire l’opulence au sein de cette production qui a bénéficié de l’aide du gouvernement taïwanais au cours de son tournage (trois mois durant l’année 2023).
Reconnaissable également, l’intrigue propulse un agent américain à Taïwan afin de mettre sous les verrous un trafiquant de drogue international. Une fois sur place, il va retrouver son ancien amour qui lui a caché l’existence d’un fils qui a désormais une quinzaine d’années. A partir de là, l’agent va devoir non seulement arrêter le truand redoutable, mais aussi protéger les siens. Autant dire que Luc Besson n’a pas fait dans l’originalité avec ce scénario très clicheton, mais qui fonctionne plutôt correctement dans le cadre d’une simple série B d’action.
Des scènes d’action plutôt efficaces
Car en matière de castagne, le producteur n’a pas lésiné et Week-end à Taipei propose quelques beaux moments. On pense notamment à une séquence impressionnante dans les cuisines d’un grand restaurant où le héros doit venir à bout de quatorze adversaires à coups d’ustensiles divers et variés. Il faut reconnaître que Luke Evans, acteur tout juste passable, s’en sort plutôt bien en variante habile d’un Liam Neeson ou d’un Jason Statham. Par la suite, Luc Besson ne peut s’empêcher de proposer une fusillade démentielle au cœur d’un hôtel de luxe. Enfin, le film multiplie également les courses poursuites en bolides (ici des Ferrari) comme au temps de la saga Taxi.
Ainsi, dans Week-end à Taipei, tout possède un air de déjà-vu, mais cela n’est jamais désagréable car on aimait ce type de cinéma décomplexé tourné pied au plancher par des exécutants plus ou moins valeureux. Pour ce qui est de George Huang, sa réalisation est globalement efficace, même s’il ne parvient pas à optimiser le combat final entre Luke Evans et le méchant interprété avec talent par Sung Kang.
Plusieurs références plairont aux cinéphiles
Très cinéphile, George Huang utilise la musique de Diamants sur canapé (Blake Edwards, 1961) lors d’une séquence de vente de voiture, avant de proposer des extraits entiers du Secret des poignards volants (Zhang Yimou, 2004) projetés dans le cinéma qui sert de cadre à la scène finale. Enfin, les mélomanes reconnaîtront une nouvelle version orchestrale de l’excellente chanson Paint It, Black des Rolling Stones. De quoi donner quelques satisfactions aux cinéphiles et mélomanes les plus pointus.

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Bien entendu, le résultat final est limité par le peu d’enjeux d’un script écrit à la louche et dépourvu de la moindre psychologie. De même, on demeure toujours circonspect devant le jeu particulièrement faible de Luke Evans qui n’avait pas été vu sur un grand écran depuis plusieurs années. Ainsi, ses derniers grands rôles datent tout de même de 2017 et notamment de sa prestation en Gaston dans La Belle et la Bête (Bill Condon, 2017). Depuis sa carrière bat sérieusement de l’aile. Sa présence en tête d’affiche n’a donc certainement pas aidé cette production sympathique à connaître le succès.
Un nouvel accident industriel pour Luc Besson
Pire, Week-end à Taipei est un nouvel accident industriel pour Luc Besson et EuropaCorp. Sorti aux Etats-Unis début novembre 2024, le film d’action n’a engrangé que 608 034 $ de recettes. Une misère par rapport à ses 30 millions de dollars de budget. Dans le monde entier, le film n’a réussi à glaner que 2,9 M$. Une sacrée déconvenue !
En France, Apollo Films a distribué le long métrage dès le 25 septembre 2024 sur une combinaison plutôt correcte de 258 salles. En première semaine, le Besson Movie a attiré 62 542 amateurs de castagne et de grosses bagnoles. Sa 11ème place hebdomadaire n’était clairement pas la promesse d’un futur succès. Ce fut même l’un des pires démarrages pour un film EuropaCorp. La semaine suivante, le métrage perd déjà 50 % de ses entrées avec 31 054 retardataires (total de 93 596). La dégringolade se poursuit en troisième tournée et le film passe péniblement la barre symbolique des 100 000 tickets.
Un flop et une absence de format vidéo physique
La course poursuite cesse définitivement au bout d’un mois puisque le film est tout bonnement retiré de l’affiche, car les exploitants voient leurs salles désespérément vides. Au total, Week-end à Taipei a rassemblé 110 819 mecs, ce qui en fait une catastrophe. D’ailleurs, le métrage n’a même pas eu le droit à une sortie au format physique en France. Pour trouver un blu-ray, il faut aller chercher du côté de l’Allemagne chez l’éditeur Leonine, mais sans sous-titres français. Le seul recours pour ceux qui souhaitent découvrir cette œuvre largement dispensable demeure donc la VOD.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 25 septembre 2024
Voir le film en VOD

© 2024 EuropaCorp, Rabbits Black / Affiche : Leroy & Rose. Tous droits réservés.
Biographies +
George Huang, Luke Evans, Kwai Lun-mei, Sung Kang
Mots clés
Cinéma français, Cinéma de genre français, Films d’action, Les productions Luc Besson, EuropaCorp, Les flops de l’année 2024