Dans l’esprit trash des comédies françaises de la fin des années 90, Frogz de Guillaume Tunzini sortira en catimini dans un seul cinéma, en 2001.
Synopsis : Des sorcières en vinyle trafiquantes de substances illicites bio, un riche héritier gay s’ennuyant à mourir, une mère possessive contrebandière et diabolique, un contrat de mariage aux clauses surréalistes. Frogz revisite le mythe du prince charmant et parodie les contes de fées.
Critique : Frogz est sorti en 2001, un mois après l’effondrement des Twin Towers. Le monde avait déjà basculé dans autre chose. La comédie indépendante a fini l’année à la 581e place sur 595 films exploités en salle durant cette année-là. Un score sinistre, préparé par des critiques unanimement affligées, celles de rares journalistes qui avaient subi l’objet au préalable. Marketé comme une expérience trash et décadente, assumant son interdiction aux moins de 12 ans, Frogz devra attendre une sortie vidéo tardive pour trouver enfin quelques spectateurs pour se bâtir une vraie réputation, celle basée sur le retour du public.
Dans la tradition libertaire du cinéma français des années 1990
Dans la tradition d’un cinéma français libertaire des années 90, décennie des François Ozon (Sitcom), Jan Kounen (Vibroboy), Gaspar Noé (Seul contre tous), Jérôme Boivin (Baxter), le film existe grâce à l’avènement de la DV, la caméra numérique bon marché et extrêmement mobile qui a rendu bien des œuvres de cinéma de cette époque affreusement irregardable aujourd’hui (La vierge des tueurs de Barbet Schroeder ou Inland Empire de David Lynch ont subi ce mauvais traitement).
Produit entre potes et voulu comme une œuvre tendance, avec un sujet LGBT ozonien, en mode techno de fins de rave gonflée aux boîtes à rythmes exaspérantes – quand la vraie tendance musicale était en fait la French Touch-, Frogz n’a jamais réussi à se faire une place au panthéon des œuvres culte ou maudites, auquel son faux toupet semblait vouloir la raccrocher.
L’opération mauvais goût trébuche sur bien des aspérités. La grossièreté des dialogues ne parvient pas à faire mouche ; l’incongruité des plans convient à la faute professionnelle rédhibitoire, et le script incohérent est d’une improbabilité débilitante. Le politiquement incorrect repose notamment sur une concurrence entre des sorcières ergoteuses qui dealent des drogues naturelles, et des contrebandières qui s’inscrivent violemment dans le trafic de drogues de synthèse. Pendant ce temps, un jeune héritier homosexuel en débardeur se trémousse de colère à devoir trouver une épouse et ainsi combler les exigences de son défunt père.
Frogz est le vilain crapaud du cinéma underground à la John Waters
Exploitant les tendances acidulées du début de la décennie 2000, le film de Guillaume Tunzini aimerait se rapprocher de l’underground du pape du mauvais goût, John Waters. Mais ce dernier se faisait naturellement le chantre d’une authentique contre-culture quand Tunzini et sa bande se prélassent dans une culture télévisuelle de deuxième partie de soirée, celle des insolents plateaux de télévision de l’époque ou bien de la téléréalité crue, née en 2001 avec Loft Story.
Visuellement, le cinéaste de Baltimore adoptait dans des joyaux comme Multiple Maniacs, Pink Flamingos, et le génial Desperate Living, un naturalisme hippie de l’outrage pour ébranler le confort bourgeois. La DV de Frogz, elle, est juste la seule subversion d’un film inoffensif qui ne tient aucun propos politique et n’a même pas le courage de l’acte de l’outrance pour marquer les esprits. Pédale douce de Gabriel Aghion paraît avec du recul, dans son hommage au cinéma de Blier, bien plus irrévérencieux que cette sitcom sous acide où même la musique techno qui tambourine les oreilles est inaudible.
Une résurrection tardive en DVD
En 2009, au paroxysme du marché du DVD, l’éditeur BQHL, à l’affût de titres pour étoffer son catalogue, sort Frogz de nulle part et l’habille d’une jaquette inconfortable dans le ton moche des images du film. Vendu comme une comédie techno trash & déjantée, le spectacle amateur y trouve un habillage franc. Les curieux qui l’estiment à leur bon goût pourront tenter d’y poser les yeux. D’autres parodies de cette époque du DTV improvisé, comme Loft Pourri de Claude Witz et Philippe Bonnan, les attendent. La liste est longue et a abîmé bien des yeux de curieux.