Guerre des gangs à Okinawa : critique du film et test blu-ray (1971)

Film de gangsters, Action, Thriller | 1h33min
Note de la rédaction :
8/10
8
Guerre des gangs à Okinawa, jaquette blu-ray

  • Réalisateur : Kinji Fukasaku
  • Acteurs : Hideo Murota, Tomisaburô Wakayama, Tsunehiko Watase, Kôji Tsuruta, Noboru Andô
  • Date de sortie: 12 Jan 1971
  • Année de production : 1971
  • Nationalité : Japonais
  • Titre original : Bakuto gaijin butai (博徒外人部隊)
  • Titres alternatifs : Sympathy for the Underdog (titre international) / Guerra de Gangues em Okinawa (Brésil) / Simpatía por el más débil (Argentine)
  • Casting : Kôji Tsuruta, Noboru Andô, Tomisaburō Wakayama, Tsunehiko Watase, Akiko Kudô, Kenji Imai, Harumi Sone, Tōru Yuri, Asao Uchida, Hideo Murota, Keijirô Morozumi, Keiichi Kitagawa, Hiroshi Hasegawa, Akikane Sawa, Kaku Takashina, Kôji Hio, Genji Kawai, Shinobu Miura, Chie Kobayashi, Tooru Hanada, Hajime Kubo, Tomotaka Ueda, Asaji Yoshinoura, Hajime Nakasone, Osman Yusuf, Ray Bosman, Willie Dorsey, Carlton Smilney, Roosevelt Saline, Obera Edwards, Rin'ichi Yamamoto, Tadao Nakamaru, Asao Koike, Jirô Yabuki
  • Scénaristes : Kinji Fukasaku, Fumio Kônami, Hirô Matsuda
  • Monteur : Osamu Tanaka
  • Directeur de la photographie : Hanjirô Nakazawa
  • Compositeur : Takeo Yamashita
  • Chef décorateur : Hiroshi Kitagawa
  • Directeur artistique : Hiroshi Kitagawa
  • Producteurs : Kôji Shundô, Toru Yoshida
  • Société de production : Toei Company
  • Distributeur : Film inédit dans les salles françaises. La date ci-dessus est celle de la sortie japonaise.
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeurs vidéo : Wild Side Video (DVD, 2004) / Roboto Films (blu-ray, 2026)
  • Dates de sortie vidéo : 1 janvier 2004 (DVD) / 23 septembre 2026 (blu-ray)
  • Classification : Non présenté au CNC
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © Roboto Films. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Toei Company. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : 9ème film de la franchise Bakuto
Note des spectateurs :

Alternant folie furieuse et calme contemplatif, Guerre des gangs à Okinawa de Kinji Fukasaku fait preuve d’une liberté folle et d’un nihilisme qui annonce les œuvres futures d’un cinéaste intransigeant. Galvanisant.

Synopsis : Gunji Sadao sort de prison après 10 ans de détention. Son clan n’existant plus, il décide de réunir à nouveau ses troupes pour tenter leur chance à Okinawa. Mais la pègre locale est déjà bien implantée, et soutenue par les Américains en place.

Le neuvième volet de la saga Bakuto

Critique : En 1964, la firme Toei a rencontré un gros succès avec le film Bakuto (Shigehiro Ozawa, 1964) qui mettait en scène les aventures d’un yakuza interprété par la star du genre Kôji Tsuruta. Dès lors, les producteurs vont décider de construire une anthologie de films intitulés Bakuto, mais dont chaque long métrage est indépendant des autres. Le seul point commun vient de la présence au générique de Kôji Tsuruta.

Au total, la saga Bakuto compte dix titres, dont le neuvième s’intitule Bakuto gaijin butai, soit Guerre des gangs à Okinawa, réalisé par Kinji Fukasaku en 1971. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cinéaste frondeur fait tourner Kôji Tsuruta, ni même qu’il signe un épisode de cette anthologie, puisqu’on lui doit déjà Bakuto kaisan-shiki (1968).

La bataille d’Okinawa

Toutefois, avec Guerre des gangs à Okinawa, Kinji Fukasaku a largement réécrit le script de Fumio Kônami et Hirô Matsuda afin de le situer dans l’île d’Okinawa, alors toujours sous la domination américaine. En fait, le cinéaste a indiqué dans ses entretiens qu’il venait juste de découvrir La Bataille d’Alger (Gillo Pontecorvo, 1966) et qu’il a été profondément marqué par la liberté avec laquelle le cinéaste avait décrit la libération d’un peuple colonisé. Il a donc voulu adopter la forme d’un tournage guérilla pour donner une impression quasiment documentaire à son long métrage.

Guerre des gangs à Okinawa, jaquette blu-ray

© 1971 Toei Company LTD. Tous droits réservés.

Bien entendu, cet apport personnel est considérable puisque ce qui donne son identité à ce film de yakuza vient justement d’un tournage peu commun et d’un décor assez rarement vu au cinéma. Tout d’abord, le cinéaste se régale à tourner dans les rues de la ville portuaire de Naha sans autorisation, à tel point que les passants regardent la caméra, voire saluent l’équipe. Fukasaku ne cesse de filmer les enseignes en langue anglaise, tandis qu’il insiste sur la mainmise des Etats-Unis sur l’archipel en insérant des musiques jazzy et funk, à tel point qu’on se croirait parfois dans un film de la Blaxploitation.

Une critique à peine voilée de la présence américaine au Japon

Pour Kinji Fukasaku, cinéaste contestataire et très politisé, cela revient à critiquer la présence américaine sur le territoire japonais, d’autant qu’il va ensuite filmer le déclin d’un monde traditionnel face à l’intrusion de la modernité. Ainsi, le gang de yakuzas tenu par le charismatique Kôji Tsuruta (qui ne quitte quasiment jamais ses lunettes noires, un effet de style du meilleur effet) se voit peu à peu dépassé par tous leurs concurrents, et ceci malgré leur grand sens du code de l’honneur.

Alors que le scénario met en avant un nombre impressionnant de protagonistes, Kinji Fukasaku parvient à tous nous les présenter en seulement cinq minutes sans que l’on ne soit jamais perdu. Cette présentation a d’ailleurs été largement reprise (pillée ?) par un certain Quentin Tarantino, deux décennies plus tard. En réalité, le spectateur va suivre la conquête d’un large territoire par un petit groupe d’hommes déterminés. Le tout est marqué par des séquences d’ultraviolence avec fusillades dantesques – qui s’inspirent clairement de La Horde sauvage (1969), chef d’œuvre de Sam Peckinpah et qui vont ensuite influencer des réalisateurs comme John Woo.

Du pur cinéma hard-boiled

Toutefois, comme dans le western spaghetti auquel on pense également beaucoup, ces moments de grande violence sont toujours contrebalancés par des passages plus contemplatifs, sans musique et marqués par des gros plans sur les yeux des protagonistes. Lorsque la violence se déchaîne, Kinji Fukasaku opte pour un chaos total, mais faussement bordélique. En réalité, le spectateur parvient toujours à se repérer, ce qui est manifeste dans la dernière séquence, magnifique attaque suicide sur les quais du port de Naha. Toute la fureur du cinéaste éclate dans cette scène sanglante faisant preuve d’un nihilisme qui n’ira qu’en s’accentuant dans ses œuvres ultérieures.

Le métrage ne serait pas aussi réussi sans la complicité des comédiens, tous excellents. Que ce soit Kôji Tsuruta en chef inquiétant, Noboru Andô en homme de main implacable, mais aussi l’extravagant Tomisaburō Wakayama (l’imposant héros de la saga Baby Cart, c’est lui). Ainsi, Guerre des gangs à Okinawa n’est pas uniquement un polar hard-boiled d’une sécheresse implacable à la Don Siegel ou Samuel Fuller, mais également une analyse pertinente d’un Japon en pleine crise de conscience après une domination américaine qui n’est alors pas encore totalement terminée. Le tout dans une ambiance crépusculaire saisissante.

Une œuvre inédite en salles, à (re)découvrir d’urgence

Comme la plupart des œuvres de Kinji Fukasaku, Guerre des gangs à Okinawa n’est jamais sorti sur les écrans français et il a fallu attendre le début des années 2000 (à l’occasion de la sortie de Battle Royale en 2001) pour que l’éditeur Wild Side Vidéo propose le long métrage en DVD en duo avec Okita le pourfendeur (1972), une autre réussite du réalisateur. Désormais, le film de gangsters a le droit à une très belle édition en blu-ray chez Roboto Films.

Critique de Virgile Dumez

Acheter sur le site de l’éditeur

Voir le film en VOD

Guerre des gangs à Okinawa, jaquette blu-ray

© 1971 Toei Company LTD. Tous droits réservés.

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Kinji Fukasaku, Hideo Murota, Tomisaburô Wakayama, Tsunehiko Watase, Kôji Tsuruta, Noboru Andô

Mots clés

Cinéma japonais, Les gangsters au cinéma, Les affrontements au cinéma, Les îles au cinéma, Roboto Films

 

Le test du blu-ray

Roboto Films a mis les petits plats dans les grands avec cette très belle édition de Guerre des gangs à Okinawa, pleine de bonus et de goodies, le tout présenté dans un coffret épais. Test réalisé à partir du produit finalisé qui sort en édition très limitée (on vous conseille de précommander).

Packaging & Compléments : 5 / 5

Le blu-ray du film est proposé dans un coffret épais qui contient un boitier Amaray classique, mais qui arbore des affiches japonaises du long métrage, ce qui diffère du visuel du coffret. Ce dernier contient également un poster 50x40cm de l’affiche japonaise, six photos plastifiées en noir et blanc issues du tournage et enfin un livret de 40 pages écrit par Malik-Djamel Amazigh Houha. Celui-ci reprend quasiment le film scène par scène et délivre des analyses assez pointues que nous n’avons pas reprises dans notre critique, afin de ne pas faire doublon.

Sur la galette elle-même, Roboto Films nous propose de suivre un échange entre Fausto Fasulo et Stéphane du Mesnildot (27min) où chacun des deux critiques prennent la parole à tour de rôle. Ils se souviennent notamment de leur découverte du film dans les années 2000, puis donnent des précisions sur le style développé par Kinji Fukasaku et son influence sur d’autres cinéastes. Bien entendu, ils montrent également ses sources d’inspiration. Le tout est riche en informations et pertinent.

Enfin, l’éditeur nous offre un commentaire audio de Nathan Stuart en langue anglaise (sous-titrée français) d’une impressionnante profusion. Le critique maîtrise parfaitement son sujet et prend le temps d’entrer dans les détails, au risque de perdre un peu les néophytes. Son débit rapide ne se tarît jamais et permettra aux cinéphiles pointus de tout connaître sur ce long métrage. Enfin, l’éditeur conclut sa galette avec plusieurs trailers.

L’image du blu-ray : 4 / 5

Guerre des gangs à Okinawa a été clairement restauré, offrant souvent de très belles images, d’une belle netteté et faisant honneur au support blu-ray. Bien évidemment, les séquences tournées à l’arrache dans les rues de Naha offrent un confort de visionnage moins évident par leur caractère documentaire, mais cela octroie également au long métrage un charme fou. Enfin, signalons une belle fluidité des images, ce qui était fondamental pour une œuvre qui frôle parfois l’hystérie.

Le son du blu-ray : 4 / 5

Présenté uniquement en version originale sous-titrée puisque le film n’est jamais sorti en France, Guerre des gangs à Okinawa est paré d’un DTS-HD Master Audio 2.0 plutôt efficace et rentre-dedans. La musique jazz-funk ressort bien sans nous casser les oreilles, tandis que les voix des comédiens sont très bien mises en avant. L’équilibre est donc très satisfaisant, même si quelques petits craquements se font entendre de temps à autre, comme un rappel du temps qui passe.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

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