Film historique marquant par sa violence, Le Grand Inquisiteur est assurément le meilleur film de Michael Reeves, malheureusement décédé peu de temps après. Vincent Price y trouve là un de ses meilleurs rôles.
Synopsis : Angleterre, 1645. Tandis que la guerre fait rage entre les troupes républicaines de Cromwell et l’armée fidèle au roi Charles Ier, l’inquisiteur Matthew Hopkins et son redoutable assistant sillonnent les routes du pays, convoqués par les notables des villages pour mettre fin à l’activité de celles ou ceux qu’ils considèrent comme des sorcières et suppôts de Satan. Entre la potence et le bûcher, au terme d’abominables tortures, peu échappent à la sanction suprême. S’estimant au-dessus des lois, Hopkins commet l’erreur de s’attaquer à un prêtre et à sa nièce, dont le fiancé, un soldat, fait vœu de vengeance…
Un roman tiré d’une histoire véridique
Critique : En 1967, le producteur Tony Tenser qui travaille pour la petite compagnie britannique Tigon British Film Productions propose à Michael Reeves, petit génie de la réalisation qui, à moins de 25 ans, a déjà à son actif deux longs métrages, d’adapter le roman de Ronald Bassett intitulé Witchfinder General publié en 1966. Le jeune réalisateur accepte cette belle proposition et commence donc à écrire le scénario, avec l’aide de son ami Tom Baker.
Les deux hommes ne disposent que d’un budget minimal, mais envisagent toutefois de confier le rôle principal à Donald Pleasence. Pourtant, la Tigon ne peut assumer seule la production de ce film historique relatant le destin du plus célèbre des chasseurs de sorcières du 17ème siècle anglais. Dès lors, la compagnie se tourne vers les Américains d’AIP (American International Pictures) qui ont produit avec succès toutes les adaptations d’Edgar Allan Poe par Roger Corman. Dès lors, les Américains imposent à la production une star pour porter le film sur ses épaules. Ainsi, le fameux Grand Inquisiteur sera interprété par Vincent Price.

VHS © Fil à Films. © Néo Publishing. – Film © 1968 Tigon British Film Productions – American International Pictures (AIP)
La guerre est déclarée entre Michael Reeves et Vincent Price
Pas assez aguerri pour pouvoir s’opposer à une telle décision, Michael Reeves est contraint d’accepter la star dont il ne voulait absolument pas. Même si le tournage fut très court à cause d’un budget ridicule estimé à 83 000 £, tous les membres de l’équipe témoignent d’une ambiance exécrable à cause des conflits permanents entre la star et son metteur en scène qui n’a pas pris de gant avec le vétéran. En fait, Michael Reeves tient à effacer les habituels tics cabotins du comédien pour le faire jouer le plus naturellement possible. Cela fonctionne d’ailleurs parfaitement puisque Vincent Price apparaît comme étonnement sobre dans ce long métrage.
Traitant avec un certain respect de la vérité historique de la chasse aux sorcières par l’Inquisition britannique durant la guerre civile qui oppose notamment le roi Charles Ier et Oliver Cromwell, Le Grand Inquisiteur suit donc les pas du fameux Matthew Hopkins qui s’est autoproclamé chasseur de sorcières en chef. En réalité, il n’avait aucun mandat du Parlement britannique et a agi pour l’appât du gain (il était rémunéré par les citoyens pour se débarrasser des indésirables), ainsi que par son goût prononcé pour le sadisme et la luxure.
Torturer et tuer en toute impunité, au nom de Dieu
Bien entendu, tous ses actes se déroulent avec l’assentiment de Dieu, selon ses propres dires, et en respectant les lois. Suivi de son âme damnée John Stearnes, il traquait donc des femmes accusées par d’autres de sorcellerie, puis les torturait pour les faire avouer, avant de les exécuter, le plus souvent par pendaison.

© 1968 Tigon British Film Productions – American International Pictures (AIP) / Jaquette : Moone Créations. Tous droits réservés.
Dans Le Grand Inquisiteur, Michael Reeves ajoute un certain nombre de tortures et même une exécution sur le bûcher afin de renforcer l’impact d’un long métrage qui se veut autant une œuvre historique sérieuse qu’un film d’exploitation. Toutefois, contrairement à tous ceux qui le copieront par la suite, cette débauche de violence sert avant tout à dégoûter le public, et non à lui servir un cocktail putassier afin d’assouvir ses bas instincts. Ainsi, Michael Reeves ne tourne quasiment pas de plan de nudité, tandis que la violence demeure souvent hors champ, avec un emploi judicieux d’une bande-son pleine de hurlements.
Le début de la vague de films sur l’Inquisition et la chasse aux sorcières
Précisons toutefois que Le Grand Inquisiteur a beaucoup choqué en Angleterre lors de sa sortie car il s’agissait tout de même du film le plus violent jamais tourné dans les îles britanniques en cette fin des années 60, profitant notamment d’un certain relâchement de la censure.
Ayant beaucoup marqué les consciences, le film a été largement dépassé depuis dans l’horreur putassière par ses épigones qui, eux, ont œuvré directement dans le film d’exploitation. Parmi les meilleurs, on peut citer La Marque du diable (Michael Armstrong, 1970), Le Trône de feu (Jesús Franco, 1970) ou encore le complètement dingue Les Diables (Ken Russell, 1971). En fait, Le Grand Inquisiteur initie la mode de la folk horror qui va devenir particulièrement à la mode entre la fin des années 60 et le début de la décennie suivante.
Des références évidentes au western classique américain
Pourtant, plus que le film horrifique, la grande référence de Michael Reeves est plutôt le western américain. Sa réalisation, largement inspirée par celle d’Anthony Mann, embrasse les paysages britanniques avec un certain lyrisme, ce qui est largement aidé par la très belle bande originale composée par Paul Ferris – et interprétée par un grand orchestre payé de la poche du réalisateur. Dès lors, Le Grand Inquisiteur bénéficie d’une réalisation classieuse, de très belles images de John Coquillon, ainsi que de comédiens d’un très bon niveau, qui font oublier la minceur de son budget.
Parmi eux, on peut signaler la présence de la jeune Hilary Dwyer qui est charmante, mais qui possède aussi une solide expérience théâtrale, tandis que Ian Ogilvy fait un héros très crédible. Face à eux, Robert Russell interprète avec gourmandise un John Stearnes abominable. Bien entendu, Vincent Price se révèle parfait dans le rôle principal, d’autant qu’il a été dirigé avec beaucoup d’intelligence par Michael Reeves.
Le Grand Inquisiteur ou les horreurs du monde
Marquant par sa volonté de dénoncer toute forme d’injustice et de chasse aux sorcières – au sens propre comme au figuré – Le Grand Inquisiteur fustige tous les donneurs de leçons, les prêcheurs et ceux qui se servent du malheur des autres pour assouvir leur désir de domination. Le tout se termine par une scène terriblement efficace où même les héros semblent désormais gagnés par la folie d’un monde invariablement dirigé par des monstres. D’une noirceur totale, le film nous abandonne dans le noir avec pour seul son des hurlements féminins qui glacent les sangs.
Si le drame historique a connu un succès de scandale en Angleterre, il a été vendu aux Etats-Unis sous le titre The Conqueror Worm par AIP qui l’a rattaché de manière totalement frauduleuse au cycle Edgar Allan Poe. Cela ne l’a pas empêché d’y être un flop total. En ce qui concerne la France, Le Grand Inquisiteur est sorti en salles à partir du 10 septembre 1969.
Par la suite, il a surtout été diffusé en VHS au cours des années 80 et 90, avant d’être exhumé dans sa version complète en DVD par le défunt éditeur Néo Publishing en 2005. Depuis, c’est BQHL Editions qui l’a sorti en blu-ray en 2020 dans une copie de belle tenue. Il faut dire qu’entre-temps, le long métrage est devenu culte, d’autant que son réalisateur est mort tragiquement peu de temps après à l’âge de 25 ans. Ce dernier témoignage de son talent prouve qu’il aurait pu devenir un grand cinéaste britannique.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 10 septembre 1969
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© 1968 Tigon British Film Productions – American International Pictures (AIP) / Affiche : © Thierry Guérin. Tous droits réservés.
Biographies +
Michael Reeves, Vincent Price, Ian Ogilvy, Patrick Wymark, Rupert Davies, Hilary Dwyer (Hilary Heath), Robert Russell, Wilfrid Brambell
Mots clés
Cinéma britannique, L’Inquisition au cinéma, Les sorcières au cinéma, La torture au cinéma, La folk horreur au cinéma, La guerre civile au cinéma