La femme du lac / La possédée du lac : critique et test blu-ray (1966)

Policier | 1h25min
Note de la rédaction :
7/10
7
La possédée du lac, jaquette flat

  • Réalisateur : Franco Rossellini Luigi Bazzoni
  • Acteurs : Salvo Randone, Valentina Cortese, Virna Lisi, Vittorio Duse, Philippe Leroy, Peter Baldwin
  • Date de sortie: 25 Nov 1966
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : La donna del lago
  • Titres alternatifs : La femme du lac (titre cinéma français) / La possédée du lac (titre vidéo français) / The Possessed (USA) / La mujer del lago (Espagne) / A Mulher do Lago (Brésil)
  • Année de production : 1965
  • Scénariste(s) : Luigi Bazzoni, Franco Rossellini, Giulio Questi et Renzo Rossellini, d'après le roman de Giovanni Comisso
  • Directeur de la photographie : Leonida Barboni
  • Compositeur : Renzo Rossellini
  • Société(s) de production : B.R.C. Produzione S.r.l. ; Istituto Luce
  • Distributeur : Film inédit en France, hormis la région Provence sous le titre La femme du lac.
  • Éditeur(s) vidéo : Artus Films (DVD et blu-ray, 2022), sous le titre La possédée du lac.
  • Date de sortie vidéo : 20 septembre 2022 (combo DVD / blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : -
  • Formats : 1.85 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : Design : Benjamin Mazure.
  • Crédits : © 2022 Artus Films.
Note des spectateurs :

A mi-chemin entre thriller populaire et film d’auteur, La possédée du lac séduit par son ambiance mystérieuse et même lugubre. Il s’agit assurément d’une œuvre intéressante à découvrir.

Synopsis : Écrivain en manque d’inspiration, Bernard va passer un séjour dans un hôtel de montagne du nord de l’Italie. Il espère aussi y retrouver Tilde, la femme de chambre dont il est tombé amoureux lors de son précédent séjour. Une fois sur place, il apprend que celle-ci s’est suicidée, et repose dans le cimetière près du lac. Mais les allusions des villageois et surtout la discussion avec un photographe va le porter à croire qu’elle aurait été assassinée.

Un premier film étonnant signé à quatre mains

Critique : Alors que la mode est au thriller à machination, le producteur Manolo Bolognini demande au scénariste Giulio Questi d’adapter un roman de Giovanni Comisso fondé sur un fait divers ayant eu lieu dans les années 40. Le futur cinéaste du western culte Tire encore si tu peux (1967), se lance dans cette besogne et en tire un scénario étrange qui est ensuite remanié par les deux réalisateurs officiels du film : Luigi Bazzoni et Franco Rossellini. Ce sont loin d’être des inconnus pour Manolo Bolognini puisque Luigi Bazzoni a été l’assistant de son frère Mauro sur Le Bel Antonio (1961) et Franco Rossellini a exercé la même fonction quelques temps après.

Les deux hommes se lancent donc dans la préparation de cette Femme du lac (titre français lors de sa sortie provinciale en 1966) ou La possédée du lac (titre de la sortie DVD/ Blu-ray d’Artus Films en 2022). Franco se charge essentiellement des problèmes logistiques et liés à la production, tandis que c’est bien Luigi Bazzoni qui s’occupe de la réalisation, comme l’indiquent les membres de l’équipe lors de leurs entretiens récents. Pourtant, les deux hommes signeront le film à quatre mains, comme pour compenser leur inexpérience derrière la caméra.

La possédée du lac navigue quelque part entre Hitchcock et Antonioni

Pourtant, La possédée du lac est loin d’être une œuvre mineure tant elle se joue du spectateur en imposant un rythme très lent, mais au parfum singulier. Dès les premiers instants, on est séduit par le cadre du film, une petite ville de province qui vit du tourisme, mais qui est ici hors saison. Lorsque le héros débarque dans ce cadre idyllique dominé par un lac intrigant, la ville présente déjà un aspect fantomatique, battue qu’elle est par le vent – qui ne cesse de saturer la bande sonore durant l’intégralité du long-métrage.

Dans cette atmosphère de fin de saison se joue une histoire où un homme cherche en vain une jeune femme disparue, croit la retrouver par le biais d’une autre, pour finalement se retrouver au cœur d’une intrigue policière assez classique. Ici, le parfum de Sueurs froides (Hitchcock, 1958) est constant, même si les deux films sont traités de manière radicalement différente.

Dans La femme du lac, Luigi Bazzoni fait intervenir à plusieurs reprises les rêves du protagoniste principal et signe ainsi des séquences hallucinatoires qui rappellent justement le cinéma futur de Giulio Questi. Le montage parfois volontairement heurté crée également une ambiance anxiogène, alors que le scénario, lui, reste finalement très terre à terre. Tout est donc affaire de réalisation dans ce long-métrage qui ne cesse d’intriguer par des choix de mise en scène audacieux. On se retrouve parfois très proche du cinéma d’un certain Michelangelo Antonioni, mais en restant tout de même dans le cadre strict du cinéma populaire, avec notamment une résolution logique de l’intrigue, là où le maître transalpin aurait opté pour un point de suspension.

Une première œuvre intrigante à découvrir d’urgence

Dans sa recherche du mystère, Luigi Bazzoni est secondé par une excellente partition musicale de Renzo Rossellini, le père de Franco, utilisée à bon escient de manière parcimonieuse, ainsi que par une très belle photographie en noir et blanc expressionniste signée Leonida Barboni. Les acteurs participent également à la réussite du film puisque Peter Baldwin fait un héros tourmenté plutôt bien campé et qu’il affronte ici un Salvo Randone impérial en directeur d’hôtel à l’attitude ambiguë. On saluera aussi la présence inquiétante de Philippe Leroy et du côté féminin, on admirera une fois de plus le jeu de Valentina Cortese et le charisme de Virna Lisi, pourtant présente dans très peu de scènes puisqu’elle incarne la jeune femme disparue.

Selon le site Encyclociné, le film serait donc sorti dans quelques salles en Provence sous le titre La femme du lac. Toutefois, le long-métrage a été très largement oublié depuis cette époque et il ressort de nos jours dans la collection thriller de l’éditeur Artus sous la dénomination La possédée du lac. Il s’agit d’une belle trouvaille et d’un excellent moyen pour faire connaissance avec l’œuvre trop méconnue de Luigi Bazzoni qui va également avoir l’honneur de la collection du Chat qui Fume avec Le Orme (1975), son tout dernier film de cinéma.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 23 novembre 1966

Acheter le film en combo DVD / Blu-ray sur le site de l’éditeur

La possédée du lac, la jaquette Artus

© 1965 B.R.C. Produzione S.r.l. – Istituto Luce / © 2022 Artus Films. Design : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Biographies +

Franco Rossellini, Luigi Bazzoni, Salvo Randone, Valentina Cortese, Virna Lisi, Vittorio Duse, Philippe Leroy, Peter Baldwin

Le test blu-ray :

Une belle édition d’un film rare, même si la copie donne parfois quelques signes de faiblesse. Les suppléments, eux, sont excellents.

Compléments & packaging : 4 / 5

Le film est disponible dans un packaging agréable à l’œil qui comprend un fourreau et un joli digipack qui s’ouvre en deux volets avec un DVD et un blu-ray à l’intérieur. Le design est soigné. Sur la galette proprement dite, le cinéphile pourra d’abord suivre une présentation riche en détails d’Emmanuel Le Gagne durant 30 minutes. Celui-ci revient essentiellement sur les carrières des différents membres de l’équipe et se replonge aussi dans le contexte cinématographique de l’époque.

Puis, les suppléments se poursuivent avec un documentaire passionnant de 35min où s’expriment d’anciens membres de l’équipe comme le scénariste Giulio Questi ou encore le maquilleur Giannetto De Rossi. Le tout est également soutenu par un historien du cinéma qui nous dévoile avec beaucoup de précisions les coulisses d’une œuvre peu connue. Ensuite, l’éditeur propose la bande-annonce, un diaporama, ainsi qu’un court-métrage plus contemporain pour compléter le programme.

L’image du blu-ray : 3 / 5

Si la restauration de l’image est effective, elle n’a pas permis de retoucher l’ensemble du long-métrage. Ainsi, des points blancs s’invitent souvent à la fête, tandis que certains plans demeurent étrangement flous. Etant donné la rareté du film, on ne fera pas la fine bouche car d’autres plans sont splendides et nous prouvent que nous sommes bien face à un blu-ray dont la définition peut être d’une précision chirurgicale.

Le son du blu-ray : 3 / 5

Là aussi la bande son du film a été retravaillée, mais les restaurateurs n’ont pas réussi à enlever un certain souffle qui s’impose de temps à autre. Heureusement, la présence permanente du vent sur la bande son permet d’effacer ce léger désagrément. Le film n’est présenté qu’en version italienne sous-titrée, mais cela ne dérangera certainement pas les puristes, sachant que ce thriller s’adresse avant tout à un public cinéphile, et non à des bisseux cherchant un spectacle fun pour passer une agréable soirée.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

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La possédée du lac, jaquette flat

Bande-annonce de La possédée du lac (VA)

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