Liza : la critique du film (1972)

Drame | 1h30min
Note de la rédaction :
7/10
7
Liza, l'affiche

  • Réalisateur : Marco Ferreri
  • Acteurs : Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Marcello Mastroianni, Corinne Marchand, Claudine Berg
  • Date de sortie: 03 Mai 1972
  • Nationalité : Italien, Français
  • Titre original : La cagna
  • Titres alternatifs : Love to Eternity (Royaume-Uni) / Allein mit Giorgio (Allemagne) / Liza, a Submissa (Portugal) / Liza: Un amor para la eternidad (Argentine)
  • Année de production : 1972
  • Scénariste(s) : Ennio Flaiano, Jean-Claude Carrière, Marco Ferreri, d'après le roman Melampus de Ennio Flaiano
  • Directeur de la photographie : Mario Vulpani
  • Compositeur : Philippe Sarde
  • Société(s) de production : Pegaso Cinematografica, Lira Films
  • Distributeur (1ère sortie) : CFDC
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : VIP (VHS, 1979) / Victor's Video Vision (VHS) / StudioCanal (DVD)
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-périphérie : 293 854 entrées / 100 060 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses :
  • Illustrateur / Création graphique : René Ferracci
  • Crédits : StudioCanal
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 3/5]

Œuvre inégale, mais au sujet audacieux et dérangeant, Liza confirme la singularité du cinéma de Marco Ferreri, cinéaste de l’aliénation. Ascétique et étrange, le résultat est assurément insaisissable et déstabilisant.

Synopsis : Seul sur son île déserte, Giorgio coule des jours paisibles avec son chien Melampo. Il vit en ermite dans le bunker qu’il s’est aménagé et où il essaye en vain de terminer ses scénarios de bandes dessinées. Un beau jour, un yacht arrive à proximité de l’île. Liza, l’une des passagères, vient d’avoir une altercation avec un de ses compagnons. Elle s’enfuit sur la plage, où elle rencontre Giorgio, qui l’accueille pour la nuit et lui demande de partir au matin…

Une histoire d’amour qui a du chien…

Critique : Le cinéaste italien Marco Ferreri n’a eu de cesse de provoquer la censure de son pays au cours des années 60, se moquant des plus grandes institutions comme l’Eglise. En 1971, il vient notamment de tourner le très ironique et offensif L’audience qui s’en prend directement au Vatican dans un style kafkaïen marquant durablement le spectateur. Après ce coup d’éclat, Ferreri se passionne pour le roman Melampus d’Ennio Flaiano. Le célèbre auteur italien – qui est par ailleurs un collaborateur régulier de Fellini – livre une histoire assez absurde qui est ensuite retravaillée par Jean-Claude Carrière et Ferreri lui-même. On notera d’ailleurs qu’Ennio Flaiano a déjà subi un premier infarctus lorsqu’il s’engage dans cette adaptation de son œuvre et qu’il succombera à une seconde attaque en novembre 1972, soit quelques mois seulement après la sortie du film.

Pour donner corps à cette histoire très particulière qui se joue presque intégralement à deux personnages, Ferreri appelle son ami Marcello Mastroianni qui réside en France à cette époque. Effectivement, Mastroianni a déménagé à Paris au cours de l’année 1971. Il tourne là le film français Ça n’arrive qu’aux autres (Trintignant, 1971) dans lequel il donne la réplique à Catherine Deneuve. S’ensuit une idylle qui donnera naissance quelques mois plus tard à Chiara Mastroianni. Il paraissait donc évident d’offrir au tout jeune couple les deux rôles principaux de ce Liza (1972) dont le sujet est pourtant très particulier.

Ferreri maltraite une fois de plus l’espèce humaine

Située sur une île déserte durant la quasi-totalité du film, l’intrigue est ainsi resserrée autour de la relation très particulière entre deux personnages. Nous faisons tout d’abord la connaissance de Giorgio, dessinateur de bandes dessinées, qui vit en ermite sur une île déserte de la Méditerranée en compagnie de son chien Melampo. C’est alors que débarque Liza (audacieuse Catherine Deneuve), larguée par ses amis sur cet îlot. Dès le départ, Catherine Deneuve incarne une femme issue de la bourgeoisie qui semble attachée à ses biens matériels. Tout ce que déteste finalement Giorgio, incarné avec sobriété par Mastroianni.

Malgré tous ses efforts, la jeune femme ne parvient pas à intéresser son sauveur et celle-ci décide finalement d’éliminer le chien qui accapare son attention. A partir de cet acte fondateur, le long-métrage dérape volontairement vers l’absurde puisque la jeune femme est invitée à remplacer le chien disparu. On retrouve ici les obsessions habituelles d’un réalisateur qui n’a eu de cesse de ramener l’homme – et donc la femme – à son état d’animal. Car chez Ferreri, tout est toujours question d’aliénation. Le long-métrage s’avère ainsi très différent de la comédie de Lina Wertmüller de 1974 intitulée Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été, alors que le sujet est quasiment identique.

Qui est le plus sauvage ? L’Homme ou l’animal ?

Si les spectateurs sont d’abord interpellés par la provocation apparemment machiste qui consiste à rabaisser la femme à un statut de « chienne », cela n’est qu’une analyse superficielle d’un script plus complexe et plus malin que cela. Ainsi, le personnage de Mastroianni perd lui aussi peu à peu ses attributs qui le rattachent à l’espèce humaine. On remarque notamment l’abondance de tics faciaux qui viennent progressivement s’inscrire sur son visage. Il devient ainsi lui aussi un homme-chien.

Son escapade parisienne lors de la deuxième partie du film sert finalement de révélateur aux deux personnages qui, à force de s’éloigner de la civilisation, se révèlent incapables de la réintégrer. Point de jugement de valeur de la part du réalisateur, mais un constat froid et désincarné des limites de la civilisation. Le dépouillement total du décor – une sorte d’igloo bunkerisé – renvoie les deux personnages à leur intériorité. Il ressemble d’ailleurs à la chambre occupée par Gérard Depardieu dans Rêve de singe (1978). Toutefois, si des ponts peuvent être établis avec ce magnifique long-métrage, Liza ne parvient jamais à s’élever au rang de chef d’œuvre.

La faute en revient sans doute à une troisième partie – le retour sur l’île – bien moins enthousiasmante et qui semble piétiner. Les auteurs paraissent ne pas trop savoir comment terminer cette histoire. On notera d’ailleurs que la fuite du couple à l’aide d’un avion est, elle encore, illusoire, puisque le réalisateur fige l’image de l’avion sur la piste, comme si celui-ci était incapable de décoller. Ferreri, en toute fin, refuse donc même à ses personnages la possibilité d’une fuite ou d’une quelconque transcendance.

Liza dérange et bouscule le spectateur dans ses certitudes

Porté par les superbes paysages naturels des îles Lavezzi situées à proximité de la Corse, Liza profite d’une jolie photographie de Mario Vulpani et de cadrages travaillés, rendant la projection agréable à l’œil. Enfin, la musique de Philippe Sarde, assez discrète, habille judicieusement le tout et permet au long-métrage de bénéficier d’une esthétique séduisante.

Œuvre dérangeante, inégale dans sa construction, mais qui a le grand mérite de bousculer le spectateur, Liza (1972) n’est pas dépourvu d’humour, mais correspondant à une vision très sombre de l’humanité. Malgré un casting de stars, Liza n’a pas bousculé le box-office de l’année 1972. Marco Ferreri devra effectivement attendre l’année suivante et La grande bouffe (1973) pour être présenté au Festival de Cannes et surtout pour attirer plus de 2,8 millions de spectateurs dans les salles.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 3 mai 1972

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Liza, l'affiche

© StudioCanal / Affiche : René Ferracci. Tous droits réservés.

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