Possessor : la critique du film (2021)

Science-fiction, Thriller | 1h42min
Note de la rédaction :
7/10
7
Possession : affiche américaine du film de Brandon Cronenberg

  • Réalisateur : Brandon Cronenberg
  • Acteurs : Jennifer Jason Leigh, Andrea Riseborough, Christopher Abbott, Sean Bean
  • Date de sortie: 07 Avr 2021
  • Nationalité : Canadien
  • Année de production : 2019
  • Titre original : Possessor
  • Titres alternatifs : -
  • Scénaristes : Brandon Cronenberg
  • Directeur de la photographie : Karim Hussain
  • Compositeur: Jim Williams
  • Monteur : Matthew Hannam
  • Soéciétés de production : Rhombus Media, Rook Films, Particular Crowd, Téléfilm Canada
  • Distributeur : The Jokers via Les Bookmakers
  • Editeur vidéo : Lonesome Bear (The Jokers)
  • Date de sortie vidéo: 7 avril 2021 (digital, DVD & blu-ray)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
Note des spectateurs :

Possessor est le Grand Prix du 28e festival de Gérardmer. Ce second long métrage de Brandon Cronenberg fait suite à Antiviral (2012), qu’il supplante dans sa maestria visuelle et narrative. Une œuvre de l’excellence.

Synopsis : Tasya Vos est agente au sein d’une organisation secrète utilisant une technologie neurologique afin d’habiter le corps de n’importe quelle personne, et la pousser à commettre des assassinats aux profits de clients très riches. Mais tout va se compliquer pour Tasya lorsqu’elle va se retrouver coincée dans le corps d’un suspect involontaire dont l’appétit pour le meurtre et la violence dépasse le sien de très loin.

Christopher Abbott dans Possessor

Copyrights : Rhombus Media, Rook Films, Telefilm Canada, Particular Crowd. Tous droits réservés.

La génétique d’une oeuvre

Critique : David Cronenberg cinéaste vous manque ? Sept ans après son dernier film en date, Maps to the Stars, son ADN est bien à chercher du côté de son fils, Brandon, qui a mûri depuis son contagieux Antiviral, en 2012.

Cronenberg fils va puiser dans la chair celluloïd de son paternel, celle qui a constitué le mythe du cinéaste : les mutations des corps, les déviances, l’appropriation de ce qu’il nous reste d’humain par les nouvelles technologies qui se substituent aux fondements sociaux… Possessor est ainsi l’héritier direct de Scanners, Vidéodrome et du plus récent eXistenZ. Son intrigue complexifie les rapports humains vécus par procuration, dans un but de destruction. L’annihilation est réelle, alimentaire, perverse, fruit d’un jeu de pouvoir voyeuriste auquel on peut se brûler à trop s’inviter dans l’intimité absolue de l’autre.

Andrea Riseborough, actrice formidable dans son abandon physique et moral, (dés)incarne une tueuse par neurones interposées. Elle s’infiltre dans le corps d’autrui et s’approprie le mental de ses hôtes qu’elle va conduire à assassiner des pontes, pour la société secrète et souterraine qui l’emploie. Vidéodrome, vous remettez ? Son personnage évoque forcément James Woods au service de la nouvelle chair… Il n’est pas interdit non plus de penser à The Cell, thriller précurseur, réalisé par Tarsem Singh en 2000, dans lequel Jennifer Lopez plongeait dans l’inconscient d’un psychopathe pour sauver l’une de ses victimes… La variation du thème est évidente, seule la technologie d’un film à l’autre a évoluée. Le dessein également. On ne sauve plus, on assassine sauvagement, avec une violence non feinte par le cinéaste qui aime montrer les corps abîmés. Possessor est très violent.

Alors que le personnage de Riseborough mollit en début de film pour essayer de retourner aux paramètres d’une existence familiale balisée, elle replonge cette fois-ci pour s’approprier le corps d’un homme qui devra, sous son emprise, assassiner son beau-père (Sean Bean, grinçant) et sa fille. La sphère que l’on est amené à côtoyer est celle des géants de la high-tech, puisque le magnat de l’informatique ciblé s’est spécialisé dans le vol d’informations privées, le viol de l’intimité des internautes via leur webcam. Le beau-fils, joué par Anthony Abbott, acteur fin qui accède enfin à un rôle d’importance, fait partie de ces épieurs et voleurs de vie qui prennent des notes sur le quotidien des anonymes.

Possessor de brandon Cronenberg , artwork France

Copyrights : Rhombus Media, Rook Films, Telefilm Canada, Particular Crowd. Tous droits réservés.

La mentale

Les deux personnages principaux, la mentale, tueuse par procuration, et l’homme réceptacle, luttent tous deux pour accéder au pouvoir au sein de cette enveloppe corporelle et s’affrontent dans un jeu cérébral terrifiant qui n’est pas sans évoquer le fameux Scanners de Cronenberg, réalisé en 1981. Le jeu des acteurs, dans cette histoire sordide, est solide. Ils renforcent les intentions du cinéaste.

Le scénario est traité avec maturité par l’auteur qui surprend. Son désenchantement de l’âme poussée à la limite de son dernier souffle est psychologiquement intense. Les personnages semblent vidés de leur force et de toute leur humanité.

Une vraie architecture de cinéma

Au-delà des introspections humaines, Brandon Cronenberg s’accapare les espaces, oppressants quand il s’agit du corps, mais surtout grandioses dans leur architecture cinématographique. Il faut bien une vision d’auteur pour ne pas se vautrer dans la gratuité et l’artificialité. La réalisation est grande et prospère.

Au final, Possessor est estampillé Cronenberg, jusque dans sa sinistre musique, un atout certain, mais aussi un défaut. La personnalité génétique de l’œuvre demeure encore bien trop présente pour que l’on puisse crier au génie. Par ailleurs beaucoup – mais pas nous -, lui reprocheront une intrigue absconse ou une violence exacerbée. Dans tous les cas, on ne pourra nier les qualités indéniables de ce grand film de notre époque qui a logiquement remporté le Grand Prix du 28e festival de Gérardmer, au sein d’une sélection elle-même obsédée par l’appropriation de l’autre et la fusion des êtres jusqu’au retrait de soi.

Critique de Frédéric Mignard

Les critiques des films de Gérardmer 2021

Sortie vidéo le 7 avril 2021

Possession : affiche américaine du film de Brandon Cronenberg

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Possession : affiche américaine du film de Brandon Cronenberg

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