Interstellar : la critique du film (2014)

Science-Fiction | 2h49min
Note de la rédaction :
9/10
9
Affiche française d'Interstellar de Christopher Nolan

  • Réalisateur : Christopher Nolan
  • Acteurs : John Lithgow, Jessica Chastain, Anne Hathaway, Matthew McConaughey, David Gyasi, Michael Caine, Topher Grace, Timothée Chalamet, Casey Affleck
  • Date de sortie: 05 Nov 2014
  • Nationalité : Américain, Britannique
  • Scénaristes : Christopher Nolan, Jonathan Nolan
  • Compositeur : Hans Zimmer
  • Distributeur : Warner Bros
  • Editeur vidéo : Warner Bros Entertainment, Paramount
  • Date de sortie vidéo : 1er avril 2015 (DVD, blu-ray), 28 décembre 2017 (Ultra HD 4K)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 2 651 382 entrées / 1 071 360 entrées
  • Box-office USA : 188 020 017$
  • Budget : 165 000 000$
  • Nominations : 5 nominations techniques aux Oscars (décors, son, montage sonore, effets visuels, musique), 1 nomination aux Golden Globes (musique), 3 nominations (musique, décors, photographie) et une victoire (effets visuels) aux BAFTA

Avec Interstellar, Christopher Nolan trouve dans l’espace la possibilité d’une architecture cinématographique grandiose qui perdra beaucoup de spectateurs en plein trip.

Synopsis :  Un groupe d’explorateurs utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire.

Critique : Nouveau film apocalyptique qui décrit un monde aride, abîmé par la surpopulation et la surconsommation, Interstellar ne cherche pas à expliquer ou condamner le fiasco humain, préférant utiliser l’état actuel du monde pour lorgner du côté des étoiles.

Christopher Nolan est britannique et se souvient peut-être de ses ancêtres puritains partis tenter leur chance vers un Nouveau Monde à conquérir. Le film est américain, et l’esprit de conquête est dans les gènes mêmes de la nation.

Affiche alternative Imax d'Interstellar

© 2015 Warner Bros Entertainment and Paramount Pictures Corporation. Tous droits réservés

Interstellar est donc une œuvre à l’esprit d’entreprise (commercialement elle repose sur un budget colossal, portant une durée radicale de près de trois heures) et de conquête, qui aime se référer aux pionniers de l’Amérique. L’homme se résumerait-il à cela ? Une quête perpétuelle d’ailleurs? Nolan s’interroge. La recherche spatiale dans l’avenir de S.F. du film, est handicapée par la récession, l’obligation d’utiliser l’argent public pour se conformer aux exigences d’une réalité biologique concrète : l’organisme humain doit manger et l’on a désormais davantage besoin d’agriculteurs que d’explorateurs… Sauf que, quand les fléaux s’abattent sur le monde, l’investissement scientifique est toujours un placement capital.

Interstellar pose un postulat de dystopie

Dans Interstellar, la Nasa n’a pas baissé les bras, elle officie toujours, en souterrain, consciente des soucis de gravité d’une planète à qui l’on dissimule volontairement son inéluctable fin pour ne pas déclencher davantage de chaos que celui qu’elle doit déjà subir. Les savants américains fomentent des plans A, B, ou C, pour envisager le sauvetage de l’espèce, ou du moins l’exil de certains. Et si la réponse était ailleurs?

L’apparition d’une faille aux confins de notre galaxie, dans l’espace-temps, semble être un pont vers un monde meilleur, sans maléfices, ouverte par des entités indéfinissables mais bienveillantes, sans jamais être décrites comme divines, car curieusement Dieu est absent du projet… Mais pourquoi fuir à des années-lumière pour, peut-être, n’y trouver que la mort ? Une question que se posera James Gray dans Ad Astra, film semblable, moins abouti.

Matthew McConaughey dans

© 2015 Warner Bros Entertainment and Paramount Pictures Corporation. Tous droits réservés

Les explorateurs joués par Matthew McConaughey et Anne Hathaway doivent se reposer cette même question, inlassablement, alors que la distorsion du temps et de sa relativité leur fait perdre sept ans en une heure, au contact de la gravité d’un astre situé dans une autre dimension… Ont-ils quitté les leurs pour mieux revenir avec une solution ad hoc ? Plus l’intrigue s’enfonce aux confins de la métaphysique, plus l’on doute d’un éventuel retour. Ou, au contraire, on envisage le sempiternel sacrifice pour offrir pléthore d’informations et concrétiser la perspective de futures colonies. Des interrogations obsessionnelles quand un père laisse derrière lui deux enfants à qui il a promis le retour, un jour…

Quand la métaphysique épouse la physique, le drame humain est poignant.

Interstellar refuse d’être un blockbuster de science-fiction lambda, et se rêve dans les étoiles de 2001 de Kubrick ou AI de Spielberg. Christopher Nolan déploie une épopée épique et opératique, où l’humain est au cœur de l’intrigue, et non les effets spéciaux comme souvent dans ce type de récit. Gravitant entre le triptyque de chef-d’œuvre Gravity, Sunshine et surtout 2001, l’Odyssée de l’espace, Interstellar s’envisage comme un trip. Les boucles de la composition musicale de Hans Zimmer évoquent davantage le travail de Philip Glass sur les Qatsi que ses collaborations passées avec le réalisateur, ses boucles incessantes, entre annonce prophétique d’Armageddon et requiem pour une humanité exsangue. L’émotion est palpable dans ses notes, elle inonde le métrage, dans ses intentions renvoyant l’homme à sa mortalité et sa légitimité existentielle.

Dans l’espace, personne ne vous entend pleurer

La réflexion sur la famille, la perpétuation de l’espèce, sont des thèmes magnifiquement repris par Nolan qui emballe le tout à sa manière, dans une nappe céleste, où le recueillement est aussi favorisé par le silence spatial et l’insupportable solitude de l’être dans cet infiniment grand si oppressant. Mais, plutôt que de s’attarder sur cet aspect contextuel et spectaculaire qui faisait le charme grandiose de Gravity, il ose l’audace de la comparaison avec Kubrick en s’accrochant à son style… Inception vient ainsi immédiatement à l’esprit dans sa construction gigogne, ses rebondissements tridimensionnels où l’on plie, au sens propre et figuré, l’espace-temps.

Requiem pour le rationnel

Fulgurante matérialisation de l’inaccessible, jusque dans son fantasme pénétré du trou noir, Interstellar joue avec les dimensions et propose des scènes hallucinantes de beauté, une architecture spatiale bien à lui, qui nous fait, en toute fin, oublier les longueurs d’une première partie terrestre paradoxalement infantilisée par son discours scientifique abscons. Un défaut qui écarte cette fiction du film somme tant attendu de la part de son auteur.

Sûrement conscient de sa magnificence et brûlé par ses propres vanités, Interstellar est sûrement un objet cinématographique grandiose, mais qui a oublié l’essentiel, la modestie. Nolan se permet tout, souvent pour le meilleur, mais au risque de perdre une partie de ses spectateurs qui ne sauront trop comment appréhender pareilles audaces si lointaines de leurs contingences terrestres. Nonobstant, ce périple exaltant est une forme de chef-d’œuvre …

Frédéric Mignard

Les sorties du 5 novembre 2014

Teaser d'Interstellar de Christopher Nolan

© 2015 Warner Bros Entertainment and Paramount Pictures Corporation. Tous droits réservés

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Affiche française d'Interstellar de Christopher Nolan

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