Seule contre la Maffia : la critique du film et le test blu-ray (1972)

Drame, Policier, Film de gangsters | 1h48min
Note de la rédaction :
8/10
8
Seule contre la Maffia, l'affiche

  • Réalisateur : Damiano Damiani
  • Acteurs : Ornella Muti, Alessio Orano, Tano Cimarosa
  • Date de sortie: 27 Juin 1972
  • Année de production : 1970
  • Nationalité : Italien
  • Titre original : La moglie più bella
  • Titres alternatifs : Seule contre la Mafia (titre français réactualisé) / Seuls contre la Mafia (titre VHS français) / The Most Beautiful Wife (titre international) / Recht und Leidenschaft (Allemagne) / Sola frente a la violencia (Espagne) / A Mulher mais Bela (Portugal) / Piękna nie chce milczeć (Pologne) / Nejkrásnější Manželka (Tchéquie) / Por Amor ou Por Vingança (Brésil) / Con amor y con orgullo (Argentine)
  • Casting : Alessio Orano, Ornella Muti, Tano Cimarosa, Joe Sentieri, Enzo Andronico, Amerigo Tot, Pierluigi Aprà, Salvatore Baccaro, Sandro Arlotta, Diego Morreale, Mariella Palmich, Giuseppe Lauricella, Jocelyne Munchenbach, Fortunato Arena, Prassede Nogara, Salvatore Moscardini, Gaetano Di Leo, Francesco Tranchina, Franco Marletta, Vincenzo Norvese
  • Scénaristes : Damiano Damiani, Sofia Scandurra, Enrico Ribulsi
  • Monteur : Antonio Siciliano
  • Directeur de la photographie : Franco Di Giacomo
  • Compositeur : Ennio Morricone
  • Chefs Maquilleurs : Raffaele Cristini, Carlo Renzini
  • Chef décorateur : Umberto Turco
  • Chef costumier : Umberto Turco
  • Producteur : Bruno Turchetto
  • Sociétés de production : Produzioni Atlas Consorziate (P.A.C.), Explorer Film '58, Rewind Film
  • Distributeur : Planfilm
  • Distributeur reprise : Carlotta Films
  • Date de sortie reprise : 26 juillet 2023
  • Editeurs vidéo : Socai-Films (VHS, 1983) / Artus Films (DVD et blu-ray, 2026)
  • Dates de sortie vidéo : 1983 (VHS) / 6 octobre 2026 (DVD et blu-ray)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 67 581 entrées /
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Récompenses : Grolle d'oro 1970 : Prix de la meilleure révélation pour Ornella Muti
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films, Rewind Film. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Grand film féministe, Seule contre la Maffia offre à Damiano Damiani l’occasion de révéler le talent de la jeune Ornella Muti dans un rôle fort, tandis que la musique d’Ennio Morricone enveloppe le tout d’une efficacité extraordinaire. Un grand film méconnu à redécouvrir.

Synopsis : Sicile, années 60. Don Antonino, le parrain de la mafia locale, devant purger une peine de prison, laisse la gestion de ses affaires au jeune Vito. Mais pour cela, ce dernier doit épouser une jeune femme vertueuse de basse condition. Vito jette son dévolu sur Francesca (Ornella Muti), âgée d’à peine 15 ans. D’abord flattée par la demande, elle se rend compte qu’elle n’est que le jouet de l’ambition de Vito et refuse alors le mariage. Humilié, le truand la séquestre afin de la forcer.

Retour en Sicile pour Damiano Damiani

Critique : Après avoir signé plusieurs films d’auteur, le réalisateur italien Damiano Damiani est passé au cinéma populaire sans abandonner pour autant sa volonté de faire passer des idées à travers ses œuvres. Ainsi, il a signé le brillant western politique El Chuncho (1967), puis La Maffia fait la loi (1968). Ce dernier, tourné en Sicile, a connu un important succès, tandis que son thriller suivant intitulé Una ragazza piuttosto complicata (1969) a déçu les attentes de ses producteurs. Dès lors, il était grand temps pour Damiano Damiani de revenir sur les terres siciliennes pour tourner une nouvelle œuvre sur la mafia locale.

Malgré un avertissement initial qui indique que toute ressemblance avec des personnes connues serait le fruit du hasard, Seule contre la Maffia (1970) s’inspire en réalité directement de l’affaire Franca Viola qui a secoué toute l’Italie entre l’année 1965 et 1966. A l’époque, tout le monde se souvient du cas de cette jeune fille de métayer qui s’est refusée à un membre de la mafia. Ce dernier, pour se venger, l’a violé afin de pouvoir l’épouser par le système traditionnel du mariage de réparation, depuis longtemps en usage en Sicile. Cette tradition constituait une double peine pour la jeune femme victime de viol, puisqu’elle devait finalement épouser son bourreau afin d’éviter le déshonneur.

Franca Viola, une icone féministe avant l’heure

Pourtant, en 1966, Franca Viola s’est violemment opposée à ce système en refusant le mariage et en portant l’affaire devant la justice, allant jusqu’à faire incarcérer son violeur. Alors que cette adolescente de 15 ans fut fortement critiquée, y compris par les femmes de l’époque, elle est aujourd’hui devenue une sorte d’icone du combat féministe en Italie. Pour faire preuve de réalisme, le cinéaste évoque également les destructions liées au grand tremblement de terre qui a touché la Sicile en 1968 occasionnant la mort de 400 personnes dans une des régions les plus pauvres de l’île.

Seule contre la Mafia, l'affiche de la reprise 2023

© 1970 Rewind Film. Tous droits réservés.

Avec Seule contre la Maffia, Damiano Damiani épouse donc la forme du film de gangsters, avec la présence de mafieux et de carabinieri dépassés par les événements, tout en livrant une description sans fard de la vie des pauvres gens en Sicile. Ainsi, la famille de la gamine vit dans des baraquements de fortune installés en urgence après le séisme. La misère s’invite à chaque plan, tandis que la mafia investit chaque pan des villages en imposant sa loi du silence ou omerta. Dès lors, le long métrage est autant un film de genre que l’œuvre d’un auteur soucieux de décrire une situation sociale catastrophique, avec le plus de véracité possible.

La découverte d’Ornella Muti, 14 ans au moment du tournage

Si Damiano Damiani n’est clairement pas un héritier du néoréalisme, son orientation politique à gauche le pousse à dénoncer des situations sociales scandaleuses. Il se fait ici le défenseur de la cause des femmes et trouve toujours le ton juste. Ainsi, il découvre la toute jeune Ornella Muti qui, du haut de ses 14 ans au moment du tournage, révèle une très forte personnalité à l’écran. Contrairement à bon nombre de ses confrères de l’époque, le cinéaste préfère éluder la scène du viol qui n’est que suggérée et il ne sexualise jamais le corps de la jeune nymphette qui demeure toujours vêtue – un fait suffisamment rare dans le cinéma italien de l’époque pour être signalé.

D’un total respect pour l’intégrité de sa jeune comédienne, Damiano Damiani lui offre un rôle en or où la gamine tout juste sortie de l’enfance fait preuve d’une autorité impressionnante. Elle en tirera d’ailleurs une récompense, le Grolle d’oro 1970 de la meilleure révélation cinématographique. Face à elle, le jeune homme Alessio Orano impose son physique de charmeur, tout en interprétant un pur salopard. On notera pour la petite histoire que les deux comédiens deviendront ensuite époux entre 1975 et 1981.

Et la touche Ennio Morricone en plus…

A l’aide d’un scénario bien construit et d’images mettant en valeur les paysages désolés de la Sicile – bien loin de la carte postale habituelle – Seule contre la Maffia n’aurait clairement pas le même impact sans la musique d’Ennio Morricone. Peu connue, cette bande originale s’avère d’une grande puissance, tout en faisant intervenir une guimbarde qui contredit la ligne mélodique entonnée par la chanteuse Edda Dell’Orso. La musique, en créant une rupture harmonique se fait donc l’écho d’une situation qui dérape et mène à la violence, qu’elle soit physique ou psychologique.

Un film peu diffusé en France

Sorti en France à partir du mardi 27 juin 1972, Seule contre la Maffia (orthographié avec deux f comme souvent à l’époque) n’a guère attiré les foules, cumulant 67 581 entrées sur toute la France. Il faut dire que le long métrage ne possédait à l’époque aucune tête d’affiche pour le promouvoir puisqu’il s’agissait du premier film d’Ornella Muti. Par la suite, il est également sorti discrètement en VHS en 1983 chez Socai-Films.

Il a fallu attendre 2023 pour que le film refasse surface par les bons soins de Carlotta Films qui l’a inclus dans son cycle de sept reprises intitulé Redécouvertes et raretés du cinéma italien. Cette fois, son titre reprend la graphie plus usuelle de nos jours de Seule contre la Mafia.  Désormais, le métrage est visible dans une très bonne édition DVD et blu-ray chez Artus Films.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 28 juin 1972

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Seule contre la Maffia, l'affiche

© 1970 Produzioni Atlas Consorziate (P.A.C.), Explorer Film ’58, Rewind Film / Affichiste inconnu. Tous droits réservés.

Biographies +

Damiano Damiani, Ornella Muti, Alessio Orano, Tano Cimarosa

Mots clés

Cinéma italien, Films de mafia, Les gangsters au cinéma, Film féministe, Le viol au cinéma, La Sicile au cinéma

Le test du blu-ray

Artus Films continue à explorer la filmographie du grand Damiano Damiani, exhumant à chaque fois de véritables pépites comme ce long métrage qui fait partie de ses meilleurs. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & Compléments : 4 / 5

Toujours classe, le packaging comprend un fourreau illustré par une refonte de l’affiche italienne d’origine, puis, le digipack intérieur nous offre deux affiches supplémentaires (les posters espagnol et polonais). A l’intérieur, les deux galettes DVD et blu-ray sont individualisées par deux visuels différents. Bref, un travail très soigné, comme sur l’ensemble de la collection.

En matière de bonus vidéo, l’éditeur nous propose une très précise présentation d’Olivier Père qui se prête au jeu durant un entretien d’une heure et quatre minutes. Par son érudition, le critique ne nous ennuie à aucun moment et se révèle d’une pertinence qui force le respect. Enfin, le monteur Antonio Siciliano se rappelle durant 19 minutes de l’aventure qu’a représenté pour lui Seule contre la Mafia, son premier montage pour un long de fiction. Il revient sur cette première expérience avec beaucoup de précision et une réelle admiration pour Damiano Damiani. Enfin, Artus Films nous propose son inamovible diaporama d’affiches et de photos d’exploitation, ainsi que la bande-annonce originale du film.

Seule contre la mafia, jaquette blu-ray en détail

© Artus Films, Rewind Film / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

L’image du blu-ray : 4 / 5

La définition proposée par l’éditeur s’avère tout à fait probante, mettant bien en valeur les images de Franco Di Giacomo, ainsi que les paysages ravagés de la Sicile, encore sous le choc du récent séisme de 1968. Bien entendu, un certain grain cinéma a été conservé, ce qui ne choquera guère les amateurs puisque cela prouve l’absence d’un lissage artificiel de l’image.

Le son du blu-ray : 3,5 / 5

Le film est proposé dans deux versions en PCM 2.0 Dual Mono (en italien et en français). On notera que la version italienne apparaît comme la piste à privilégier tant elle semble naturelle, même si, à l’époque, tous les films étaient doublés en postproduction. La musique d’Ennio Morricone est particulièrement bien mise en valeur et résonne sans jamais saturer. En ce qui concerne la version française, le doublage semble nettement moins convaincant et fait donc baisser la note d’ensemble. Le résultat y semble nettement plus artificiel.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

Seule contre la mafia, jaquette blu-ray

© Artus Films, Rewind Film / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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