Comédie de science-fiction fort drôle, Un monde merveilleux de Giulio Callegari bénéficie de gags efficaces et de la langue vipérine de Blanche Gardin, toujours parfaite dans la méchanceté crasse. Amusant.
Synopsis : Dans un futur un peu trop proche où les humains dépendent des robots, Max, une ancienne prof réfractaire à la technologie, vivote avec sa fille grâce à des petites combines. Elle a un plan : kidnapper un robot dernier cri pour le revendre en pièces détachées. Mais tout dérape. Flanquée de ce robot qui l’exaspère, elle s’embarque dans une course-poursuite pour retrouver sa fille et prouver qu’il reste un peu d’humanité dans ce monde.
A l’origine, une simple vidéo d’un robot qui bugge
Critique : Scénariste de formation, Giulio Callegari a travaillé sur de nombreux projets liés à la chaîne Canal + avant de faire la rencontre de la comédienne Blanche Gardin sur le tournage de Selfie (film à sketch, 2019). Après avoir signé un unique court métrage intitulé Erratum (2021) en tant que réalisateur, Callegari a eu un déclic lors du visionnage d’une vidéo où un robot américain apparemment très perfectionné commençait à bugger et à tout détruire autour de lui. Comme l’indique le réalisateur dans le dossier de presse :
Ça me rappelait les bugs de la machine à manger des ouvriers dans Les Temps modernes de Chaplin. Il y avait soudain quelque chose de très humain dans ce robot qui ne marchait pas et de profondément burlesque dans la confrontation humain/machine. J’y ai tout de suite vu un personnage comique fascinant.

© 2025 TS Productions, Marianne Productions. Tous droits réservés.
C’est ainsi qu’a démarré l’écriture d’Un monde merveilleux qu’il a effectué en collaboration avec Benjamin Charbit. Une fois que Blanche Gardin s’est greffée au projet, elle a également contribué à l’écriture de son personnage et de certaines répliques. Conçue comme une comédie de science-fiction, Un monde merveilleux ne cherche pas à décrire un univers très différent du nôtre. En fait, si l’on excepte la présence des robots, rien ne distingue le décor de notre quotidien. Cela est volontaire, tout d’abord parce que le budget de 2,5 millions d’euros ne permettait pas d’aller au-delà, mais aussi pour mieux impliquer le spectateur dans ce qui se déroule à l’écran. Effectivement, on nous explique depuis quelques temps que les robots vont très prochainement débarquer dans notre vie, boostés par l’IA.
Petit guide de survie dans un monde aseptisé
Dans cette comédie, nous faisons donc la connaissance d’une ancienne prof gauchiste incarnée avec toujours autant de second degré par Blanche Gardin et de sa fille interprétée avec dynamisme par Laly Mercier (déjà fort appréciée dans En attendant la nuit). Evincée de son travail par les robots, l’ex-prof bataille dur pour joindre les deux bouts, vivant de petits trafics, de vols et autres rapines dont elle rend sa fille complice. Ce passage s’avère d’ailleurs fort drôle par l’amoralité complète du personnage principal. Après avoir volé un robot dans le but de le revendre au marché noir, la prof se retrouve avec la machine sur les bras.
Dans un premier temps, le long métrage nous amuse de la confrontation entre cette machine programmée pour être gentille et respecter la loi à cette femme particulièrement méchante et hostile à tout ce qui peut représenter le système en place. En fait, comme elle se comporte comme une véritable punk, la mère de famille va se retrouver en grande difficulté à cause de ce robot qui la précipite tout droit vers sa chute, tout en croyant lui rendre service. La confrontation entre Blanche Gardin et cet espèce de bibendum pouvait très bien tourner court, mais Giulio Callegari a eu l’intelligence de faire évoluer les deux protagonistes.
Robots et humains, un nécessaire conflit ?
Ainsi, la prof finit par ressentir une forme d’empathie envers cette machine, tandis que cette dernière va se comporter de manière moins docile en suivant le modèle de sa propriétaire.
Certes, Un monde merveilleux interroge nos consciences en se demandant quel est le gain que peut nous apporter la présence de ces êtres mécaniques dans notre quotidien. L’auteur n’est clairement pas un adepte de la technologie si elle nous vide de notre humanité, mais il ne condamne pas totalement les robots qui peuvent servir aussi d’objets transitionnels pour mieux nous ramener vers notre propre humanité (effet observable chez les enfants qui prêtent une vie à leurs doudous pour se rassurer).
De la haine de son époque…
Bien entendu, au-delà de cette réflexion fort intéressante, Un monde merveilleux constitue avant tout une comédie drôle, pleine de gags et de quiproquos. On adore notamment la course poursuite la plus lente de l’histoire du cinéma (car les voitures conduites par les robots entrent dans une zone 30km/h). La présence de Blanche Gardin fait beaucoup pour la réussite de l’ensemble puisque la comédienne débite sur un ton toujours aussi détaché des vacheries à n’en plus finir. Certes intéressée par l’humain, cette femme n’en dégage pas moins une haine farouche de son époque, au point qu’elle n’arrête pas de tout critiquer pour notre plus grand plaisir.

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Enfin, Un monde merveilleux ne serait pas aussi amusant sans la contribution des actrices Angélique Flaugère (dans le costume de T-0) et Lucie Guien (pour tous les autres modèles de robot). A l’intérieur de leur costume de machine, elles demeurent parfaitement crédibles et apportent finalement une touche de comique par leur gestuelle maladroite. On revient ici au fameux burlesque développé à l’époque du muet et de Charlie Chaplin cité par le cinéaste. Le résultat est à la fois fort amusant, mais aussi plutôt attendrissant.
Un monde merveilleux, un cruel échec commercial
Présenté dans de nombreux festivals, Un monde merveilleux est finalement sorti en salles à partir du 7 mai 2025 grâce au distributeur indépendant KMBO. Le métrage est proposé dans 170 salles, mais ne réunit que 26 962 fans de la comédienne pour sa première semaine d’exploitation, soit une pathétique 19ème place hebdomadaire. Il faut dire que la sortie intervient un an après le sketch polémique de la comique qui a ensuite été accusée d’antisémitisme et totalement écartée du milieu du cinéma.
Face à des salles désertes, les exploitants se sont rapidement débarrassés de la comédie qui a eu pourtant un écho critique plutôt favorable. En deuxième semaine, le métrage s’écroule à 9 449 retardataires. En troisième septaine, le métrage franchit péniblement les 40 000 entrées sur toute la France et terminera sa carrière au bout de neuf semaines avec seulement 48 300 entrées. Il s’agit d’un véritable rejet de la part du public qui n’a pas eu envie de se rendre en salles, alors que cette comédie représente le haut du panier en matière de rire à la française. Dès lors, le métrage n’est sorti chez Blaq Out qu’en DVD.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 7 mai 2025
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Biographies +
Giulio Callegari, Blanche Gardin, Georgia Scalliet, Gavril Dartevelle, Édouard Sulpice, Delphine Baril, Angélique Flaugère, Laly Mercier
Mots clés
Cinéma français, Comédie française, Les robots au cinéma, Les relations mère-fille au cinéma, Les cavales au cinéma