3 hommes et un couffin est un phénomène de société avec plus de 10 millions d’entrées en France, 3 César et un remake américain au succès considérable. Analyse du plus gros carton au box-office français des années 80…
Synopsis : « Un copain déposera un colis et passera le reprendre plus tard ». Tel est le message laissé par Jacques, avant son départ pour le Japon, à ses deux compères Pierre et Michel avec lesquels il partage un luxueux appartement. Comme prévu, le colis arrive et à la stupéfaction générale, il s’agit d’un bébé… Adieu liberté et aventures sans lendemain.
3 hommes, 3 acteurs pour un projet qui redéfinit le masculin
Critique : Coline Serreau n’est pas contente. Après l’échec de Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?, l’intellectuelle de gauche, qui avait relaté l’amour à trois dans Pourquoi pas ! en 1977, se retrouve en difficulté pour financer son nouveau projet, le féministe Trois hommes et un couffin. Elle, qui a eu l’idée du film à partir de l’image mentale de trois hommes autour d’un berceau, tente d’embaucher trois têtes d’affiche masculines au cœur d’une décennie patriarcale laissant peu de place à la sensibilité des hommes, dont elle souhaite montrer la capacité à s’occuper d’un bébé, à être des mères comme les autres. À l’époque des Belmondo et Delon, stars d’action, des Stallone et autres figures masculines costaudes, les acteurs rechignent à accepter ce projet, y compris Gérard Depardieu. Peu avant le tournage, Guy Bedos et Daniel Auteuil abandonnent… La cinéaste doit alors se tourner vers des acteurs qui n’étaient pas ses premiers choix, comme Roland Giraud. Seul Michel Boujenah était initialement envisagé par l’autrice.
Un film courage devenu phénomène de société
L’acharnement de Coline Serreau à mener son projet à bien, notamment grâce au producteur Jean-François Lepetit dont la société Flach Films naissait avec les films de Jacques Doillon (La vie de famille) et Marion Hänsel (Dust), la conduit à bouleverser l’ordre des choses au milieu d’une décennie où elle ne représentait rien et où elle est devenue tout. Trois hommes et un couffin dépasse les 10 millions d’entrées en France, les 2 millions de spectateurs à Paris, décroche trois César dont celui du Meilleur film, et s’exporte aux États-Unis où son succès est important avant de devenir un remake.
Une réflexion sociétale inédite sur la place de l’homme face à un couffin
Le phénomène de société autour de cette histoire originale ébranlait les conventions : l’homme des années 80 ne s’intéressait culturellement pas aux tâches dites féminines lors des premières années de l’enfant, et ne s’imaginait pas s’enraciner dans son foyer, préférant s’épanouir dans le célibat ou le travail.
Dans Trois hommes et un couffin, Coline Serreau s’intéresse à trois stéréotypes bourgeois d’un Paris un peu guindé, loin du modernisme d’un Rohmer contemporain (Les nuits de la pleine lune) : trois amis partageant un appartement cossu — un steward spécialisé dans le butinage international (Dussolier, qui sortait de Resnais, avec une image plus intellectuelle que comique), un auteur de BD (Michel Boujenah, en adulescent) et un architecte. Ces potes prospèrent dans le confort d’une vie sans attaches sentimentales, refusant de laisser une femme poser ses bagages dans leur garçonnière… alors un bébé dans un couffin, laissé sur le pas de la porte…
En leur imposant la charge d’un bébé tombé de nulle part, petite bouille d’émotion dont les réactions ne répondent pas au rationnel, Coline Serreau confronte ces trois bonshommes à une responsabilité totale, celle qu’ils cherchaient à fuir. Exit les tergiversations : ils doivent réagir en adultes et gérer les incontournables de la maternité — nourrir, langer, nettoyer, soigner le bébé, et surtout le protéger.
Un comique de situation au service d’un script au cordeau
Le comique de situation lié aux réactions des trois pères malgré eux a énormément séduit les foules. Le jeu précis des acteurs, parfaitement cadrés par l’autrice, reflète le travail extrêmement structuré de Coline Serreau, qui a peaufiné son scénario au mot près et soigné tous les aspects artistiques : mise en scène au cordeau, décors, éclairages, musiques classiques, chant a cappella à contre-courant de son époque pop et délurée. Le film, commercial par son sujet comique, est aussi la vision d’une autrice qui affirme son message par un art qu’elle refuse de brader.
Quarante ans plus tard (le film avait discrètement refait surface dans deux salles en 2025 avant de bénéficier d’une très belle édition vidéo HD en 2026), Trois hommes et un couffin intéresse particulièrement par son destin unique dans l’histoire du cinéma français, puisqu’il s’agit du plus gros succès des années 80, toutes nationalités confondues. Il interpelle par sa vision féministe de l’homme post-70, des décennies avant MeToo. Coline Serreau, qui s’est depuis attelée à aborder la crise économique, le chômage, les relations interraciales, la crise écologique et l’exploitation du corps des femmes dans la prostitution, se révèle dans Le Couffin une autrice passionnante, en avance sur son temps, qui fait mouche en associant humour et facétie de regard, sans jamais condamner les protagonistes qu’elle confronte à la réalité de leur sensibilité refoulée par une société qui ne leur permettait pas de l’exprimer.
Des seconds rôles pétillants au service d’une comédie joyeuse et positive
Dans ce tableau d’une époque totalement désuète (les vêtements des trois bobos du patriarcat triomphant en témoignent à chaque plan), les seconds rôles sont épatants : Dominique Lavanant en nounou pète-sec, Marthe Villalonga en vieille dame indigne, plus enthousiaste à célébrer son troisième âge en voyage qu’à langer à nouveau, ou la pétillante Philippine Leroy-Beaulieu, quasi débutante après un passage chez Roger Vadim et la série L’amour en héritage. Ce sont de bonnes raisons pour redécouvrir cette pièce unique du cinéma français où l’on croise également Herma Vos, Marianne Basler, Annick Alane et tant d’autres.
Tout ce beau monde tend à faire oublier quelques ressorts scénaristiques qui ont moins bien vieilli (le quiproquo et l’histoire policière autour d’un colis de drogue caché dans les couches du bébé…) et un rythme devenu un peu faiblard (tout cela prend quand même 1h42). Mais cela n’a pas été un sujet en 1985, puisqu’un Français sur cinq a vu le film en salle, soit 18 % de la population. Découvrez ci-dessous le récit de ce raz-de-marée, semaine après semaine. Découvrez le box-office hors du commun de Trois hommes et un couffin.
Box-office de 3 hommes et un couffin
Sorti en septembre 1985, 3 hommes et un couffin fait office de phénomène de société avec 10 252 973 entrées. C’est le plus gros succès du box‑office hexagonal des années 80, seul film avec E.T. l’extra‑terrestre de Steven Spielberg à franchir la barre des 10 millions.
Parmi les sorties de 1985, la comédie dépasse les plus grosses machines : Rambo II (5 800 000), Les Spécialistes (5 300 000), Retour vers le futur (3 400 000), Terminator (3 000 000), Le Flic de Beverly Hills (2 900 000). Avec la comédie avec Madonna, Recherche Susan désespérément (1 900 000), c’est le seul long métrage réalisé par une femme classé dans le top 20. Il faut ensuite descendre en 36e place et le drame vagabond Sans toit ni loi pour trouver un autre long mis en scène par une cinéaste, en l’occurrence Agnès Varda, qui achève sa route à 1 080 000 entrées. Dans notre dossier, on s’articulera sur la carrière parisienne, puisqu’à l’époque, en 1985, c’était le mètre-étalon du box‑office dans les médias et la profession.
Une semaine du 18 septembre 1985 chargée en sorties importantes
Lorsque le film débarque en salle à Paris et dans sa périphérie, il bénéficie de la 3e meilleure couverture du jour, face à des nouveautés essentiellement françaises. La production Fechner Bras de fer, avec Giraudeau et Christophe Malavoy, rêve de réitérer la dynamique de Les Spécialistes et occupe logiquement 44 cinémas. La comédie P.R.O.F.S de Patrick Schulmann, avec Patrick Bruel et Fabrice Luchini, s’apprête à renouveler le succès de Et la tendresse bordel ! ? du même cinéaste. Elle est présente dans 36 salles. 3 hommes et un couffin est bien loti avec 25 écrans. C’est mieux que le nouveau Travolta (Perfect, 24 salles), le film de science‑fiction horrifique Lifeforce de Tobe Hooper (24 écrans), le film hollywoodien Touché, de Jeff Kanew, qui se déroule à Paris et ne trouve que 20 écrans, Le Neveu de Beethoven de Paul Morrissey, avec Birkin et Nathalie Baye (20 salles), ou encore le film américain de Louis Malle, Alamo Bay, que Warner Columbia ne réussit à placer que dans 12 salles.
Premier jour et première semaine de 3 hommes et un couffin
Avec 4 873 entrées P.P. pour le mercredi 18 septembre 1985, le trio André Dussolier, Roland Giraud et Michel Boujenah est donc loin des 12 000 entrées premier jour de P.R.O.F.S et Bras de fer, ainsi que de Lifeforce dont le décollage à 9 236 entrées est encourageant pour UGC.
En première semaine parisienne, 3 hommes et un couffin entre en 6e place à Paris, avec 66 000 entrées. Le James Bond Dangereusement vôtre domine en seconde semaine (166 000). P.R.O.F.S est largement sollicité en 2e place (129 000), Bras de fer est une déception sous les 100 000 en 3e place (91 000), Police de Pialat est toujours solide en 4e place (79 000 entrées, 3e semaine) et Lifeforce, avec la Française Mathilda May, trouve 71 000 amateurs de films d’horreur.
3 hommes et un couffin se positionne devant Recherche Susan désespérément avec Madonna en 2e semaine, Ran de Kurosawa (56 000 entrées, en 4 jours d’exploitation seulement), Perfect (37 000), Alamo Bay (20 000), Le Neveu de Beethoven (18 000) et Touché, qui est coulé en 15e place avec 12 000 entrées. Même le porno Je t’offre mon corps avec Olinka, dans 6 salles, double le film policier de Kanew. Tout au long de la semaine, les entrées de 3 hommes et un couffin n’ont eu de cesse de gagner en volume, fort d’un bouche‑à‑oreille immédiat souligné dès lors par l’hebdo professionnel Le Film Français, qui évoque une augmentation de 28 % le dimanche 22.
La revanche de Coline Serreau face au patriarcat : Mad Max prend une râclée
Fait rare, en 2e semaine, la comédie 3 hommes et un couffin voit ses entrées augmenter, avec 85 000 entrées dans 24 cinémas (+28 %). La comédie se classe en 3e place, derrière Mad Max 3 qui triomphe (326 000) et P.R.O.F.S. Certes, en dehors de Mad Max 3 qui faisait peur à la concurrence, aucune grosse nouveauté n’avait souhaité s’interposer. Coline Serreau prend sa revanche : en 3e semaine, son film gagne 9 écrans et grimpe en 2e position avec… 112 655 entrées. Le Film Français évoque « le phénomène de cette rentrée 85. Le film a déjà été loué par 264 479 Parisiens. À cette heure‑là, personne ne sait que ce n’est que le début d’une carrière qui s’achèvera sur la capitale, deux millions d’entrées plus haut ! Aucun des cinémas parisiens intramuros qui le programment n’est sous la barre des 2 000 spectateurs par écran. Même en banlieue, les salles sont pleines. »
La semaine 4 est belle : 102 011 entrées dans 36 salles. Mad Max régresse derrière, et deux nouveautés empêchent le Couffin de se glisser en tête (Le Mariage du siècle et On ne meurt que deux fois).
Rambo 2 un costaud historique moins musclé que notre Couffin national
Signe d’une stabilité réjouissante, Coline Serreau se démarque en 5e place, avec 93 815 entrées dans 39 cinémas, derrière Rambo 2. En pleine Rambo‑mania, Stallone bat le record de la meilleure première semaine France, avec 510 096 entrées. Personne ne veut alors l’affronter, à part la Palme d’or cannoise, Papa est en voyage d’affaires de Kusturica (43 000 entrées), en pleine contre‑programmation.
Coline Serreau, féministe, militante contre le patriarcat, a vaincu Giraudeau, Bruel, Travolta, Mel Gibson, Thierry Lhermitte et affronte Stallone qu’elle va, sur la durée, battre de façon phénoménale. Ses 93 000 entrées face à Rambo 2 sont vues comme un « exploit » par Le Film Français, qui mesure le phénomène et parle déjà à l’époque de « sleeper » de l’automne.
Belmondo, un vieux-beau dans un monde nouveau
En 6e semaine d’exploitation, alors que Belmondo annonce la mise en chantier du Cobra de Jacques Deray pour 1986, la star du box‑office balance sa comédie Hold‑up dans 64 cinémas parisiens et entre deuxième. Une comédie vieillotte qui peine à resituer Belmondo au cœur des préoccupations de la décennie 80. Avec Rambo 2 toujours en tête (285 000) et Bébel en 2e position (232 000), Coline Serreau affronte les plus grands symboles de la toute‑puissance masculine dans les salles. Même pas peur, sa comédie remonte à 115 608 entrées (+23 %), malgré une combinaison stable à 39 écrans. C’est tout simplement son meilleur résultat sur toute sa carrière.
Retour vers le futur ne fait pas le poids
En 7e semaine, 3 hommes et un couffin perd une place à Paris en raison de l’arrivée du nouveau venu, Retour vers le futur, qui carbure en tête à 271 246 entrées. Joie : 3 hommes et un couffin voit son affluence progresser de 20 % pour son nouveau record hebdo (138 147 entrées, 42 salles). Alors que l’exploitation fait grise mine en 1985 et que la production française accuse les coups, Coline Serreau permet de rééquilibrer un climat qui est en fait les prémices de la plus grosse crise que le cinéma français connaîtra entre 1986 et 1993.
En 8e semaine, 3 hommes et un couffin remonte en 2e place, toujours empêché par Retour vers le futur, avec 127 009 entrées. En semaine 9, il chute en 3e place, avec 93 901 entrées et 934 000 entrées cumulées. La promesse du million à Paris, si symbolique à cette époque, est donc prévue pour la 9e semaine (81 080 entrées, 43 cinémas). AAA, Flach Films, Soprofilms et TF1 Films Productions achètent alors le visuel publicitaire de la première page de Le Film Français pour remercier « tous ceux qui ont participé au succès » du film, qui compte également 3 200 000 entrées France.
Le million atteint sur Paris, AAA Distribution enfin sauvé ?
En semaine 11, le film perd 5 écrans et passe à 69 531 entrées et en 5e place. On est certain que Rambo 2, encore à l’affiche mais qui plafonne à 1 139 000 entrées, sera très vite détrôné. L’équipe du Couffin accomplit l’exploit en semaine 12 (63 624 entrées et 1 149 310 spectateurs). Pour le distributeur AAA, qui a connu une année 1985 très compliquée, puisque cette année ils n’ont eu aucun autre film millionnaire en France, si ce n’est À nous les garçons sorti le 1er janvier 1985 et Les Loups entre eux, distribué in extremis le 31 décembre 1985, 3 hommes et un couffin, c’est un peu le film de la survie.
En glissant en 7e place pour sa 13e semaine, Le Couffin trouve encore 45 864 entrées (28 écrans), son score le plus bas. Puis 43 324 entrées (20 écrans)… À la fin de l’année 1985, tout le monde espère que le film sera relancé grâce aux César. Une semaine avant la cérémonie, Coline Serreau, qui a gardé le cap tout au long de l’hiver, est désormais à 1 710 569 entrées, 6e à Paris avec 40 838 entrées dans 23 salles.
3 hommes, 1 couffin, 3 César, 2 millions d’entrées à Paris
Les trois prix (Meilleur film, Scénario original et Meilleur second rôle masculin) glanés dans un contexte ultra‑concurrentiel (Subway de Besson, Péril en la demeure de Michel Deville, L’Effrontée de Claude Miller, Sans toit ni loi d’Agnès Varda étaient de sérieux concurrents) ne lui laissent aucune autre perspective que celle de dépasser les 2 millions d’entrées sur la capitale, ce que seul E.T. l’extra‑terrestre était parvenu à faire dans les années 80.
L’effet César est immédiat : la comédie remonte en 3e place pour sa 24e semaine, avec un gain de 13 écrans, pour un total hebdo de 72 579 entrées. En 25e semaine, le film est stable avec 62 429 entrées dans 39 cinémas. Il dépasse les 1 900 000 entrées lors de sa 27e semaine (40 897 entrées, 27 salles) et les deux millions à l’issue de sa 29e semaine (34 242 entrées, 23 salles).
Une exploitation en salle d’un an et sept mois
In fine, la carrière exceptionnelle de 3 hommes et un couffin s’achève la semaine du 1er avril 1987, à l’issue d’une programmation longue de 81 semaines, avec un dernier petit tour sur les Champs‑Élysées, à l’UGC George V qui le programmait seul depuis de longs mois. Pour sa dernière semaine, les trois papas poules chérissent encore 258 spectateurs pour un total historique de 2 195 317 entrées.
Ascension de Flach Films de Jean-François Lepetit et sortie américaine
On notera qu’aux USA, la Samuel Goldwyn Company a fait l’acquisition du film pour une exploitation dans les salles à rebours de l’obsession pour la S.F. qui caractérise le marché : Three Men and a Cradle sort le 25 avril 1986 et empoche 25 380 $ (32 cinémas). En fin de carrière, le succès est énorme pour une production française, avec pas moins de 2 052 000 $ et une 152e place annuelle supérieure à bien des films anglo‑saxons commerciaux. Le film est acheté dans le monde entier, aux bénéfices de Flach Films et du producteur Jean‑François Lepetit, qui connaîtra encore quelques beaux succès dans les années 80 (Le Grand Chemin, L’Été en pente douce, Sous le soleil de Satan) avant de faiblir considérablement dans les années 90, durant lesquelles le distributeur proposera toutefois La Jeune Fille et la Mort et Les Caprices d’un fleuve, et surtout tous les films de Catherine Breillat, à partir du porno‑scandale Romance en 1999.
Trois hommes et un bébé : naissance d’un remake Disney à succès
Pendant trois ans, Coline Serreau et Jean‑François Lepetit essaient de travailler avec les Américains sur le remake du film. Flach Films, dans un premier temps, croit à un cofinancement avec Disney et la réalisatrice française serait la réalisatrice. Mais les désaccords avec Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg mettront vite du plomb dans l’aile du projet franco‑américain, qui deviendra surtout une production Disney canonique où Jean‑François Lepetit figure encore au générique comme producteur exécutif. Three Men and a Baby sera réalisé par Leonard Nimoy (le Spock de Star Trek) et mettra en scène Tom Selleck, Steve Guttenberg et Ted Danson dans un spectacle de de 11 M$ de budget au succès considérable, avec pas moins de 167 M$ localement. Une suite, Three Men and a Little Lady, sortira aux USA en 1990 pour des recettes moindres (71,6 M$). En France, Trois hommes et un bébé paraît dans les salles le 17 février 1988 et achève sa carrière à 644 000 entrées. Un flop évitable. Les Français n’en avaient pas envie. Peut‑être aurait‑il mieux valu que Warner Bros, chargé de la sortie française, ne le diffuse pas sur notre territoire.
D’autres remakes internationaux se feront, notamment en Inde, avec Heyy Babyy de Sajid Khan (2007), qui n’en négociera pas les droits au grand regret de Coline Serreau qui s’est toujours battu pour le droit d’auteur.
Le conte de fées de Coline Serreau et de ses acteurs
Des décennies après, Trois hommes et un couffin a servi de conte de fées pour son autrice, Coline Serreau, qui devient l’un des grands noms du cinéma français, avec par la suite les succès de Romuald et Juliette (1989), La Crise (1992) et Chaos (2001). La tête d’affiche masculine de 3 hommes a eu une longue carrière et Philippine Leroy‑Beaulieu devient un visage bien-connu dans le monde, avec de nombreux rôles dans des films de costumes internationaux (Vatel, Deux frères) et la série Emily in Paris sur Netflix, où elle rayonne.
Le succès de la comédie s’est reproduit en VHS, chez Carrère Vidéo, avec de nombreuses éditions locatives et destinées à la vente, qui allaient exploser à la fin des années 80. La télévision en fera aussi un programme régulièrement diffusé, notamment grâce à la longévité de la carrière de Michel Boujenah, André Dussolier et Roland Giraud.
Coline Serreau réalisera une suite plutôt laborieuse, avec le cast original, sobrement intitulée 18 ans après. Le film, qui met en scène le bébé devenu adulte et joué par la fille de la réalisatrice, Madeleine Besson, sort trop tard et ne passionne plus les foules, encore moins les critiques. 18 ans après s’arrête à 1 550 011 spectateurs sur toute la France, ne parvenant même pas à égaler les deux millions parisiens du premier métrage.
Entré dans la légende, 3 hommes et un couffin est certes une œuvre d’un autre temps, celui d’un militantisme intelligent pour octroyer aux hommes le droit d’être des mamans comme les autres. Historiquement pertinent, le regard que l’on porte sur le film dans le monde post‑MeToo est forcément différent. On peine à imaginer que la France des années 80 ressemblait encore aux 3 darons du Couffin. Sa force narrative en fait toujours un spectacle attachant, mais dont on retient surtout la puissance du discours qui a permis à l’homme contemporain d’admettre sa sensibilité parentale inhérente à sa condition humaine.
Les sorties de la semaine du 18 septembre 1985

© Philippe by Spadem, Photo : M. Rougemont pour l’agence Tactics.
Le test blu-ray de 3 hommes et un couffin
Quand l’un des plus gros succès de l’histoire du cinéma français débarque enfin en blu-ray après de nombreuses éditions sans intérêt, nos vœux sont partiellement réalisés, mais il s’agit de très loin de la meilleure édition de ce classique immuable du cinéma français.
Packaging & suppléments : 3 / 5
Si les anciennes éditions DVD des Éditions Montparnasse et de Tamasa se révélaient esthétiquement médiocres — malgré une tentative récente de restauration 2K —, l’éditeur Rimini Editions soigne le bébé hors de son couffin, avec un boîtier Scanavo et une reprise de l’affiche originale enfin bien intégrée dans le cadre d’un design artistique cohérent et gratifiant. Le combo DVD + blu-ray s’accompagne d’un fourreau dans la continuité des dernières éditions Rimini. Esthétiquement impeccable pour intégrer une collection.
Au niveau des bonus, on est déçu. On retrouve de nombreux suppléments qui étaient déjà présents sur les éditions 2003 et 2022, en l’occurence un entretien avec l’équipe du film (23 minutes) et, tiré de la même cession, avec Coline Serreau (6 minutes). Issus du début des années 2000, avec une image numérique d’époque peu satisfaisante, on retrouve Serreau, et les trois acteurs principaux dix-huit ans après le phénomène, à une époque qui correspond aussi à la sortie du sequel, sobrement intitulé 18 ans après, qui n’est jamais mentionné ici. On trouve donc les anecdotes un peu datées. Il est dommage de ne pas revoir les artistes 40 ans après, notamment Coline Serreau, présente sur les planches sur toute la France pour nous conter sa “Belle histoire” depuis 2 ans. La réalisatrice adore s’exprimer sur son oeuvre et ses combats. On aurait adorer la voir personnaliser davantage cette édition.
La seule nouveauté de cette section bonus est l’interview de Brigitte Rollet (29 minutes), chercheuse et spécialiste du cinéma et de la télévision. Elle a déjà publié des essais sur des autrices comme Agnès Varda et Coline Serreau. Elle analyse la question du genre dans les années 80, de la conception difficile du film jusqu’au box-office exponentiel de 3 hommes et un couffin, à une époque où être femme était surtout un frein pour exister en tant que cinéaste. Son analyse est juste, pertinente et étayée. Elle fait le bouleau en l’absence des stars du film.
On est heureux de retrouver la bande-annonce originale. Point de trailer de la reprise de 2025 que Brigitte Rollet trouvait à juste titre plus réussie.
Image : 4 / 5
Du grain et de l’argentique. Oubliez la propreté lisse du numérique, la restauration 4K de la dernière copie de 3 hommes et un couffin, supervisée par Coline Serreau en personne, corrige toutes les imperfections des masters vidéo présentés jusqu’à présent. L’image est chaleureuse, accentuant adroitement la photographie sans jamais trahir le travail original. Le grain présent, purement inhérent au master originel, réchauffe la copie au lieu de l’âbimer comme cela a pu être le cas précédemment.
Avec un travail précis sur les intérieurs, on profite d’une belle profondeur de champ et d’une exploitation rigoureuse des décors qui baignent dans une lumière chaude, où les noirs viennent approfondir les angles. Belle copie dans son genre.
Son : 4 / 5
Petit budget en 1985 d’environ 7 millions de francs (donc un peu moins de 3 millions d’euros en 2026), 3 hommes et un couffin n’avait pas bénéficié de Dolby Stéréo en 1985, mais seulement d’une piste audio Mono. Curieusement, en 2003, les Editions Montparnasse présentaient une copie gonflée en 5.1 qui paraissait maladroite et artificielle.
En 2026, Remini a fait le choix du retour à la piste Mono exclusive, mais en DTS-HD Master Audio 2.0. Tout le travail voulu par Coline Serreau, particulièrement impliquée dans le choix des morceaux musicaux classiques, allant jusqu’à imposer à ses comédiens d’interpréter la comptine Au clair de la lune, qui fut exploitée en 45 tours, est exaltée par la piste audio 2026. Celle-ci est propre et organique ; on en apprécie le naturel et l’acoustique. Pour cette œuvre de comédie aux dialogues enjoués, où la tonalité monte et s’énerve, la piste contemporaine sert aussi bien la bande-originale que la réalité vocale des comédiens dont les voix sont retranscrites avec le naturel des belles textures vocales.

Design blu-ray : Sébastien Dréano © 1985 Soprofilm, Flach Films, TF1 Films Production. © 2026 Tigon Film Distributors, Impex-Films.
Biographies +
Coline Serreau, Michel Boujenah, Dominique Lavanant, François Domange, Roland Giraud, André Dussollier, Annick Alane, Marianne Basler, Valentine Monnier, Jean-Philippe Puymartin, Marthe Villalonga, Gilles Cohen, Christian Bouillette, Louis Julien, Philippine Leroy-Beaulieu, Herma Vos