Asphalte : la critique du film (1981)

Drame | 1h34min
Note de la rédaction :
8/10
8
Asphalte de Denis Amar, affiche de Landi

  • Réalisateur : Denis Amar
  • Acteurs : Jean-Pierre Marielle, Christophe Lambert, Georges Wilson, Carole Laure, Richard Anconina, Jean Yanne, Louis Seigner, Etienne Chicot, Christophe Bourseiller, Danièle Lebrun, Philippe Ogouz, François Dyrek, Olivier Hémon
  • Date de sortie: 07 Jan 1981
  • Année de production : 1980
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Asphalte
  • Titres alternatifs : Asphalt (International), Asfalt (Pays-Bas), Asfalto (Portugal)
  • Scénariste : Jean-Pierre Petrolacci
  • D'après l'œuvre de :
  • Directeur de la photographie : Robert Fraisse
  • Monteur : Jacques Witta
  • Compositeur : Laurent Petitgirard
  • Producteurs : Yvon Guézel, Jean-Claude Roblin
  • Sociétés de production : Les Films de l'Epée, UGC Images, Top n°1 Productions, Multimedia France Productions, France 2 Cinéma
  • Distributeur : UGC-Europe 1
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : StudioCanal
  • Date de sortie vidéo : 24 mars 2021 (DVD)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 63 747 entrées / 141 120 entrées
  • Classification : Tous Publics
  • Formats : Couleurs (35mm) / Mono
  • Festivals et récompenses :
  • Illustrateur / Création graphique : © Landi Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Asphalte de Denis Amar, très rare dans les années 80 et 90 en raison de son échec impitoyable, bénéficie d’un statut particulier : un film unique, déconcertant par moments, surprenant et constamment passionnant.

Synopsis : À l’aube des vacances d’été, des millions d’automobilistes s’empressent de rejoindre leur destination afin d’y oublier tous leurs soucis du quotidien. Cependant, pour Juliette, Albert, Les Jaeger et Arthur, la route s’avère être fatale et un accident survient alors. Cet évènement bouleversa leur vie à tout jamais.

Critique : Particulièrement détonnant dans le cinéma français, Asphalte, premier film de Denis Amar, est une manière d’œuvre chorale qui mélange les tonalités ; l’argument en est des plus simples : un peu plus de vingt-quatre heures lors d’un 31 juillet, essentiellement sur la route, pendant lesquelles des personnages voient leurs vies bouleversées, sans qu’ils se rencontrent, comme s’ils étaient prélevés dans la grand quantité d’histoires possible. Les plans répétitifs de voitures arpentant l’asphalte disent assez que les protagonistes font partie d’un grand ensemble de destins, un peu plus remarquables, un peu plus dramatiques.

Asphalte de Denis Amar en DVD Blu-ray dans la collection Make My Day

Copyrights StudioCanal

On suit surtout Juliette, qui veut retrouver son amant à Montpellier et découvrira qu’il est marié. Carole Laure, qui joue ce rôle, n’est pas une très grande comédienne et ses limites apparaissent souvent. Mais le personnage vaut moins en lui-même que par ses rencontres : la séquence avec la femme de son amant, interprétée magistralement par Danièle Lebrun, a une saveur singulière ; et celle avec Arthur (l’impeccable Jean Yanne) joue sur les contrastes entre deux êtres opposés qui vont évidemment se réunir, lointain écho des comédies américaines classiques. Sans aucun rapport, le film s’attache également à une famille menée par un beauf hâbleur (Marielle dans un rôle qu’il connaissait par cœur), brisée par un accident stupide. D’autres encore, sympathiques (le couple qui tient le restaurant d’aire d’autoroute) ou étranges (« le cousu », inquiétante figure à mi-chemin entre la ficelle scénaristique et le symbolique), composent une mosaïque qui repose sur la rupture, l’inattendu, ce qui en fait sans aucun doute le prix. Difficile de prévoir ce qui va arriver. Mais, très vite, cette indécision apporte un malaise continu qui rend le film inconfortable, ce qui n’est pas un reproche.

De manière récurrente, trois « refrains » rythment Asphalte : les accidents, filmés au ralenti comme des ballets, et les deux aboutissements logiques de la route, la casse et l’hôpital. Denis Amar y place les séquences les plus émouvantes : la confrontation entre Marielle et Georges Wilson et la visite de Louis Seigner qui vient chercher des éléments personnels dans la voiture détruite de son fils. Magnifiques séquences, denses et portées par de grands acteurs : il faut voir la pudeur et la retenue de Seigner ou le commentaire sarcastique de Wilson pour comprendre à quel point de grands comédiens peuvent transcender une situation.

Parmi les éléments étonnants de ce film hors norme, il y a, à peine esquissée, une dimension fantastique : elle tient autant au climat général qu’à des détails parsemés (Danièle Lebrun levant d’une seule main une grille d’égout, le journal télévisé annonçant des événements inexplicables) et parfois de simples plans (un gros plan sur la viande, surtout après l’évocation d’accidents). Bien que très discrète, cette dimension irrigue le film et contribue à le rendre imprévisible.

Plus profondément, au-delà d’un message simpliste sur le danger de la route, Asphalte décrit un monde absurde, gouverné par des hasards aussi cruels que facétieux : une fuite d’huile, une valise trop lourde ou un ralentissement sur l’autoroute peuvent avoir des conséquences inattendues. Dans cette description qui mise sur le saugrenu, la belle musique de Laurent Petitgirard, tour à tour mélancolique et solennelle, ajoute une densité et contribue à faire de ce métrage une œuvre marquante, vraiment singulière, que la réalisation de Denis Amar appauvrit malheureusement.

Pour l’anecdote, signalons que parmi les figurants on reconnaît Christophe Lambert et Richard Anconina ; et pour le culte, c’est le grand Rémy Julienne qui était chargé des chorégraphies d’accidents vraiment impressionnantes.

François Bonini

Les sorties de la semaine du 7 janvier 1981

Asphalte de Denis Amar, affiche de Landi

Illustrateur : Landi (1984)

La carrière du film :

Méconnu (il semblerait être inédit sur le support VHS), Asphalte, en dehors de ses rares passages à la télévision, n’a pas été vu au cinéma où sa sortie relève de l’accident industriel pour UGC. Avec 141 000 entrées en France, le drame choral de Denis Amar (L’addition) restera dans l’esprit des amateurs d’affiches de film grâce à son visuel mythique signé Landi que tout bon collectionneur se doit de posséder.

En 2021, StudioCanal l’édite enfin en DVD/Blu-ray dans la collection Make My Day, dirigée par le cinéphile Jean-Baptiste Thoret. L’occasion de retrouver le film dans une copie SD et HD. La revanche du cinéma d’hier qui ne méritait pas un tel carambolage autour de sa sortie de garage.

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