Polar au script plutôt original, Copland de James Mangold offre une vision sans concession de la police, ainsi qu’un rôle étonnant à Sylvester Stallone, par ailleurs excellent et fort bien entouré par des cadors du cinéma américain.
Synopsis : A Garrison, cité-dortoir pour les flics new-yorkais, le shérif Heflin, qui n’a pas pu devenir policier parce qu’à moitié sourd, est un dépressif obèse que personne ne respecte. La loi du silence de la profession lui impose un jour de masquer une bavure mortelle, mais l’insistance de l’incorruptible enquêteur Tilden va l’obliger à faire un choix…
Au milieu des années 90, James Mangold constitue un espoir du cinéma indépendant US
Critique : Au milieu des années 90, le scénariste et réalisateur James Mangold commence à faire parler de lui dans le domaine du film indépendant. Ainsi, il signe son premier long métrage Heavy (1995) avec Liv Tyler et peut ainsi être remarqué au Festival de Sundance, puis à Cannes. Si le drame ne rencontre pas un succès mémorable, il obtient des critiques favorables. De quoi le motiver pour écrire Copland (1997) dont il veut faire sa seconde réalisation. Toutefois, la plupart des grands studios hollywoodiens veulent bien acheter son scénario, mais refusent qu’il en soit le réalisateur.
Voilà pourquoi James Mangold s’est tourné vers le studio Miramax des frères Weinstein. Eux ont accepté qu’il soit l’auteur à part entière de ce polar, tout en exigeant en cours de tournage quelques modifications. Comme souvent entre les Weinstein et leurs réalisateurs, l’entente ne fut pas forcément cordiale durant le tournage et surtout la postproduction.
Des souvenirs d’enfance à la base du script
Basé sur les souvenirs d’enfance de James Mangold qui a habité à Washingtonville, au cœur d’un quartier où résidait une majorité de policiers, Copland demeure une pure fiction puisque la ville de Garrison n’existe pas et qu’aucun flic travaillant dans le New Jersey n’a le droit d’habiter en dehors de leur juridiction. Donc, la fameuse ville entièrement créée par les policiers new-yorkais n’est qu’une invention de la part du scénariste. Toutefois, cela n’empêche nullement les spectateurs de se plonger dans cette intrigue originale où un simple shérif (personnel élu qui n’appartient pas forcément à la police) va devoir démanteler tout un réseau de flics ripoux tenus d’une main ferme par un lieutenant charismatique.
Malgré un budget très limité de 15 000 000 $ (soit 31 210 000 $ au cours de 2026), James Mangold a réussi à convaincre de très grand noms de se joindre au casting pour un salaire minimal par la grâce d’un script nettement plus intéressant que la moyenne. Ainsi, il a pu profiter de comédiens qui jouent habituellement pour Martin Scorsese comme Harvey Keitel (Mean Streets) ou encore Robert De Niro et Ray Liotta (tous deux dans Les Affranchis). Le clin d’œil est d’autant plus ironique que tous ceux qui incarnaient d’ordinaire des truands jouent ici des flics, mais pas forcément tous irréprochables.
Sylvester Stallone en total contre-emploi
Alors que le cinéaste souhaitait attribuer le rôle principal du shérif à un comédien inconnu, les Weinstein l’ont convaincu de prendre Sylvester Stallone. Ce dernier voulait alors réorienter sa carrière vers des rôles plus dramatiques et comptait montrer l’étendue de son jeu d’acteur. Pour le rôle, il est allé jusqu’à prendre 18 kilos, tout en faisant exprès de se donner une allure de type au bout du rouleau. Au passage, l’acteur se révèle plutôt bon dans ce contre-emploi total et Copland fait clairement partie de ses meilleures prestations.
Tourné à la manière d’un pur film indépendant, Copland séduit par son ambiance mélancolique (marquée par l’emploi de plusieurs chansons de Bruce Springsteen issues de son chef d’œuvre The River). L’histoire de ce shérif que la vie n’a pas gâté se révèle touchante, d’autant qu’il doit passer par la lutte contre tous ses anciens amis afin de retrouver sa dignité d’homme de loi. La thématique de la rédemption est d’autant plus intéressante qu’elle est ici totalement détachée de toute idée religieuse ou même d’une quelconque idéologie. Il s’agit uniquement de conter l’évolution psychologique d’un homme sourd d’une oreille, mais qui demeure surtout aveugle aux agissements des ripoux qui l’entourent. Il faudra l’intervention d’un lieutenant de l’inspection des services (très juste Robert De Niro, débarrassé de ses tics habituels) pour que le shérif réalise dans quel repaire de truands il évolue.
De bonnes critiques, mais une déception au box-office américain
Il faut donc attendre le dernier quart d’heure pour que les flingues sortent de leurs étuis et que Copland tourne au jeu de massacre. Mais contrairement aux autres films de Stallone, James Mangold se refuse à sublimer la violence et la filme de la manière la plus réaliste possible. Finalement, le portrait de la police n’est guère glorieux et il n’est pas étonnant que le long métrage ait déplu au grand public américain.
Malgré des critiques très favorables, y compris outre-Atlantique, Copland n’a guère suscité l’enthousiasme des foules nord-américaines. Avec un premier week-end à 13 510 482 $, le film policier a largement déçu les attentes des producteurs, notamment à cause de son casting qui devait attirer plus de monde en salles. Pire, la seconde semaine voit le film chuter sévèrement et Copland ne dépasse pas in fine 44 862 187 $ (soit 93 330 000 $ au cours de 2026) de recettes. Certes, le métrage n’est aucunement un échec financier, mais il n’a pas suscité l’enthousiasme des foules. Et malgré des critiques qui ont salué la prestation de Sylvester Stallone, cela n’a guère aidé à consolider sa carrière qui battait alors de l’aile.
Box-office parisien et français de Copland
Sorti à partir du mercredi 29 octobre 1997 par le distributeur Gaumont Buena Vista International, Copland se déploie dans 38 salles à Paris et sa périphérie pour un résultat de 85 717 Franciliens et une entrée en 5ème position du classement hebdo parisien. Si ce début est quelque peu moyen, le métrage ne perd que 26 % en deuxième septaine (63 334 retardataires, et près de 150 000 entrées en quinze jours). Toutefois, les 3ème et 4ème semaines s’avèrent bien plus sanglantes avec des chutes de 67 et 56 %, ce qui empêchera le film d’atteindre les 200 000 tickets sur Paris (en fait ils seront 184 214 policiers au total).
Ce résultat moyen se retrouve à l’échelle nationale où Copland entre 5ème avec 260 461 ripoux dans les salles. Là aussi, sa deuxième semaine s’avère plutôt favorable et porte ses résultats à 442 493 entrées. Mais la chute intervient trop rapidement par la suite et le film s’arrêtera net avec un total de 553 463 tickets vendus. Preuve que le public qui s’est rendu en salles n’avait pas forcément trouvé ce qu’il était venu chercher en voyant Stallone en tête d’affiche.
Depuis cette époque, le long métrage conserve une place à part dans le filmographie de Sylvester Stallone, tandis que le cinéaste James Mangold a fini par se couler dans le moule hollywoodien en livrant des œuvres inégales. Capable du meilleur (Walk the Line, 3h10 pour Yuma, Logan et Le Mans 66) comme du pire (Kate et Leopold, Wolverine : Le Combat de l’immortel ou Night and Day), le réalisateur est surtout devenu un yes man qui a laissé derrière lui ses ambitions d’auteur à part entière.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 29 octobre 1997
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© 1997 Miramax, Woods Entertainment, Across the River Productions. Tous droits réservés.
Biographies +
James Mangold, Robert De Niro, Sylvester Stallone, Harvey Keitel, Robert Patrick, Ray Liotta, Janeane Garofalo, Peter Berg, Annabella Sciorra, Edie Falco, Tony Sirico, Robert John Burke
Mots clés
Cinéma américain, Policier, Les flics ripoux au cinéma, Les violences policières au cinéma, La corruption au cinéma, Miramax