Film sur les ravages de l’alcoolisme, Garance de Jeanne Herry échappe de peu au mélodrame et vaut surtout pour la prestation d’Adèle Exarchopoulos, absolument épatante grâce à un jeu dénué de cabotinage.
Synopsis : Garance est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d’un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d’amour que de destruction.
Des ravages de l’alcool au quotidien
Critique : Après le très beau succès rencontré par Je verrai toujours vos visages (2023) qui a réuni plus d’un million de spectateurs à propos du sujet controversé de la justice restaurative, la comédienne et réalisatrice Jeanne Herry a choisi de se pencher sur une autre thématique sociale, à savoir l’alcoolisme. Toutefois, lorsqu’elle décide de se pencher sur cette thématique, elle opte pour la situer dans un milieu qu’elle connaît bien, c’est-à-dire celui des comédiens.

© Chi-Fou-Mi Productions, Trésor Films, StudioCanal. Tous droits réservés / All rights reserved
Durant un an d’écriture de Garance, Jeanne Herry, aidée de Roxane Bettinger et Gaëlle Macé, s’est donc entretenue avec une ancienne alcoolique d’une trentaine d’années, mais aussi avec des addictologues. En ce qui concerne le milieu théâtral, il était déjà bien connu de la réalisatrice. A ce sujet de société, l’auteure a également opté pour introduire une histoire d’amour forte entre deux femmes. Le but était d’échapper à une certaine forme de didactisme pour donner une épaisseur plus personnelle aux enjeux.
Garance, un film social qui penche vers le mélodrame par accumulation
La réalisatrice y est parvenue seulement en partie, car elle a un peu trop chargé la barque d’une œuvre de deux heures sans doute trop ambitieuse dans ses nombreux développements narratifs, perdant de temps à autre le fil rouge du film. Effectivement, Jeanne Herry traite bien de l’alcoolisme et du déni d’une jeune comédienne qui pense que la boisson lui sert de béquille, alors qu’elle la pousse au fond du trou.
Dans son milieu qui nécessite ponctualité, régularité et fiabilité, l’alcool n’est pas forcément le meilleur allié. Petit à petit lâchée par ses collègues et bouleversée par la leucémie dont est atteinte sa sœur, la jeune femme trouve heureusement le réconfort dans les bras d’une scénographe attachante. Entre l’alcoolisme, la maladie et la fluidité sexuelle du personnage principal, cela fait donc beaucoup d’éléments mélodramatiques pour un seul scénario.
Adèle Exarchopoulos au sommet
Heureusement, la réalisatrice peut compter sur l’excellence de ses comédiennes pour faire passer la pilule. Ainsi, Adèle Exarchopoulos se révèle absolument formidable dans un rôle difficile car appelant parfois l’excès de caricature. En fait, la comédienne ne surjoue jamais l’état d’ébriété et demeure toujours d’une grande dignité, ce qui alimente d’autant plus le déni quant à son état réel de dépendance. Certes, Garance ne cesse de proclamer qu’elle est alcoolique, mais cela ressemble davantage à une provocation qu’à une réelle prise de conscience de la gravité de son état. Face à elle, Sara Giraudeau compose une petite amie d’une fiabilité à toute épreuve et qui se refuse à juger sa compagne. Leur relation amoureuse est décrite comme parfaitement naturelle et leur amour mutuel semble incommensurable.

© Chi-Fou-Mi Productions, Trésor Films, StudioCanal. Tous droits réservés / All rights reserved
C’est d’ailleurs cet élément qui est assurément le plus réussi car cela offre au long métrage une dimension plus humaine et personnelle, là où les autres séquences peuvent sembler plus conventionnelles ou attendues. Finalement, la construction binaire sur la lente déchéance, puis la reconstruction apparaît comme la principale faiblesse d’un script qui aurait mérité à être davantage resserré et audacieux.
Des comédiennes toutes formidables
Réalisé de manière classique par Jeanne Herry, Garance vaut donc largement le coup d’œil pour la prestation impressionnante d’Adèle Exarchopoulos (un César serait le bienvenu) qui a définitivement tout d’une grande actrice. Mais Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud ou encore Jehnny Beth s’imposent comme des partenaires de choix. Malgré la tentation évidente du mélodrame, Garance échappe de justesse à cet écueil et parvient même à se terminer sur une note d’espoir, même si le sourire quelque peu crispé de Garance laisse supposer que le chemin pour se sortir de l’addiction sera escarpé.
Au moins Garance aura le mérite de faire s’interroger les spectateurs sur leur propre consommation de cette drogue terrible, et pourtant vendue dans chaque grande enseigne. Ne jamais oublier qu’un alcoolique, même sevré, demeure dépendant toute sa vie. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, Garance n’a obtenu aucun prix, mais a reçu un accueil critique plutôt favorable. Le long métrage, certes imparfait, mérite d’être vu.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 23 septembre 2026

© Chi-Fou-Mi Productions, Trésor Films, StudioCanal./ Affiche : Le Cercle Noir pour Silenzio ; photographie : Marie-Camille Orlando. Tous droits réservés.
Biographies +
Jeanne Herry, Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Olivia Côte, Jehnny Beth, Anne Suarez, Guillaume Pottier, Sarajeanne Drillaud