Souhaitant ressusciter le film noir avec Marlowe, Neil Jordan enterre surtout définitivement le genre en livrant une œuvre moribonde et d’un ennui absolu. L’échec du long-métrage en est d’autant plus mérité.
Synopsis : En 1939, à Bay City en Californie, alors que la carrière du détective privé Philip Marlowe bat de l’aile, Clare Cavendish vient lui demander son aide pour retrouver son ancien amant, Nico Peterson, mystérieusement disparu. L’enquête de Marlowe va le mener au Club Cobata, repaire des habitants les plus influents et fortunés de Los Angeles. Mais rapidement, il se heurte à ses anciens collègues de la police alors qu’il fouine dans les coulisses de l’industrie hollywoodienne et dans les affaires de l’une des familles les plus puissantes de la cité des anges.
Evoquer Hollywood en tournant uniquement en Espagne et en Irlande
Critique : En 2014, le romancier irlandais John Banville publie sous le pseudonyme de Benjamin Black le polar La Blonde aux yeux noirs. Le Retour de Philip Marlowe qui entend redonner vie à un personnage culte créé par Raymond Chandler. Ce revival connaît un certain succès en librairie et cela motive la mise en chantier d’une adaptation cinématographique initiée par le scénariste William Monahan, déjà connu pour ses scripts inspirés pour Kingdom of Heaven (Ridley Scott, 2005), Les infiltrés (Martin Scorsese, 2006) ou encore Oblivion (Joseph Kosinski, 2013).
Après un temps d’hésitation, le réalisateur irlandais Neil Jordan se porte volontaire en 2021 pour réaliser ce long-métrage en hommage au film noir des années 40. Pour cela, il doit faire face à des impératifs budgétaires. Ainsi, le long-métrage censé se dérouler à Los Angeles est intégralement tourné entre l’Espagne et l’Irlande. Un sacré défi que de rendre crédible les lieux, d’autant que le scénario s’inscrit pleinement dans un contexte historique et géographique précis. Il s’agit notamment de dépeindre la Californie des années 30, avec en toile de fond les rivalités entre grands studios hollywoodiens.
Comme un air de Babylon, mais sans le talent
Si de prime abord, on pourrait rapprocher Marlowe du récent Babylon (Damien Chazelle, 2022) dans sa volonté de décrire le Hollywood des origines, ainsi que les dessous peu reluisants d’une industrie en plein essor, la comparaison s’arrête là tant le film de Neil Jordan semble à mille lieues de la réussite du Damien Chazelle. Autant le film avec Brad Pitt transpirait la passion du cinéma à chaque plan, autant Marlowe paraît avoir séjourné trop longtemps dans la naphtaline.

© 2022 Parallel Films (Marlowe) LTD / Hills Productions A.I.E. / Davis Films
Certes, la reconstitution d’époque est impeccable et on peut au passage saluer le travail magnifique opéré sur les décors par l’équipe de John Beard, mais aussi sur les costumes (par Betsy Heimann) et enfin sur la photographie par l’Espagnol Xavi Giménez, mais Marlowe pâtit d’une réalisation paresseuse d’un Neil Jordan décidément bien fatigué ces dernières années. En fait, dans Marlowe, rien ne fonctionne vraiment et ceci dès les premières minutes. La faute en revient en grande partie aux acteurs que l’on ne sent pas impliqués du tout et qui paraissent s’ennuyer ferme. Sensation qui se transmet naturellement au spectateur qui s’assoupit très vite devant une intrigue inintéressante au possible.
Des acteurs en mode zombis
Dès la présentation des personnages principaux, le spectateur sait que le temps paraîtra long car Liam Neeson n’y croit absolument pas. Il trimballe sa silhouette colossale comme dans les films d’action qu’il tourne à la chaîne depuis le succès de Taken (Pierre Morel, 2008). Le comédien ne semble même plus capable d’incarner quelqu’un d’autre que lui-même à l’écran. Ainsi, on ne voit jamais le détective de Chandler à l’écran, mais bien Liam Neeson dans le costume de Marlowe. Face à lui, Diane Kruger est pathétique, affublée d’une coiffure des années 30 qui ne lui va pas du tout. Son jeu brut ne s’accorde aucunement avec la finesse nécessaire pour incarner une troublante femme fatale. Ici, elle est surtout ridicule.
En second rôle, Jessica Lange ne semble plus savoir faire autre chose que de cabotiner pour plaire à ses fans de la communauté LGBT depuis son retour en grâce dans la série American Horror Story en garce de premier ordre. Dans Marlowe, elle en fait encore des tonnes en vieille star sur le retour, sans faire rire pour autant. Plombé par des interprètes peu enthousiasmants, le néo noir voudrait ausculter la face sombre des Etats-Unis comme a pu réussir à le faire Polanski dans son Chinatown (1974), mais on est à des encablures du classique du cinéaste polonais.
Marlowe, un bide effroyable largement mérité
Jamais totalement mauvais, mais toujours médiocre, Marlowe est un monument d’ennui sur pellicule, comme le laissait prévoir son affiche française hideuse et sa promotion vieillotte. D’ailleurs, la sentence a été effroyable aux Etats-Unis où le métrage n’a glané que 4,3 millions de dollars de recettes. En France, le distributeur Metropolitan Filmexport a également fait une très mauvaise affaire lors de sa sortie en salles en février 2023.
Ainsi, le film a tout de même été déployé dans 225 salles par son distributeur pour une première journée se soldant par 6 920 nostalgiques d’un cinéma de papa. Il s’agit donc d’une moyenne par salle calamiteuse. Pour sa première semaine, le film avec Liam Neeson se vautre à 54 242 entrées. Si la deuxième septaine n’est guère brillante avec seulement 20 973 retardataires, le bouche-à-oreille est tellement catastrophique que le polar miteux dégringole de 84 % en semaine 3 avec quelques 3 444 volontaires pour une bonne sieste.
Le film est ainsi retiré de l’affiche au bout de six semaines d’exploitation, sachant que ses sept derniers jours se soldent par 16 pauvres entrées. Marlowe s’écrase donc à 81 978 tickets vendus, ce qui est l’un des pires résultats de Liam Neeson. Vu la médiocrité du film, on peut se demander pourquoi ne pas avoir proposé le naveton directement sur une plateforme.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 15 février 2023
Acheter le film en blu-ray
Voir le film en VOD

Création graphique : Troïka © 2022 Parallel Films (Marlowe) LTD / Hills Productions A.I.E. / Davis Films
Biographies +
Neil Jordan, Liam Neeson, Jessica Lange, Danny Huston, Diane Kruger, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Colm Meaney, Seána Kerslake, Alan Cumming
Mots clés
Film noir, Cinéma irlandais, Les flops de 2023, Metropolitan Filmexport