Tourné après les deux triomphes de Trinita, El Magnifico est un Terence Hill mineur, mais toujours agréable, désormais disponible dans une édition vidéo cossue.
Synopsis : Tom Moore est un étudiant assidu d’une grande école britannique. Lorsque son père, Joe, un célèbre cow-boy de l’Ouest américain, décède, Tom retourne dans sa ville natale où il rencontre les amis de son père : Bull, Holy Joe et Monkey, des hommes rustres sans aucune notion de politesse. Déçu d’imaginer son père côtoyer de telles personnes, Tom entreprend de les remettre sur le droit chemin. Mais les hommes du Far West ne se laissent pas faire et décident à la place d’apprendre au jeune anglais à devenir un véritable cow-boy.
Critique : El Magnifico est réalisé par Enzo Barboni, sous le pseudonyme de légende E.B. Clucher. L’ancien chef opérateur de westerns spaghettis au sérieux crépusculaire, réalisés par Leone et Corbucci, est celui qui a cassé le genre en le détournant pour le réduire à des divertissements de l’Ouest à l’héroïsme plombé par l’humour. Barboni/Clucher fera de la parodie ou du moins des comédies d’action en territoire américain sa marque de fabrique. Un sous-genre mal vu par le père Sergio Leone qui se sentait commercialement dépassé par l’un de ses disciples, mais qui, concrètement, est parvenu à relancer le genre exsangue du western européen : On l’appelle Trinita et On continue à l’appeler Trinita ont été de véritables phénomènes au box-office européen incitant le producteur de légende Alberto Grimaldi (Sergio Leone, Sollima, Fellini, Bertolucci, Pasolini) a produire ce qui aurait pu être un troisième volet de Trinita mais qui deviendra une comédie initiatique totalement différente de l’esprit vagabond de la franchise qui fit de Terence Hill et Bud Spencer des superstars du rire.

Artwork 2025 © Bubbel Pop. © 1972 United Artists Corporation. © 1973 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. Tous droits réservés / All rights reserved
Dans El Magnifico, Enzo Barboni démontre une fois de plus son talent pour dompter la sauvagerie du western et la remodeler en réceptacle inoffensif aux clowneries de son interprète principal, Terence Hill, pourtant assez sobre ici, mais au sommet de son charme de jeune trentenaire. Devenu l’élégant et cultivé Sir Thomas Moore, jeune Européen qui vient retrouver son brigand de père, son personnage évolue dans un Far West mâtiné de décors romains et de paysages yougoslaves au gré d’une initiation bonhomme aux dialogues pas très futés mais intrinsèquement drôles.
L’argent sur le cœur, Alberto Grimaldi produit un spectacle de 2h05 généreux, d’une durée ambitieuse ; il démontre sa volonté d’accompagner le divertissement vers des ambitions autres que la série B. C’est un point fort pour ne pas sacrifier les personnages et mieux les présenter. Les gentils gredins, copains du père décédé du protagoniste, qui s’occupent de l’éducation de terrain du dit “beau gosse”, profitent d’une longue introduction quand Terence Hill doit attendre longtemps avant d’apparaître à l’écran. Ces séquences ne sont pas inintéressantes.
Niveau star, pourtant, ce copieux spectacle déçoit. Avec les seconds rôles des Américains Gregory Walcott et Harry Carey Jr., les covedettes ne sont pas de premier plan. Bud Spencer, avec lequel Terence Hill venait de cartonner dans les deux Trinita et Plata, avait largement sa place du côté des braqueurs de diligence, mais l’acteur refusa d’être de la cavalcade, faute d’avoir un rôle du niveau de celui de son co-équipier de fortune. Le manque de stars et de grande complicité à l’écran diminue sûrement la portée d’El Magnifico quand Mon nom est personne, produit par Sergio Leone dans la foulée, permettra à Terence Hill de côtoyer la star américaine Henry Fonda.

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Distribué en France par les Artistes Associés, un an et demi après le succès colossal d‘On continue à l’appeler Trinita (mars 1972) et deux mois après le petite succès de Maintenant on l’appelle Plata (juin 1973), El Magnifico ne connaîtra pas un accueil remarquable de par chez nous quand les Italiens, en pleine Terence Hill mania lui feront encore un triomphe. Dans l’Hexagone, El Magnifico sort donc à la fin du mois d’août 1973 mais la co-production franco-italienne connaît un succès limité (733 000 entrées), peu aidée par son flop parisien (49 000). Dès lors, ce Terence Hill sera, à raison sur un plan qualitatif, perçu comme mineur. Qu’importe pour l’idole des Allemands, il se rattrapera bien vite. Mon nom est personne apparaît sur les écrans français peu avant Noël 1973 et devient le plus grand succès de son acteur sur notre territoire, avec près de 4 740 000 spectateurs. Le triomphe d’une carrière, du moins en France.
Les sorties de la semaine du 23 août 1973

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Le test blu-ray de… Et maintenant on l’appelle El Magnifico
L’éditeur Bubbel Pop exhume El Magnifico pour la première fois en haute définition en France. La comédie, jadis sortie par Warner Home Vidéo en vidéocassette puis en DVD chez Sidonis/Seven Sept, bénéficie ici de son plus bel écrin, agrémenté pour les plus chanceux d’un coffret limité truffé de goodies. Pour notre test, nous avons eu accès à la version définitive baptisée “Essentielle”.
Packaging & Compléments : 3.5 / 5
Proposé dans un fourreau cartonné, l’édition combo DVD+Blu-ray, estampillé N°4 dans la collection des Essentielles de Bubbel Pop, El Magnifico marque la nouvelle collaboration de l’éditeur avec MGM/Amazon Studios.
A l’image de ses sorties précédentes, le jeune éditeur soigne le visuel qui reprend l’affiche originale en changeant la tonalité. Le design est sobre, plus que le genre du film le laissait présager.
Les suppléments se recoupent. Deux interventions d’une demi-heure chacune présentent le film de façon carrée. Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque, démontre une fois de plus sa compétence et sa pédagogie, resituant le film dans l’histoire du western spaghetti. Il est passionnant.
Le spécialiste français Philippe Lombard de Bud Spencer et Terence Hill revient sur la carrière de Terence Hill en privilégiant l’affect et le regard de fan, et donc de grand connaisseur. Très pertinent.
Pas de bande-annonce et de module sur le marketing international du film. On aurait apprécié. En revanche, pour compléter la plongée dans le film, un petit livret de 30 pages, signé Christophe Chavdia, évoque dans le détail la carrière de Enzo Barboni (E.B. Clucher) et celle de Mario Girotti (Terence Hill), avant de consacrer huit pages à El Magnifico. Bref, ce livret est un must-have pour ceux qui souhaitent approfondir et obtenir une édition personnalisée du film.

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L’image : 4.5 / 5
Passée la vidéo d’archives du générique dont le but est de poser l’intrigue aux Etats-Unis où le film n’a pas été tourné, la définition de l’image est globalement propre et pétillante de couleurs. Le contraste est accentué pour raviver la splendeur du Technicolor de l’époque.
Le son : 3.5 / 5
Le film ne dispose que de deux pistes, une française et une version originale anglaise. La version originale italienne ne figure donc pas au menu, ce qui est préjudiciable pour les puristes dont on fait partie. Nous avons donc vu le film en VF pour profiter du doublage d’époque qui est solide. Dominique Paturel offrait pour la première fois son timbre de voix unique à Terence Hill. On n’allait donc pas passer à côté. Le DTS HD 2.0 est suffisamment puissant pour donner de l’envergure à ce visionnage frontal (le film de 1973 a été tourné en Mono), même si on trouvera l’ambiance sonore parfois un peu maigre entre les dialogues cristallins et la musique des légendaires frères Angelis.
Biographies +
Alberto Grimaldi, Enzo Barboni, Terence Hill, Riccardo Pizzuti, Furio Meniconi, Sal Borgese, Spartaco Conversi, Alessandro Sperli, Gregory Walcott, Dominique Paturel

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