Plombé par un scénario aberrant, La Fin d’Oak Street déçoit de la part de David Robert Mitchell qui rentre dans le moule hollywoodien le plus formaté qui soit avec cette ode à la famille insipide en dehors de quelques scènes plus réussies.
Synopsis : Lorsqu’un mystérieux événement cosmique arrache Oak Street à sa paisible banlieue et la transporte vers un lieu inconnu, la famille Platt, désorientée dans ce nouvel environnement hostile, comprend vite qu’il leur faudra rester unis pour survivre.
David Robert Mitchell et les mondes perdus
Critique : Repéré grâce au succès critique de son deuxième long métrage, le film d’horreur bien flippant It Follows (2014), le réalisateur indépendant David Robert Mitchell a connu une mauvaise passe depuis l’échec de son étrange Under the Silver Lake (2018) qui plongeait Andrew Garfield dans une histoire absconse. Le nouvel espoir en marge d’Hollywood est resté cinq longues années sans pouvoir travailler. Le temps pour lui d’écrire les premières versions de ce qui deviendra La Fin d’Oak Street (2026).

© 2026 Warner Bros. / Affiche : BOND. All Rights Reserved.
Mais là encore, le cinéaste a dû affronter de nombreux problèmes, malgré le soutien indéfectible du producteur J.J. Abrams qui a financé une grande partie des 80 millions de dollars de budget via sa société Bad Robot. Ainsi, la préproduction est lancée dès 2023, le tournage est entièrement exécuté en 2024 pour une sortie prévue initialement en 2025. Toutefois, le distributeur Warner Bros. ne savait visiblement pas comment marketer le métrage qui a été repoussé plusieurs fois jusqu’à nous arriver uniquement au mois d’août 2026, soit huit ans après le dernier long métrage du cinéaste.
Un énième pastiche des productions Amblin
Pourtant, toutes les planètes semblaient alignées pour faire de La Fin d’Oak Street un petit événement. Très proche dans le style de l’œuvre de J.J. Abrams, y compris dans son ton, le métrage de SF est un pastiche à peine voilé des productions Amblin des années 80. D’ailleurs, l’intrigue est directement située en 1982, année où E.T. l’extraterrestre (Steven Spielberg) faisait son apparition en salles. Ainsi, Oak Street nous plonge dans un quartier résidentiel typiquement américain, avec sa petite famille constituée des deux parents et de leurs deux ados.
Dans la première partie, David Robert Mitchell enchaîne donc les clichés comme des perles. Forcément les parents se disputent tout le temps, envisageant une séparation, tandis que leurs ados font du vélo avec leurs bandes de potes. Il y a comme un petit air de Stand By Me (Rob Reiner, 1986) derrière ces images, sans en posséder la gravité.
Entre la Quatrième dimension et Jurassic Park
Ensuite, le film bascule dans la science-fiction la plus pure, avec une intrigue absurde qui peut évoquer certains épisodes de La Quatrième dimension, autre référence spielbergienne par excellence. Et que dire de l’introduction des dinosaures qui ramènent directement au séminal Jurassic Park (1993), toujours d’un certain Spielberg. D’ailleurs, les premières séquences qui présentent aux spectateurs les premiers dinosaures sont plutôt efficacement menées, entre humour et angoisse.

© 2026 Warner Bros. / Affiche : BOND. All Rights Reserved.
Parmi les qualités du long métrage, on peut notamment insister sur la cruauté de certaines scènes d’attaque, de quelques bons moments de frousse qui démontrent que David Robert Mitchell n’a pas perdu la main pour nous faire frissonner. Enfin, dans le dernier tiers, il ose nous surprendre en éliminant un personnage central du film de manière assez inattendue. Tout ceci pouvait donc déboucher sur un spectacle agréable de bout en bout.
De l’abus du numérique pour représenter un simple chien
Malheureusement, l’équipe du film a opté pour plusieurs choix douteux qui font retomber le soufflé de manière incompréhensible. Tout d’abord, qui a pu valider ce chien domestique entièrement numérique ? Sachant qu’il n’a rien de particulier à accomplir, n’était-il pas plus simple de prendre un chien bien dressé et qui aurait eu le mérite d’être vraiment attachant. Là, avec ses yeux vides et son pelage trop lisse, il trahit son origine artificielle à chaque minute. Bien entendu, comme dans tous les pires blockbusters des années 90, le toutou sera finalement sauvé.
Ensuite, le scénario s’avère être une pure aberration puisque l’explication nous est proposée par une gamine de 16 ans qui a tout compris là où les adultes demeurent perplexes. Enfin, le cinéaste annule toutes les audaces précédentes – on parle quand même du massacre d’un quartier entier – par un happy end tout aussi absurde que le reste. Certes, David Robert Mitchell nous épargne le coup du rêve, mais son histoire de voyage dans le temps lui offre l’occasion de tout annuler au dernier moment. Finalement, le spectateur a donc assisté à un spectacle terriblement vain puisque tout rentre dans l’ordre.
La Fin d’Oak Street, un coup d’épée dans l’eau
Pire, la petite famille se retrouve ainsi enfin soudée face à l’adversité, ce qui permet de vanter une fois de plus les bonnes vertus américaines traditionnelles. Bref, le cinéaste indépendant a réussi l’exploit de tourner un film encore plus hollywoodien que ceux de ses illustres ainés. Certes, quelques bonnes scènes émergent de l’ensemble et Anne Hathaway se tire bien de ce rôle classique de mère courage, contrairement à Ewan McGregor qui semble s’ennuyer ferme. Tout ceci ne parvient pas à faire de La Fin d’Oak Street autre chose qu’un coup d’épée dans l’eau. La déception est donc forcément de mise, et ceci malgré un bestiaire préhistorique plutôt varié et bien utilisé. Sans un bon script et des personnages intéressants, ce déballage d’effets spéciaux n’a donc pas grand intérêt.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 12 août 2026

© 2026 Warner Bros. / Affiche : BOND. All Rights Reserved.
Biographies +
David Robert Mitchell, Anne Hathaway, Ewan McGregor, Hudson Meek, Maisy Stella, Christian Convery
Mots clés
Cinéma américain, Les dinosaures au cinéma, La famille au cinéma, Les voyages à travers le temps, Reconstitution des années 80