Monument du box-office italien méconnu en France, Il medico della Mutua (Le gynéco de la mutuelle) est une comédie acerbe, habile, mais trop centrée sur la démonstration pour convaincre tout à fait.
Synopsis : Dr Guido Tersilli est un jeune diplômé en médecine qui cherche à ouvrir un cabinet médical à Rome. Il veut gagner de l’argent et découvre qu’avec les soins gratuits il peut en gagner beaucoup.
Tous des profiteurs
Critique : Il medico della Mutua (exploité en France, dix ans après sa sortie italienne sous le titre corporatiste Le gynéco de la mutuelle) est d’abord un constat, comme le prouve la voix off initiale qui aligne des chiffres, la description cynique d’un système de santé devenu fou. Zampa n’invente rien, il analyse et juge à travers une histoire presque minimale : contrairement à ses confrères de la comédie à l’italienne, il ne se disperse ni en sous-intrigues ni en personnages secondaires, refuse le pittoresque ou la farce. Certes, le film garde une dimension caricaturale, mais il s’appuie toujours sur un fond réel. Le docteur Tersilli n’est qu’un exemple, plutôt fade d’ailleurs, et Alberto Sordi ne s’y trompe pas qui ne cabotine qu’à peine. Ainsi, il est entouré de médecins qui exploitent de la même manière le système, donc des concurrents potentiels, des doubles en quelque sorte. Et vers la fin, un nouveau docteur arrive, qui occupe une place de parking réservée et se fait houspiller par le gardien, c’est à dire qu’il reproduit fidèlement, mais sans le savoir, ce qu’a vécu Tersili ; le système se reproduit, bégaie, n’évolue pas. D’ailleurs Zampa prend soin de parsemer son métrage de doubles du protagoniste : le vieux médecin mourant, ses collègues à l’hôpital, le professeur, et même les malades qui connaissent par cœur les moyens de profiter, à l’instar de ce père de famille nombreuse qui propose un arrangement à Tersili.
Un regard cruel sur l’humanité
Le film fait le constat lucide d’une situation accablante qui conduit à un mépris des malades : la belle séquence qui passe en travelling d’un cabinet à l’autre où Tersili expédie des patients montre assez ce que peut donner l’appât du gain. Certes, on en sourit, mais, comme dans les meilleures comédies, le fond est cruel ; car, au fond, si le système dysfonctionne, ce n’est pas qu’il soit mauvais (ou pas seulement, même s’il comporte son lot d’absurdité), c’est que l’humain
corrompt tout. Si la société joue un rôle en brisant l’idéalisme du débutant, c’est surtout dans la confrontation aux autres, c’est à dire aux semblables, que l’homme se révèle tel qu’il est, veule, cynique, intéressé, parfois abject. Même Tersili, à qui Sordi prête sa bonhommie habituelle, n’hésite pas à profiter des femmes, à les abandonner quand son intérêt le commande, tout en restant sous la coupe d’une mère autoritaire. Sans être tout à fait antipathique, il incarne la médiocrité humaine, son incapacité à résister aux tentations : ce que Zampa montre, une fois de plus, c’est que le sexe et l’argent gouvernent le monde, transformant les humains en pantins sans âme ni sentiments. Il y a en effet dans le film peu de personnages aimant.
Le gynéco de la mutuelle : un film trop centré
La force du film, c’est de ne pas biaiser : Zampa fonce, élimine le superflu, force le trait sans dévier. Mais c’est aussi sa faiblesse : on aimerait parfois un peu de faconde, de fantaisie, un peu d’air. Ce n’est pas le propos du cinéaste : il travaille la dénonciation, au détriment parfois du plaisir du spectateur. On aurait aimé jubiler davantage. Tel quel, Il medico della mutua est intéressant, habile de temps en temps, mais laisse quelque peu insatisfait.
Sorties de la semaine du 24 mai 1978
Reprise salle : sorties de la semaine du 19 août 2020



