Pédale douce : la critique du film (1996)

Comédie; Comédie de mœurs, LGBTQ | 1h40min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche du film Pédale douce

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Gros succès français des années 90, Pédale Douce est une comédie sociologique drôle et pétillante qui mérite d’être réévaluée.

Synopsis : Célibataire, Adrien Aymar est un respectable homme d’affaire… tout du moins durant la journée. Le soir, Adrien troque son costume pour une tenue de drag-queen, et se rend chez son amie Eva, gérante d’une boîte de nuit gay. Lorsque son patron, Alexandre Agut, l’invite lui et sa femme à dîner chez lui, Adrien ne trouve d’autre solution que de demander à Eva d’endosser ce rôle. Alexandre est immédiatement subjugué par  » Mme Aymar « , bien qu’il soit marié avec Marie. En suivant Eva jusqu’à son restaurant, il découvre qu’Adrien et André, un autre de ses collaborateurs, sont homosexuels…

Un film phénomène

Critique : Souvent déprécié à tort, Pédale Douce a été le quatrième plus gros succès annuel en France, derrière des productions énormes comme Independence Day ou Se7en. Il fut aussi le premier film français au box-office de cette année-là. Nominé 7 fois aux César, la comédie phénomène vaut à Fanny Ardant l’unique reconnaissance de ses pairs de sa longue carrière. Et pour un spectacle dit populaire, les critiques furent en plus bonnes. La totale.

Le divertissement de Gabriel Aghion surfait alors sur la vague du succès de Gazon maudit, la comédie lesbienne de Josiane Balasko qui avait bousculé la France en 1995. Pourtant, Pédale Douce ne fut pas aisé à produire, l’homosexualité demeurant un sujet tabou pour les chaînes de télévision peu pressées quand il ‘agissait d’investir dans un prime-time sulfureux,  préférant aborder la thématique via des reportages douteux de seconde partie de soirée.

Un Queen et un Banana Café, SVP !

Initié par Aghion qui connaissait là son premier succès pour après 3 longs et 13 ans d’anonymat, la pédale douce du Marais (traduire par hétéro mais pas trop),  trouve sa truculence dans la connivence dans son casting. L’idée a été également inspirée par les années flamboyantes de Pierre Palmade au Banana Café, bar à la mode des noctambules de l’époque. L’humoriste sert ici dialoguiste et a nourri l’oeuvre de savoureuses répliques inspirées par ses incartades nocturnes, au risque de donner l’impression d’une oeuvre trop écrite et datée, toujours à la recherche de la bonne réplique. Il est vrai que l’on n’écrit plus comme cela aujourd’hui.

Mais c’est Patrick Timsit, en contre-emploi d’homo exubérant total, qui propulse le drag queen show au rang des projets qui comptent. Alors au sommet de sa popularité, l’acteur qui sort du carton du très inoffensif Un Indien dans la ville en écrit le scénario avec Aghion et ose tenir le premier rôle, avec ou sans jupe.

Avant la banalisation de la présence des gays dans l’univers médiatique français, Pédale douce se fait précurseur et, sans plaider pour une cause qui le dépasserait, est surtout le reflet sociologique d’un milieu à un instant transitoire de son existence, celui des homosexuels branchés des années 90, cachés au boulot et encore repliés dans leurs quartiers, de quoi susciter le fantasme de la population de l’époque. Les stéréotypes et types de LGBT  qui se manifestent avec véhémence à l’écran sont assumés par les protagonistes, tous rocambolesques ; ils reproduisaient la véracité du terrain avec truculence, jusqu’à l’irrésistible femme à pédés jouésepar une étonnante Fanny Ardant qui a rarement été aussi azimutée au cinéma.

Un spectacle offensif excessif et gentiment subversif

Excessif, offensif, gentiment subversif en son temps, le film ose introduire la face cachée de Paris à un public hétérosexuel convié à du boulevard travesti où la bourgeoise et le bourgeois (Laroque et Berry, droits dans leurs bottes, sont confrontés à l’excentricité de créatures mi-hommes mi-drags, à un monde poppérisé  où la bonne humeur est crue, délicieusement garce, et nourrie aux icônes d’une communauté urbaine aux codes spécifiques (Farmer, Dalida, Boney M sont de la bande-originale). Le bon esprit n’est pas tout public et l’équipe entière réfute le politiquement correct, préférant la sagacité du mot à la Blier au simple vaudeville romantique gay-friendly.

Vingt-ans après, l’occasion nous est donnée de célébrer à nouveau l’oeuvre dont la réputation a été sévèrement égratignée par le flop absolu du second volet, pour le coup, sur-écrit par Bertrand Blier en personne : Pédale dure (2004) est une oeuvre historiquement ratée, vulgaire, misogyne et homophobe, qui a envoyé Gabriel Aghion dans l’antichambre de l’enfer télévisuel, après les échecs des déjà peu appréciés Absolument Fabuleux et Le Libertin.

Aujourd’hui, alors que beaucoup se galvanisent autour des Crevettes pailletées, la comédie LGBTQ de 1996 mérite d’être réévaluée et de retrouver auprès des spectateurs la flamboyance qui fut longtemps la sienne. Les nostalgiques y retrouveront les tendances d’une décennie, alors que le drame n’est jamais terré loin, venant offrir une gravité bienvenue à certaines séquences, notamment habitées par le spectre du sida et de ses ravages générationnel.

Sorti dans 307 cinémas le 27 mars 1996, Pédale Douce coiffa au poteau un certain Toy Story, le classique de John Lasseter… Tout est dit sur l’époque où les Avengeuses – en fait des butineuses françaises – faisaient un pied de nez au family-movie de Disney.

Critique de Frédéric Mignard

 

Affiche du film Pédale douce

Crédits : StudioCanal (2013)

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