Bien moins réussi que le premier opus, El Lute II : Demain je serai libre de Vicente Aranda gagne en efficacité ce qu’il perd en émotion et en pertinence. Comme si l’équipe n’avait plus rien à dire sur le personnage.
Synopsis : Eleuterio (« El Lute ») se lance dans un avenir palpitant, porté par l’idéal de liberté et le rêve de vivre comme ses compatriotes, des rêves qui ne cessent de grandir en lui. Rien ni personne ne peut l’arrêter. Après son évasion de la prison de Puerto de Santa María, les retrouvailles avec sa famille ne sont que le début d’une fuite sans fin.
C’est le Lute final
Critique : Dès la sortie espagnole d’El Lute : Marche ou crève à la fin du mois d’octobre 1987, les producteurs sont estomaqués par l’impact du long métrage sur le public local. Le triomphe est total, confirmant le poids de jeunes comédiens comme Imanol Arias et Victoria Abril. Alors que Vicente Aranda n’avait absolument pas prévu de tourner une suite, la demande devient pressante et toute l’équipe du premier volet se remet immédiatement au travail pour profiter de l’effet d’aubaine.
Certes, Vicente Aranda affirmera plus tard qu’il n’a pas voulu surfer sur le succès du premier, mais la précipitation avec laquelle est mise en chantier cette suite plaide contre lui. Ainsi, le thriller a été écrit, tourné et monté en moins de six mois pour une sortie ibérique fin avril 1988.
Une suite très différente du premier opus
Ce qui est certain toutefois, c’est que le cinéaste n’a aucunement l’intention de se répéter et qu’il envisage donc ce second volet de manière totalement différente du premier. En adaptant le deuxième volet de l’autobiographie d’El Lute intitulé El Lute II : Demain je serai libre, Vicente Aranda ne cherche plus à épargner le personnage principal qu’il décrit désormais non plus comme un innocent accusé à tort, mais comme un véritable chef de gang.
Alors que le premier volet se voulait plus social et politique, le second ressemble bien davantage à un film de gangsters classique, perdant ainsi l’attachement que le public pouvait ressentir envers cet éternel outsider. Présenté désormais comme un homme dur et implacable, le fameux criminel quinqui passe ici au grand banditisme durant une cavale qui a duré près de trois ans entre 1970 et 1973.
Ici, on fuit en famille!
Dès le début, le spectateur est étonné de ne pas retrouver Victoria Abril au générique, alors que l’histoire d’amour avec El Lute était au centre du premier volet. Entre-temps, la femme s’est remariée et la rupture a laissé des traces d’amertume sur le visage de l’anti-héros, bien plus execrable ici. Dès lors, la cavale qui suit la première évasion spectaculaire se fait en famille, avec ses deux frères (interprétés par Jorge Sanz et Ángel Pardo, corrects) et sa sœur (Pastora Vega, par ailleurs l’épouse de l’acteur Imanol Arias).

© Artus Films, Premium Cine / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.
Cet aspect choral modifie considérablement la dynamique d’un script qui a tendance à s’éparpiller et à jouer la digression au lieu de se conformer à une ligne directrice forte. On sent que Vicente Aranda ne voulait surtout pas se répéter, mais il abandonne quasiment son héros afin de suivre d’autres protagonistes périphériques. Pour combler le vide, il multiplie les scènes de fusillades, les courses poursuites en oubliant durant une bonne heure toute la dimension politique qui faisait le sel du premier opus.
Vicente Aranda filme cru, mais sans grande émotion
Par la suite, il opère un pas de côté en incluant un mariage avec un clan de gitans. Cette longue séquence est sans aucun doute la plus intéressante du métrage par son aspect quasiment documentaire. Ainsi, le cinéaste peut montrer à nouveau la marginalité pourchassée par le franquisme et retrouve une fibre sociale qui lui va bien. Malheureusement, après ce moment plus calme, le personnage principal et sa fratrie reprennent la fuite et l’intérêt se dilue à nouveau dans un processus sans fin.
Réalisé de manière très classique et sans effets superflus, El Lute II : Demain je serai libre ressemble à s’y méprendre aux œuvres tournées par Alain Delon sous la direction de Jacques Deray. Peu de fioritures, mais également peu de moments mémorables ressortent de cette suite où même Imanol Arias semble moins convaincu par le personnage qu’il incarne, très nettement différent par rapport au premier long. Comme si l’absence d’une réelle comparse féminine empêchait Vicente Aranda de se passionner pleinement pour ce monde de mecs, lui qui a toujours aimé filmer les femmes.
El Lute II, une déception commerciale
D’ailleurs, le résultat au box-office espagnol s’en est fortement ressenti avec deux fois moins d’entrées que le premier opus (de l’ordre de 400 000 entrées contre un million pour le précédent). De quoi largement doucher les espoirs des producteurs, d’autant qu’un troisième volet était envisageable. Pour sa part, Vicente Aranda a toujours déclaré qu’il en avait bien fini avec ce personnage.
Au vu de la déception commerciale en Espagne, ce second volet n’est pas sorti en France, même s’il a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 1988, sans obtenir le moindre prix, ce qui n’est d’ailleurs guère étonnant au vu de ses qualités toutes relatives.
Critique de Virgile Dumez
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Vicente Aranda, Imanol Arias, Pastora Vega, Ángel Pardo, Jorge Sanz, Daniel Martín, Antonio Iranzo, José Manuel Martín
Mots clés
Cinéma espagnol, Cinéma quinqui, Les délinquants au cinéma, Les gitans au cinéma, Film de prison, Les évasions au cinéma, Les cavales au cinéma