Thriller tendu, violent, mais inégal, Le Clan des bêtes fait de Christopher Andrews un cinéaste britannique à suivre, car capable de créer une ambiance sombre du plus bel effet.
Synopsis : Un berger irlandais est entraîné dans un conflit violent avec une ferme voisine, lorsque ses moutons sont attaqués par des inconnus…
Un projet entièrement tourné en gaëlique
Critique : Caméraman, puis réalisateur de courts métrages durant plus d’une dizaine d’années, le cinéaste britannique Chris Andrews, ici crédité Christopher Andrews, a mis de nombreuses années à monter Le Clan des bêtes (2024) qui constitue son tout premier long métrage. Initialement attaché aux acteurs Paul Mescal et Tom Burke, le projet a été maintes fois reporté, ce qui a entraîné le désengagement des deux comédiens, trop sollicités par ailleurs. Lors de la relance de la production, Chris Andrews a cherché de nouveaux interprètes qui devaient, en plus, se soumettre à une exigence particulière : maîtriser le gaëlique, puisque le drame se situe dans la campagne irlandaise.

© 2024 MUBI, Tailored Films, Wild Swim Films / Photographie : Patrick Redmond. Tous droits réservés.
Le cinéaste trouve son bonheur avec Christopher Abbott (Possessor et Pauvres Créatures) et Barry Keoghan (Les Éternels, Les Banshees d’Inisherin) qui s’investissent à fond dans le projet. De même, il peut compter sur le professionnalisme de l’acteur de théâtre Paul Ready pour s’impliquer totalement dans son rôle. Le défi est moins difficile à relever pour Nora-Jane Noone et Colm Meaney qui sont tous deux d’origine irlandaise.
Entre omerta et vendetta
Une fois ce casting constitué, il fallait investir les monts irlandais et familiariser l’ensemble des comédiens avec le mode de vie des bergers locaux. Le résultat est une œuvre tendue qui traite tout autant de l’omerta qui règne dans ces régions reculées, que de l’horreur de la vendetta encore pratiquée de nos jours. Pour écrire cette histoire de haine familiale ancestrale, Chris Andrews s’est inspiré de son enfance où catholiques et protestants se détestaient au sein de sa propre famille.
Son but avec Le Clan des bêtes était d’universaliser son propos en imaginant un espace rural qui pourrait être situé n’importe où. Il voulait notamment traiter de la masculinité toxique et du poids du patriarcat. A la différence qu’il ne s’occupe guère des figures féminines ici, mais bien du poids qui repose sur les épaules des jeunes hommes, et donc des fils. Ainsi, dans ces familles marquées par le poids des traditions, notamment religieuses, un homme ne doit surtout pas pleurer ni extérioriser ses sentiments, ce qui crée les conditions pour que ceux-ci s’expriment de manière violente.
Violents de pères en fils
Dans Le Clan des bêtes, les pères (Colm Meaney et Paul Ready) imposent à leur fils une discipline très rude. Non pas qu’ils soient particulièrement odieux, mais ils ne savent tout simplement pas faire autrement. Cela se traduit directement sur le comportement de leurs fils, incapables de gérer leurs émotions intimes et refoulant leurs ressentiments jusqu’à exploser. Christopher Abbott et Barry Keoghan interprètent ces deux figures filiales désemparées qui vont en venir aux pires extrémités, car un homme se doit de se faire respecter.
Ainsi, le point de départ de la haine réciproque est un détail que l’on apprendra seulement dans la deuxième partie du film et qui semble particulièrement ridicule par rapport au déferlement de violence qui s’ensuit. Construit en deux parties qui correspondent aux deux points de vues des deux camps en présence, Le Clan des bêtes s’inspire sans doute trop clairement de la structure du Rashomon (1950) d’Akira Kurosawa, ce qui relève désormais de la béquille scénaristique un peu trop facile.
Une structure éclatée qui casse la tension
Certes, le procédé offre la possibilité au cinéaste d’opérer un glissement du point de vue du spectateur, mais cela a aussi pour effet de casser la dynamique du récit. Ainsi, alors que la première partie instaure une tension de plus en plus palpable à mesure que les bobines défilent, la rupture narrative qui nous renvoie au point de départ pour assister aux mêmes séquences de l’autre point de vue casse la tension accumulée. Bien que toujours intéressante, cette deuxième partie ne retrouve jamais tout à fait la puissance d’évocation de la première.

© 2024 MUBI, Tailored Films, Wild Swim Films / Photographie : Patrick Redmond. Tous droits réservés.
Au cœur de cette terrible violence qui se déchaîne, nous devons prévenir que les amis des animaux risquent bien de ne pas apprécier la projection puisque ce sont les premières victimes de la lutte entre les deux familles. Même si aucune violence n’a été pratiquée sur les animaux du film, la bande sonore se charge de nous faire imaginer les mutilations subies par les troupeaux, ce qui est renforcé par des dialogues explicites.
Un film très violent, y compris avec les animaux (pour de faux, bien entendu)
Bien entendu, cette violence n’a rien de gratuite, puisque l’homme qui n’est pas capable de respecter les êtres vivants l’entourant ne risque pas de bien se comporter avec les autres humains. La curée qui intervient sur les troupeaux n’est donc qu’un élément annonciateur du déferlement de violence annoncé. Et dans le genre, Le Clan des bêtes va assez loin et peut donc indisposer un public trop sensible, comme le prévient son interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement, que l’on aurait bien transformé en interdiction aux moins de 16 ans pour notre part.
Version extrême du As Bestas (2022) de Rodrigo Sorogoyen, Le Clan des bêtes est sans doute moins maîtrisé – il s’agit d’un premier film, avec des défauts inhérents aux premiers essais – mais il impose toutefois la patte d’un cinéaste naissant qui pourrait bien nous étonner dans les années à venir.
Box-office du Clan des bêtes
Malheureusement pour lui, Le Clan des bêtes a surtout été vu en festival, tandis que le public ne s’est guère rué dans les salles pour le découvrir. En France, c’est le distributeur indépendant New Story qui s’est chargé de lui trouver 78 salles sur toute la France, dont 10 écrans à Paris. Sorti en toute discrétion le 23 avril 2025, Le Clan des bêtes n’a suscité aucun raz-de-marée dans les cinémas puisqu’ils n’ont été que 9 240 curieux lors de sa semaine inaugurale dans des salles désertes.
La catastrophe est telle que le thriller rural perd la quasi-totalité de ses écrans dès la deuxième semaine, avec seulement 861 retardataires. Le métrage est tout bonnement retiré de l’affiche au bout de cinq petites semaines, finissant son estive avec un cheptel de 10 428 têtes. Autant dire une misère. Depuis, le film a été édité par Blaq Out en DVD, mais il faut surtout compter sur la VOD pour profiter des paysages irlandais en HD.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 23 avril 2025
Acheter le film en DVD
Voir le film en VOD

© 2024 MUBI, Tailored Films, Wild Swim Films / Affiche : Benjamin Seznec pour Troïka. Tous droits réservés.
Biographies +
Chris Andrews (Christopher Andrews), Christopher Abbott, Colm Meaney, Barry Keoghan, Nora-Jane Noone, Paul Ready
Mots clés
Cinéma irlandais, Le monde paysan au cinéma, La vengeance au cinéma, Les relations père-fils, Reims Polar 2025