Adaptation ratée d’un jeu vidéo horrifique culte, Five Nights at Freddy’s s’adresse surtout à un public prépubère qui ne verra pas les grosses ficelles du script et l’absence totale d’ambiance ténébreuse. Voilà un Freddy qui manque de griffes.
Synopsis : Mike, jeune homme perturbé, s’occupe de sa sœur Abby, âgée de 10 ans. Il est toujours hanté par la disparition, jamais élucidée, de son petit frère, survenue il y a une dizaine d’années. Récemment licencié, il a absolument besoin de retrouver un emploi pour ne pas perdre la garde d’Abby. Il accepte donc un poste de gardien de nuit, dans un restaurant désaffecté : Freddy Fazbear’s Pizzeria. Mais Mike ne tarde pas à comprendre que les apparences y sont terriblement trompeuses. Avec l’aide de Vanessa Shelly, agent de police, il est confronté, la nuit, à des phénomènes surnaturels inexplicables et bascule dans un univers cauchemardesque…
Près de dix ans de development hell
Critique : Créé en 2014 par Scott Cawthon, le jeu vidéo Five Nights at Freddy’s a rencontré un succès inattendu dans le domaine de l’horreur vidéoludique. Outre plusieurs suites et spin-off, la franchise à succès a aussi été développée en dessin-animé. Forcément, Hollywood ne pouvait rester indifférent à un tel phénomène. C’est ainsi que le studio Warner Bros. s’est intéressé au concept pendant quelques temps avant de jeter l’éponge faute d’un scénario convaincant. Finalement, la compagnie Blumhouse de Jason Blum a récupéré les droits d’adaptation du jeu vers 2017, mais la production fut à nouveau chaotique.

© 2023 Universal Studios. Tous droits réservés.
Ainsi, le créateur du jeu ne s’avoue pas satisfait du script et plusieurs cinéastes finissent par abandonner le projet, dont Gil Kenan et Chris Columbus. Après un développement de plusieurs années, parsemé d’échecs et de reprises, le projet échoue dans les mains de la réalisatrice Emma Tammi, surtout connue pour avoir tourné un petit film d’horreur intitulé Terre maudite (2018). Ce faux western aux accents angoissants a effectivement séduit de nombreux critiques dans les festivals, même si nous avons eu du mal à lui trouver de réelles qualités, tant le métrage brasse du vide avec constance.
Retour à l’écran de vedettes passées de mode
Pourtant, Emma Tammi est bien celle qui parvient à mener le projet d’adaptation à bien, toujours sous la houlette de Jason Blum qui débourse cette fois la coquette somme de 20 millions de dollars, lui dont les productions dépassent rarement les 15 millions. Le producteur a toutefois du flair et il sait qu’il peut compter sur une importante fanbase attachée au jeu vidéo. C’est finalement entre 2022 et 2023 que la production est enclenchée, avec un tournage évoluant entre la Louisiane et New York.
Pour incarner le rôle principal, la production opte pour Josh Hutcherson qui revient au grand écran après un long intermède télévisuel (dans la série Future Man entre 2017 et 2020) et un petit passage à vide depuis la fin de la saga Hunger Games. Face à lui, Emma Tammi offre un rôle central à Matthew Lillard qui demeure attaché au genre horrifique depuis sa prestation remarquée dans le premier Scream (Wes Craven, 1996). Enfin, pour incarner la tante odieuse, Mary Stuart Masterson effectue un retour étonnant au grand écran après plus d’une quinzaine d’années consacrées à la télévision.
Five Nights at Freddy’s, un PG-13 désespérant de platitude
Pourtant, cela ne suffit pas à faire de Five Nights at Freddy’s une franche réussite, loin de là. Comme frappé par la malédiction des adaptations ratées de jeux vidéo, le métrage vient s’ajouter à la liste déjà bien trop longue des essais infructueux pour transposer l’ambiance horrifique d’un jeu sur grand écran. D’ailleurs, le constat s’effectue dès les premiers instants de cette production désespérément marquée par un PG-13 qui classe le film dans la catégorie des œuvres pour enfants ou adolescents prépubères.
Dès la séquence d’ouverture censée donner le ton, le long métrage souffre d’une absence totale d’ambiance inquiétante, tandis que le premier meurtre s’avère interrompu dans son déroulement, histoire de ne pas trop effrayer le jeune public. Cette tendance à couper chaque moment qui risquerait de choquer se confirmera dans la dernière partie d’une œuvre décidément timide en matière d’hémoglobine. Outre un nombre de morts extrêmement chiche, Five Nights at Freddy’s souffre d’une absence totale de sang et, bien pire, du moindre frisson.
Acteurs cherchent charisme désespérément
Pour tenter de compenser, les auteurs ont cru bon ajouter une intrigue absurde se déroulant durant les rêves du personnage principal et dont la résolution est d’une telle évidence que l’on trouve la solution dès le premier quart d’heure du film. Reste à supporter plus d’une heure et demie de développements pseudo psychologiques qui n’ont aucun intérêt, d’autant qu’ils sont incarnés par des acteurs en recherche désespérée de charisme. Josh Hutcherson ne semble guère progresser avec les années, lui qui était un enfant-star fort agréable. Ici, il semble aussi perdu que son personnage auquel on ne s’attache d’ailleurs jamais. Il est secondé par une petite fille pas franchement craquante non plus (Piper Rubio, sans intérêt), et par Elizabeth Lail qui ne dégage tout simplement rien face à la caméra. Même Mary Stuart Masterson indiffère, alors que son rôle de mégère pouvait amuser sur le papier.

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Plombé par un humour sans saveur et sans audace, Five Nights at Freddy’s n’a donc pas grand-chose à proposer au spectateur, si ce n’est une esthétique années 80 sympathique – mais trop vue depuis quelques années et le succès de la série Stranger Things – et un emploi correct des animatroniques de la Jim Henson Creature Shop, dont le design Z peut amuser le temps d’un ou deux plans. Cela demeure toutefois bien maigre pour une œuvre tirée d’un jeu généralement qualifié d’effrayant par ses fans.
Un carton américain…
Malgré la médiocrité du produit fini, fort ennuyeux et mou du genou, Five Nights at Freddy’s a cartonné dans le monde entier lors de sa sortie fin 2023. Aux Etats-Unis tout d’abord, le métrage a été judicieusement positionné fin octobre, soit une semaine avant Halloween, alors qu’aucun concurrent ne lui faisait face. Dès lors, le film a réussi l’impensable en cumulant plus de 80 millions de dollars de recettes dès son entame.
Souvent déçu par le résultat, le public a visiblement émis des réserves qui ont fait chuter le métrage de plus de 75 % en deuxième semaine. Toutefois, même avec ce gadin impressionnant, Five Nights at Freddy’s a terminé sa carrière nord-américaine avec plus de 137 millions de dollars empochés (pour un budget très contraint de 20 millions). Cela en a fait le film d’horreur le plus lucratif de l’année 2023, et ceci malgré les limites qualitatives évoquées plus haut.
… confirmé par les adolescents français
En France, les adolescents ont été conviés par Universal à partir du 8 novembre 2023, ce qui était audacieux puisque Disney sortait la même semaine The Marvels (Nia DaCosta) qui devait rafler la mise. Mais les lois du box-office sont impénétrables et le film horrifique positionné dans 331 salles (soit 200 de moins que le nanar Marvel au féminin) décroche la timbale avec 493 993 bandes de jeunes dans les salles obscures en une seule semaine.
Ce démarrage canon permet à Universal de gonfler le nombre de copies qui ira jusqu’à 481 en quatrième semaine. Toutefois, cela n’empêche nullement le métrage de perdre beaucoup de spectateurs d’une semaine à l’autre. Preuve d’un bouche à oreille inégal et contrasté. En un seul mois de présence, Freddy’s a déjà avalé plus de 800 000 ados et finit à 852 256 tickets vendus au bout de huit semaines de présence à l’écran. Il s’agit donc d’un très beau succès dans le domaine de l’horreur.
Avec près de 300 millions de dollars amassés dans le monde, Five Nights at Freddy’s est donc une excellente affaire pour son producteur qui a rapidement mis en chantier une suite, toujours réalisée par Emma Tammi et qui devrait débouler sur les écrans fin 2025. On espère sincèrement que le résultat sera nettement supérieur, même si on en doute fortement.
Critique de Virgile Dumez
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Emma Tammi, Elizabeth Lail, Matthew Lillard, Josh Hutcherson, Mary Stuart Masterson, Piper Rubio
Mots clés
Cinéma américain, Films d’horreur de 2023, Blumhouse Productions, Adaptations de jeu vidéo, Les robots tueurs au cinéma, Les fantômes au cinéma