Réalisateur, producteur, scénariste et acteur sino-américain, John Woo est né en 1946 à Canton, en Chine. Il n’a pas cinq ans lorsque sa famille s’installe à Hong Kong, sans doute pour fuir le régime communiste récemment arrivé au pouvoir en Chine. La misère marque son enfance et sa prime scolarité. Toutefois, il découvre très jeune le cinéma qui le passionne et il montre très jeune des aptitudes à la réalisation puisqu’il tourne des courts en amateur.
Un spécialiste des arts martiaux dans les années 70
Passé la vingtaine, John Woo commence à arpenter les plateaux de cinéma en tant qu’assistant et il finit par intégrer les célèbres studios de la Shaw Brothers à l’orée des années 70. Là, il assiste pendant quelques temps le maître du film d’action : Chang Cheh. Il y apprend ainsi toutes les ficelles du métier. En 1974, il peut passer à la vitesse supérieure en devenant son propre maître sur le tournage de Les jeunes dragons (1974), un premier film d’arts martiaux.
Pendant plusieurs années, il devient donc un yes man de l’industrie hongkongaise avec des films d’arts martiaux comme Le Maître de Taekwondo (1974). Mais seuls sortent en France Shing le fantastique Mandchou (1976), La Princesse Cheung Pin (1976) et surtout La dernière chevalerie (1979) qui est le film le plus connu de cette période d’intense activité.
Malheureusement pour lui, sa carrière semble tourner court au début des années 80 lorsque le cinéma de Hong Kong ne semble plus parvenir à se renouveler. Malgré un nombre conséquent de réalisations, aucun de ses films ne parvient à marquer les esprits et John Woo tombe en dépression. Afin de ne pas abandonner celui qu’il considère comme un maître du cinéma d’action, le réalisateur et producteur Tsui Hark lui offre d’intégrer la firme Cinema City en 1983, puis de le suivre dans sa propre structure, la Film Workshop.
La (re)naissance artistique du milieu des années 80

© 1986 Cinema City – Film Workshop. Tous droits réservés.
Soutenu par son cadet, John Woo réoriente alors sa carrière en réalisant un polar hard boiled intitulé Le syndicat du crime (1986). Avec 34 millions de dollars HK de recettes [1], le long métrage sidérant atteint la première place annuelle du box-office dans l’île encore sous influence britannique. Le phénomène est tel que John Woo est contraint d’en tourner une suite dans la foulée, justement intitulée Le syndicat du crime 2 (1987). Malgré une qualité artistique moindre, le métrage n’a aucun mal à se positionner très haut dans les classements locaux avec 22 millions de dollars HK de recettes [1]. Par ailleurs, le polar s’est mieux vendu à l’étranger.
Restant fidèle à Tsui Hark qui l’a remis en selle, John Woo se voit pourtant refuser tous ses projets suivants par un jeune producteur désormais jaloux du succès de son ainé. John Woo insiste notamment pour réaliser The Killer (1989) qu’il parvient finalement à monter avec l’aide de la star Chow Yun Fat et la société de production Golden Princess. C’est assurément avec ce film que le style de John Woo trouve sa plénitude, avec bon nombre de ralentis marquants et une tendance à injecter du drame à l’intérieur d’un récit qui fait la part belle à l’action. Le résultat, absolument passionnant, connaît un succès correct à Hong Kong, mais va surtout acquérir un statut de film culte au cours du temps, y compris en Occident. En France, le polar ne sort que tardivement dans les salles, au mois d’avril 1995 (fédérant 85 825 amateurs de cinéma HK).

© 1992 Golden Princess Film Production Limited – Milestone Pictures – Pioneer LDC / Affiche : Gayot & Gayot. Tous droits réservés.
Désormais loin de l’influence de Tsui Hark, John Woo peut enfin réaliser les projets qui lui tenaient à cœur et il enchaîne plusieurs films d’affilée dont Une balle dans la tête (1990), Les associés (1991) et surtout l’incroyable A toute épreuve (1992) qui propose deux heures d’action non-stop au cœur d’un hôpital. Le métrage sort dans la foulée en France (85 104 spectateurs font le déplacement) et devient une nouvelle référence en matière de film d’action.
En ce début des années 90, John Woo est devenu une véritable star internationale, ses films se vendant sur son seul nom. Une bien belle revanche pour celui qui était au fond du trou dix ans auparavant. Comme bon nombre de ses compatriotes de l’époque, John Woo décide de quitter Hong Kong – il faut se souvenir de la menace que représentait la rétrocession à la Chine programmée pour 1997 – et il se rend à Hollywood.
L’expérience hollywoodienne et les succès internationaux
Pourtant l’adaptation au système hollywoodien s’avère particulièrement difficile et John Woo débute modestement sur les terres de l’Oncle Sam. Ainsi, il tourne Chasse à l’homme (1993) avec la star du moment Jean-Claude Van Damme. Le film, pas très bon, connaît un petit succès d’estime et fédère même 680 614 Français. La déception est toutefois de mise par rapport aux attentes. Il n’est pas beaucoup plus inspiré avec Broken Arrow (1996), cette fois mené par John Travolta. Les résultats sont encore une fois passablement moyens et les spectateurs français ne se précipitent pas (445 343 entrées).

© 2000 Paramount Pictures / Affiche : BLT Communications, LLC. All Rights Reserved.
Après la réalisation d’un téléfilm, John Woo revient véritablement aux affaires avec Volte/face (1997) où il associe John Travolta et Nicolas Cage pour une histoire complètement folle. Le budget conséquent est remboursé, mais ce sont surtout les critiques et les fans du cinéaste qui sont heureux de le retrouver en pleine possession de ses moyens. En France, c’est carton plein avec 1 650 150 de mâles en furie dans les salles.
Si l’on excepte le tournage express d’un autre téléfilm, John Woo met trois ans à préparer Mission : impossible 2 (2000) pour le compte de la star Tom Cruise. Comme prévu, le métrage est un carton international, même si la qualité est discutable à cause d’effets de style trop appuyés. Le cinéaste décroche en tout cas son plus gros score en France en franchissant la barre des 4 millions de spectateurs. John Woo semble donc intouchable.
Le temps des échecs et le retour en Chine
Il a désormais les mains libres pour tourner des projets qui lui tiennent à cœur comme le film de guerre Windtalkers : Les Messagers du vent (2002) porté par Nicolas Cage. Le film surchargé se vautre au box-office mondial et ne réunit que 379 769 Français. Cet échec ramène John Woo à l’action pure et dure pour le raté Paycheck (2003) avec le toujours très fade Ben Affleck. L’échec était prévisible (même si les Français se distinguent avec 689 651 tickets vendus).
Ces contre-performances au box-office fragilisent la position de John Woo à Hollywood et le réalisateur choisit de repartir sur ses terres chinoises. Là-bas, on lui offre un pont d’or pour réaliser une fresque historique intitulée Les 3 royaumes (2008). Scindé en deux parties, le film est à la fois le plus gros budget alloué par le gouvernement chinois et aussi le plus gros succès obtenu par un film sur ce territoire. En France, il nous parvient sous une forme ramassée à un unique film de 2h30min pour un résultat moyen de 503 457 entrées.
Les films plus récents
Totalement maître à bord grâce à sa propre compagnie de production – la Lion Rock Productions – John Woo enchaine les films ambitieux aux budgets faramineux. Il livre ainsi Le règne des assassins (2010) avec Michelle Yeoh, puis tourne à nouveau une fresque de quatre heures coupée en deux : The Crossing. Mais cette fois, le long métrage coûteux est un désastre au box-office chinois. Aucun de ces films ne sortent d’ailleurs en Occident.

© Universal Studios. All Rights Reserved.
Contraint à la faillite, John Woo tente de revenir au polar avec Manhunt (2017) qui ne semble pas avoir trouvé son public en Asie. Désormais âgé, le cinéaste demeure longtemps inactif, avant de revenir en Occident. Il passe d’abord par les Etats-Unis où il réalise Silent Night (2023), puis se rend à Paris où il ose créer un remake de son film le plus admiré. The Killer (2024), mené par Omar Sy et Nathalie Emmanuel, va sortir sur les écrans français fin octobre 2024 et l’on n’en attend vraiment pas grand-chose au vu des premières images.