Ratage complet, la version 2024 de The Crow s’apparente à un produit formaté pour plateforme, avec une absence de point de vue artistique et des acteurs fades. Aucun intérêt.
Synopsis : Éric et sa fiancée Shelly sont sauvagement assassinés par un gang de criminels. Mais une force mystérieuse ramène Éric d’entre les morts, qui, doté de pouvoirs surnaturels, entreprend de se venger pour sauver son véritable amour.
The Crow, une franchise peu valeureuse
Critique : Dans sa prime jeunesse, le scénariste et dessinateur de bande dessinée James O’Barr a connu la perte de sa bienaimée, renversée par un automobiliste. Bien décidé à se venger, le futur auteur apprend que le chauffard est décédé entre-temps. Frustré de ne pouvoir assouvir sa pulsion de mort, il se jette dans la création d’une bande dessinée où il déverse toute sa souffrance. Il s’agit du comic book The Crow, marqué par un superbe noir et blanc, des influences gothiques évidentes et une radicalité dans la violence qui impressionnent toujours de nos jours.

© 2024 Metropolitan Filmexport. Tous droits réservés.
Adapté pour la première fois au cinéma en 1994, The Crow (Alex Proyas) est une très belle réussite sur le plan esthétique, tandis que l’acteur Brandon Lee trouve là le rôle le plus important de sa carrière, fauchée en plein vol lorsqu’il décède au cours du tournage. Pour sa part, James O’Barr estime qu’il s’agit de la meilleure adaptation possible de son travail et qu’il est impossible de faire mieux. Doté d’un budget très faible, The Crow est un beau succès aux States, ainsi qu’en France où il attire 854 986 spectateurs dans les salles obscures.
Comment relancer une franchise essorée par de multiples navets ?
De quoi initier une franchise qui n’allait rien apporter de plus à cette histoire. En 1996, The Crow : la cité des anges (Tim Pope) est un navet où l’acteur français Vincent Perez se ridiculise. Cela ne s’arrange pas avec The Crow 3 Salvation (Bharat Nalluri, 2000), improbable nanar interprété cette fois par Eric Mabius et la toute jeune Kirsten Dunst. Ce dernier métrage termine sa courte carrière française avec 48 532 entrées. Mais la franchise atteint des sommets de nullité avec The Crow : Wicked Prayer (Lance Mungia, 2005), exploité uniquement en vidéo sur la plupart des territoires. Enfin, il faut évoquer l’existence d’une série télé diffusée à la fin des années 90.
Depuis le début des années 2010, un projet de relance de la série est passé de mains en mains, alignant les prétendants comme des perles. Toutefois, ce n’est véritablement qu’en 2020 que le projet de reboot est relancé, avec cette fois-ci le réalisateur Rupert Sanders (Blanche-Neige et le Chasseur en 2012) aux commandes. Celui-ci va s’appuyer sur un scénario de Zach Baylin et William Schneider qui ne respecte pas vraiment la mythologie établie par James O’Barr dans sa bande dessinée.
Une histoire d’amour de pacotille
Afin de se distinguer du film culte de 1994, le scénario choisit d’être parfaitement linéaire en commençant par décrire l’histoire d’amour naissante entre Eric Draven et Shelly, deux pensionnaires d’un hôpital psychiatrique. Ce début nous rappelle d’ailleurs celui de Joker Folie à Deux (Todd Phillips, 2024), confectionné la même année par un studio concurrent. Le résultat est significativement similaire puisque l’on ne s’attache jamais aux deux protagonistes principaux interprétés par Bill Skarsgård (en manque cruel de charisme) et la chanteuse FKA Twigs (totalement fade et transparente). C’est bien simple, on ne croit pas une seconde à ce coup de foudre qui est si maladroitement écrit. Or, il s’agit des fondations de toute l’histoire qui s’inspire ici clairement du mythe d’Orphée et Eurydice.

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En fait, le scénario ne tient jamais la route à cause d’un manque d’approfondissement des caractères. Ainsi, on ne comprend jamais vraiment la raison des visions d’Eric Draven si ce n’est un vague trauma enfantin, mais le pire vient des objectifs peu clairs du méchant incarné par Danny Huston. Qui est-il vraiment ? Comment a-t ’il fait pour construire un tel empire ? Et enfin, le personnage de Kronos (joué par un Sami Bouajila un peu perdu) n’apporte absolument rien à l’intrigue, si ce n’est d’expliquer à Eric Draven ce qui lui arrive.
Une œuvre incohérente et sans vision d’ensemble
Ce manque de cohérence générale se retrouve également sur le plan stylistique puisque le cinéaste Rupert Sanders semble dépourvu de la moindre vision d’ensemble du film qu’il veut réaliser. Débutant par une esthétique globalement réaliste, le film s’enfonce ensuite dans un fantastique plus gothique, mais qui ne tutoie jamais la maestria du premier opus de 1994. Sa réalisation s’avère totalement impersonnelle et donne surtout l’impression de visionner un programme destiné à une plateforme plutôt qu’un vrai film de cinéma.
Même la scène de massacre à l’opéra (qui joue Robert le Diable, opéra de Giacomo Meyerbeer datant de 1831) n’arrive pas à susciter l’intérêt tant elle paraît absurde. Comment se fait-il qu’aucun spectateur n’entende les détonations qui résonnent dans les couloirs adjacents à la représentation ? Et pourquoi y a-t-il autant d’hommes de main armés dans cette salle de spectacle ? En fait, rien ne tient vraiment la route dans ce reboot totalement raté.
The Crow 2024, un pur accident industriel
D’ailleurs, les spectateurs du monde entier ne s’y sont pas trompés en boudant le spectacle. Aux Etats-Unis, le désaveu a été cinglant puisque le film n’a même pas généré 4 millions de billets verts lors de son premier week-end d’exploitation pour un budget initial de 50 M$. Au bout d’une seule semaine de présence dans le monde, le métrage n’avait amassé que 10.6M$. Pourtant, The Crow 2024 est sorti en plein été et aurait donc dû cartonner dès sa première semaine.
Lire notre article complet sur l’échec du film
En France, le désaveu est tout aussi radical car Metropolitan Filmexport a lancé le métrage dans 374 salles à partir du 21 août 2024, mais il n’atteint que la 15ème place du box-office national avec 78 059 anges déchus (et surtout déçus). Toujours dans la même combinaison de cinémas, The Crow dévisse de 55% en deuxième septaine avec seulement 34 946 retardataires, preuve d’un rejet massif. Sur la France, le film dépasse de justesse les 100 000 spectateurs. Comme les salles sont vides, les exploitants se débarrassent du bousin au bout d’un mois pour un total déplorable de 131 740 entrées, ce qui représente un petit million de dollars de recettes.
Au final, le navet n’a généré que 24 109 036 $ dans le monde, ce qui en fait l’un des plus gros accidents industriels de l’année 2024. Et sincèrement, il le mérite bien.
Critique de Virgile Dumez
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Mots clés
Cinéma américain, Les flops de 2024, Accident industriel, Les histoires d’amour malheureuses au cinéma, Les oiseaux au cinéma